Bientôt le pouvoir ? Reste l’argent

L’Assemblée nationale va probablement compter 40 % de femmes. Beau symbole. Vont-elles poursuivre les transformations de la société en faveur de l’égalité femmes/hommes ?


 

L’Assemblée nationale pourrait bientôt compter un peu plus de 40 % de femmes. C’est un symbole fort. Chaque femme, chaque petite fille, aura davantage d’occasions de se projeter en femme de pouvoir. Le champ des rêves s’élargit pour elles. Et s’élargirait davantage si une femme accédait au “perchoir”.

Que feront-elles de ce pouvoir ? Pour faire avancer l’égalité femmes/hommes, des député.e.s sortantes se sont exposées. Elles se sont battues, parfois contre leur propre camp politique, pour faire évoluer les lois et les mœurs. Elles n’ont pas joué les godillotes. Que de critiques, d’insultes, de mépris ont essuyé ces élu.e.s depuis plus de dix ans pour faire passer la loi de lutte contre l’esclavage prostitutionnel ! Une loi qui sera probablement une évidence un jour. Et que dire de l’IVG ? De la parité dans les Conseils d’administration ? Quand on défend les droits des femmes, il n’y a presque que des coups à prendre. La première bataille consiste à mettre les sujets à l’agenda. Des sujets qui bousculent l’ordre social établi.

Pour parvenir à l’égalité, il va falloir toucher au grisbi. Le Canada vient d’annoncer que ses aides au développement devaient aller en priorité vers « l’égalité des sexes et le renforcement du pouvoir des femmes et des filles ». La semaine dernière, il signait avec le Chili un accord commercial prenant en compte l’égalité des sexes.

Gender budgeting

Pas d’égalité des sexes, pas d’argent public. C’est ce qu’on appelle, dans la langue de Shakespeare, le gender budgeting. C’est le levier principal pour avancer. Qui finance davantage les films réalisés par les hommes que par les femmes et perpétue les stéréotypes sexistes ? À qui profitent les installations sportives payées sur des deniers publics ? Avec quel argent public sont financés les manuels scolaires pétris de sexisme ? Quel budget pour financer les formations des professionnels de la police, de la justice, des hôpitaux… pour lutter contre les violences sexistes ? À qui profitent les recherches sur la santé ? Quid des salaires ? Pourquoi ne pas suivre Glasgow qui va aligner, contrainte par la justice, les rémunérations des métiers dits féminins sur ceux plus “masculins” qui exigent les mêmes compétences ? Concernant les soutiens publics à la création d’entreprise, va-t-on enfin résorber l’écart colossal entre créateurs et créatrices ? Et que dire des aides publiques à la presse (attention, plaidoyer pro domo et pro-démocratie) : pourquoi soutenir financièrement des médias qui perpétuent les stéréotypes sexistes et bouder ceux qui les combattent ? Et bien d’autres financements sont à remettre en question.

La loi du 4 août 2014 prévoit que les collectivités locales réalisent un rapport en amont de leur budget pour anticiper l’impact de leurs décisions sur l’égalité femmes / hommes. Mais elles ne se précipitent pas pour le faire. S’il n’y a personne pour le leur rappeler, il est probable que cette exigence s’évapore. Si les nouvelles députées ne s’emparent pas tous de ces sujets, le symbole de plus de 40 % de femmes dans l’hémicycle ne sera rien d’autre que de la poudre de perlimpinpin.

 

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3 réflexions au sujet de « Bientôt le pouvoir ? Reste l’argent »

  1. Mon premier espoir serait que la présence de 40% de femmes et d’un plus grand nombre d’hommes (plus) jeunes aura un impact sur le fonctionnement du Parlement et plus globalement de la vie politique, avec moins de séances nocturnes, des réunions plus efficaces, à des horaires dignes de ce nom, moins d’obstruction parlementaire, moins de cumul, moins de “j’ai une femme merveilleuse et c’est vrai que mes enfants ne m’ont pas beaucoup vu”… bref un rythme de travail normal, compatible avec une vie à peu près normale. Et si possible des débats qui ressemblent moins à des pugilats.

    Parce que tous ces vieux politicards (et quelques politicardes qui ont pris le pli) pour qui celui qui gagne c’est celui qui épuise l’autre, c’est assez nul, en plus d’être nuisible à la diversité.

    1. +1
      Oui, et sans compter le bar de l’ assemblee, tout ca… Aaaaah ca fait du bien !!!! Il etait temps ! La France le merite.

  2. pas d’accord… quand on perçoit plus de 5000 euros on doit au minimum faire 60 heures de présence !

    Quant à la stratégie du “je t’épuise” : visiblement un politique
    est très souvent un abruti fini d’où cette “stratégie” débile…

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