Gouvernement, parité et illusions

Pour composer son gouvernement, le président de la République a fait ce qu’il n’avait pas dit mais n’a pas fait ce qu’il avait dit. Une œuvre d’illusionniste que l’on retrouve souvent sur les questions d’égalité femmes/hommes.


A l’issue de moult tractations, le nouveau gouvernement Philippe a été annoncé mercredi 17 mai. Alors que le candidat Emmanuel Macron avait été très discret sur l’écologie, voici qu’il confie un grand ministère de la Transition écologique et solidaire à Nicolas Hulot. Et c’est une bonne surprise. En revanche, le même candidat Macron avait été dithyrambique sur les questions d’égalité femmes/hommes qui, promis, seront la « grande cause nationale » de son quinquennat. Il est même allé, – dans un moment d’égarement ? – jusqu’à promettre « un ministère plein et entier des Droits des Femmes ». Et pschitt. Ce sera un secrétariat d’Etat. Il avait aussi, sans trop se mouiller quand même, évoqué l’idée d’une femme Première ministre. Et ce fut un barbu. Sans compter ses premières nominations 100 % hommes.

Côté parité au gouvernement, il ne pouvait pas y échapper… La façade est sauvée mais en coulisse, le poids des ministres femmes est moindre. Et comme souvent, elles cumulent les symboles. A l’époque du premier gouvernement formé par Nicolas Sarkozy elles cumulaient le critère « femme » et « issue de la diversité ». Cette fois-ci, elles cumulent « femme » et « société civile » et « renouvellement ». Comme ça les vieux (ou jeunes) briscards de la politique en costume cravate peuvent occuper l’autre moitié du terrain.

Faire ce que l’on ne dit pas, ne pas faire ce que l’on dit… Il en va souvent ainsi sur les questions de droits des femmes. Un exemple : la loi oblige les sociétés cotées à nommer un quota de femmes dans leurs Conseils d’administration. Pour presque s’y conformer, les patrons appellent tous  les rares femmes qui ont déjà fissuré le plafond de verre. Ils en font des cumulardes au lieu de se mettre en ordre de bataille pour constituer les viviers de femmes qui pourront siéger demain dans ces instances (elles représentent une part très faible des nouveaux patrons). Tout cela entretient l’illusion du progrès mais on fait du sur-place.

La nouvelle Secrétaire d’Etat, Marlène Schiappa, qui exercera ses fonctions sous l’autorité du Premier ministre, devra mobiliser toute son opiniâtreté pour faire bouger Edouard Philippe qui a tout à prouver. Et faire en sorte que la grande cause nationale ne soit pas qu’une illusion.

 

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2 réflexions au sujet de « Gouvernement, parité et illusions »

  1. dommage de donner ce ton de pleureuses à un édito dans ce moment d’espoir et de renouveau. Certes tout ne correspond pas aux attentes d’égalité légitimes des femmes, Ministres d’état, secrétariat d’état au lieu de Ministre mais regardons le verre aux trois quarts plein, la parité dans le gouvernement, des ministres, hommes et femmes recrutées sur leurs compétences et/ou leur soutien à EM depuis longtemps. ne diminuons pas le rôle de toutes les femmes qui vont travailler dans ce gouvernement et qui feront à leur place bouger les lignes. soutenons les et continuons à agir.

    1. Vous n’êtes pas sans ignorer que les “pleureuses” étaient payées pour faire semblant. Espérons que ce “moment d’espoir et de renouveau” ne nous fasse pas couler de vraies larmes bientôt.. et la vitesse à laquelle la promesse d’un ministère des droits des femmes a été piétinée sitôt le candidat élu -entre autres avec ma voix- m’a fait pleurer de rage, oui.

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