C’est ça l’info coco ?

Des hommes valeureux, des femmes cachées, infantilisées ou insultées. Quand la vigilance tombe, le sexisme ordinaire reprend ses droits.


Est-ce que l’image des femmes dans les médias s’arrange à mesure que la parité progresse en politique ? A observer l’écume de l’info cette semaine, il y a de quoi douter. Depuis plus de 20 ans, des études font ressortir que les femmes sont sous-représentées et stéréotypées dans les médias d’information. Sous-représentées : elles représentent moins de 20 % des personnes citées dans les journaux d’information générale. Stéréotypées : quand on les voit, c’est le plus souvent en qualité de « femme de », victime ou témoin anonyme ; tandis que les hommes cités dans les médias sont décideurs, experts, héros sportifs… (Et ces données ont peu bougé malgré la parité au gouvernement depuis 2012. Cf notre dossier femmes à l’antenne)

Le traitement de l’actualité cette semaine confirme ces études. On y voit un président de la République et un Premier ministre sur tous les fronts politiques -laissant assez peu de place à la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet et à la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, pourtant toutes deux sur des dossiers chauds-, des militaires qui marchent au pas pour le 14 juillet, des récits de héros pédalant sur les chemins de France, un juge qui se suicide… et en même temps la presse donne à voir l’épouse du président dont elle commente les tenues et le peut-être futur statut,  des jeunes femmes assurant une fonction décorative sur le Tour de France, des femmes victimes lors de l’attentat de Nice ou des anonymes se réjouissant d’être à la plage. A côté de la presse d’information politique et générale, la presse féminine continue de dire aux femmes de se faire belles (mince pour la plage vite !), de cuisiner, de bien tenir leurs enfants et leur maison… de vrais manuels de soumission volontaire émaillés parfois d’articles féministes.

Alors quand une femme, secrétaire d’Etat ne se comporte pas comme le tolère l’inconscient collectif construit par les médias, les moqueries tombent et dérapent jusqu’à l’insulte. Marlène Schiappa, la secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes a écrit des livres érotiques ? Une « belle salope » écrit un journal… Avant de présenter des excuses, sous pression et en cognant au passage sur celles et ceux qui avaient osé s’indigner publiquement. (voir Quand une ministre est insultée)

Quand une femme réalise des exploits sportifs, elle est priée de le faire dans l’ombre. Les journalistes sportifs les zappent régulièrement. Heureusement, un athlète de haut niveau, Andy Murray se charge de les corriger. (voir Andy Murray contre l’amnésie sexiste)

Car quand la vigilance tombe, le sexisme ordinaire reprend ses droits. La sénatrice Laurence Rossignol, ex-ministre des droits des femmes réussit enfin à faire passer au Sénat un amendement sur la peine d’inéligibilité en cas de condamnation pour harcèlement, mais le gouvernement se prononce contre sans donner d’argument convaincant. (Voir : L’inéligibilité des condamnés pour harcèlement adoptée au Sénat). En gros : ça demande du boulot et on verra plus tard sur une autre loi aux calendes grecques. Pas vraiment contre, juste pas prioritaire. Mais c’est un mauvais signal envoyé à toutes les femmes et très peu critiqué dans la presse.

Comme beaucoup de sujets qui intéressent les femmes, celui-ci n’a bénéficié ni du temps, ni de l’attention nécessaire de la part du gouvernement et des médias. C’est ça la hiérarchie des priorités dans les hautes sphères politiques et journalistiques. C’est ça l’info coco !

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