Edito du jeudi : “Femme de”… ou rien ?

L’autonomie des femmes a pris un sacré coup cette semaine. Plusieurs événements et déclarations nourrissent un inconscient collectif toujours misogyne.


femme-de-chefMais quelle mouche a donc piqué Laurent Trochain, président de l’association Générations Cuisines et Cultures, lorsqu’il a créé le prix “Femme de chef de l’année” ? Un prix qui veut manifestement remettre les femmes à « leur » place de « faire-valoir », comme le dénonce l’association Women do Wine. Pourtant, parmi les candidates retenues, l’une est directrice, l’autre sommelière. Mais l’affiche du prix ne loue pas leurs qualités professionnelles. Elle décline en plusieurs verbes les injonctions faites aux “femmes de” : « donner, aimer, servir, supporter, réconforter… ».

Et il se trouve nombre de journaux pour parler de ce prix avec un très distancié « taxé de misogynie » ou « fait polémique ». Mais que leur faut-il de plus ? On atteint ici un niveau stratosphérique de sexisme crasse. Certes, la mise en avant de femmes de footballeurs fait aussi, régulièrement, des étincelles de sexisme, mais ce n’est pas une raison pour tergiverser. Ce prix d’un autre temps est misogyne, sexiste, inacceptable en 2017 !

Et là-dessus, voici que la philosophe Elisabeth Badinter, féministe revendiquée, interrogée mardi dernier sur France Inter à propos de l’affaire Fillon, s’exprime en tant que « femme de », d’un avocat en l’occurrence, pour dire qu’elle ne voulait pas condamner d’avance… N’a-t-elle pas un bagage intellectuel suffisant pour s’exprimer de façon autonome ?

L’autonomie, c’est bien ce qui fait défaut dans l’affaire dite du “Penelopegate”. La « femme de » François Fillon a bien l’air de subir tout ce qui lui arrive. Et les critiques s’en donnent à cœur joie pour pointer la prétendue oisiveté de celle qui a reçu des salaires qu’elle ignorait peut-être. L’activité de son mari, elle, ne semble pas remise en question…. Jusqu’à ce que Nicole Ferroni fasse observer, dans sa chronique sur France Inter, mercredi matin, qu’il avait lui-même très peu travaillé à l’Assemblée nationale. Elle parle d’un « emploi semi-fictif ».

Mais il semblerait qu’aujourd’hui encore, dans notre inconscient collectif, un homme travaille et a des compétences propres, tandis qu’une femme est principalement destinée à être une « femme de », pour le servir, le soutenir, le réconforter… comme l’impose le mal nommé “Générations Cuisines et Cultures”.

 

 

Tous les articles de la rubrique Point de vue

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

css.php