Abdallah, ce féministe

Abdallah
Le roi Abdallah en octobre 2013. Par Tribes of the World sur Flickr.

Le défunt roi d’Arabie saoudite était « un grand avocat des droits des femmes », estime Christine Lagarde. Permettons-nous de nuancer cet hommage.


 

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite, décédé vendredi 23 janvier, était un grand homme, s’accordent à déclarer les dirigeants du monde. La directrice générale du FMI Christine Lagarde pleure même « un grand avocat des droits des femmes » après la mort du pétro-monarque.

Certes, les droits des femmes n’ont pas reculé au cours du règne d’Abdallah. Ils ont même progressé dans un certain nombre de domaines. Elles ont bien davantage accès à l’enseignement supérieur, peuvent travailler dans davantage de secteurs. La Choura, parlement consultatif, compte désormais 20% de femmes. Et en 2011 le roi a annoncé qu’elles pourraient voter et se présenter aux élections municipales, qui doivent se tenir cette année.

Certes, le roi Abdallah a dû composer avec les autorités religieuses et leurs règles rigoristes. Mais s’il était réellement « un grand avocat des droits des femmes », il a dû s’éteindre avec quelques regrets, sachant que les Saoudiennes ne peuvent exercer aucun de leurs droits – aller à l’école, travailler, ouvrir un compte en banque ou voyager en dehors du pays – sans la permission de leur « gardien » masculin. L’Arabie saoudite reste le dernier pays au monde où les femmes n’ont pas le droit de conduire. Et deux Saoudiennes sont actuellement derrière les barreaux pour avoir défié l’interdiction.

Dans le dernier rapport sur la parité du Forum Economique Mondial – qui organise le Forum de Davos où s’exprimait Christine Lagarde – l’Arabie saoudite pointe à la 130ème place sur 142 pays.

« Il ne suffit pas que des femmes puissent siéger à la Shura si elles ne peuvent même pas se rendre au travail en voiture », commente Joe Stork, responsable de l’ONG Human Rights Watch (HRW) pour le Moyen-Orient. Pour HRW, « le règne d’Abdallah a apporté quelques avancées marginales », mais « la discrimination systématique à l’égard des femmes persiste ».

Peut-être, en fait, Abdallah était-il un défenseur des droits des femmes en comparaison de son intérêt pour les droits humains en général. A l’heure de sa mort, le blogueur Raïf Badawi restait en prison pour avoir osé parler de liberté sur un blog. Et attend toujours de recevoir 950 coups de fouet. Si les femmes ont pu devenir avocates sous le règne d’Abdallah, l‘avocate Souad al-Shammari est en prison pour un tweet jugeant « idiot » que les croyants se sentent obligés de porter la barbe (Voir : Être aussi Raif Badawi et Souad al-Shammari). C’est en 2011 que les tribunaux saoudiens ont commencé à imposer de longues peines de prison pour des crimes liés à la liberté d’expression, rappelle HRW.

 

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5 réflexions au sujet de « Abdallah, ce féministe »

  1. “laurence d”
    Oui, mais C Lagarde a bien précisé qu’il l’avait fait “très discrètement”. Un grand timide sans doute.

    Je ne pense pas que Christine Lagarde connaisse la définition du mot “féminisme”, à mon avis elle confond avec capitalisme ou libéralisme ou autre.
    Il ne faut pas lui en tenir rigueur, chacun a ses limites, elle ne peut juste pas parler de quelque chose qu’elle ne comprend même pas.

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