Égalité, brutalité

Photo Fondapol sur Flickr
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Christophe Barbier n’est qu’un exemple. Pas étonnant que les inégalités entre les femmes et les hommes persistent quand ce sont ces derniers qui modèlent l’opinion.


 

L’égalité d’accord, mais pas trop vite. Après s’être fait écharper pour ses propos (les entreprises auraient « beaucoup de mal à encaisser » l’égalité salariale entre les femmes et les hommes) l’éditorialiste Christophe Barbier s’est défendu dans son magazine L’Express. Il joue les incompris et se dépeint en farouche partisan de l’égalité des salaires entre femmes et hommes. Encore heureux. Mais, tout en déplaçant ce débat précis sur le terrain des retraites, il persiste et signe : « Il faut instaurer l’égalité salariale hommes-femmes, mais si on l’établit brutalement, le surcoût va obliger les entreprises à licencier. »

À ses yeux l’égalité, une exigence morale autant que légale, reste donc secondaire face à la logique économique. Combien de temps encore devra-t-on subir ce genre d’analyse ? Christophe Barbier est l’exemple type des « cumulards de l’info », des faiseurs d’opinion qui squattent les magazines et les plateaux télés à longueur de semaines. Le responsable éditorial de L’Express a son rond de serviette dans l’émission C dans l’air où il exprimait cet avis sur les salaires qui a fait tant de bruit. Et ces cumulards de l’info, comme ceux de la politique, sont dans leur quasi-totalité des hommes.

Au-delà de la question des inégalités salariales – d’autant plus légitime que le hasard du calendrier la plaçait au même moment dans l’agenda politique en Allemagne – c’est donc le sexe de l’information qui est ici en jeu. Les inégalités entre les femmes et les hommes ne pourront pas être réellement prises au sérieux tant que les faiseurs d’opinion, des patrons de médias aux experts, seront à 80% des hommes qui observent et commentent la société du haut de leur statut de privilégiés (lire: direction d’entreprises, les femmes disent oui, ils entendent non) .

On se souvient des cris d’orfraies de ces mêmes éditorialistes quand la patronne de France Télévisions, Delphine Ernotte, déplorait cette « télévision d’hommes blancs de plus de 50 ans ». Oui, ils ont « beaucoup de mal à encaisser » la possibilité d’une égalité réelle. La pluralité, et en premier lieu la féminisation, des médias reste un sujet majeur. Les Nouvelles NEWS ne cessent de le crier et n’ont pas fini de le faire…

 

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