L’Histoire racontée à moitié finit mal

Enfin une statue de femme à Parliament Square à Londres ! Quand l’Histoire racontera aussi les femmes, l’avenir de chacune sera plus ouvert. Pas de passé, pas d’avenir…


Jusqu’ici, les onze statues placées devant le Parlement britannique représentaient onze hommes. En 2018, année du centenaire du droit de vote pour les femmes britanniques, la suffragiste Millicent Fawcett les rejoindra. Enfin ! En France, il a fallu attendre 2016 pour que l’Assemblée nationale accueille le buste d’Olympe de Gouges. Ces deux grandes femmes se sont battues pour que la moitié féminine de l’humanité puisse participer à la vie politique. Et ce n’était pas une promenade de santé ou un épisode négligeable de l’Histoire, comme pourrait le laisser penser le silence gardé sur ces événements. Le film Suffragettes a raconté la dureté de la bataille.  Les historiens continuent pourtant à apprendre aux enfants que, même avant le droit de vote des femmes, le suffrage était « universel »…

Ces historiens semblent être aveugles aux femmes qui sortent de certains stéréotypes. Une étude réalisée par le centre Hubertine Auclert montre que seulement 5 % des personnages cités dans les manuels d’Histoire sont des femmes. Et le plus souvent, ce sont des saintes ou des femmes cruelles. Pourtant, quand il s’est agi de faire entrer des femmes au Panthéon, beaucoup de noms sont apparus.

Comment les femmes peuvent-elles s’imaginer en dirigeante, parlementaire, cosmonaute, ingénieure ou même héroïne sportive si l’histoire camouffle celles qui pourraient leur servir d’exemple ? Le cercle vicieux est terrible : si elles n’en voient pas, elles ne deviendront pas, à leur tour, des exemples pour les autres. Tant que l’Histoire restera frappée du syndrome de la Schtroumpfette, les hommes disposeront d’une foultitude d’exemples (comme la foultitude de Schtroumpfs mâles) pour imaginer leur avenir. Pour les femmes, ce sera Schtroumpfette ou rien.

L’Histoire contemporaine, qui s’écrit dans les médias d’information, n’est pas mieux, nous l’avons souvent évoqué. Non seulement elle ne montre pas beaucoup de femmes mais, quand elle montre des femmes de pouvoir, elle envoie des signaux plus ou moins insidieux pour les remettre à « leur place ». En évoquant leur tenue, leur physique ou leur vie privée  bien plus que les affaires publiques dont elles ont la charge. Ces femmes de pouvoir sont réputées « bossy »… de quoi faire comprendre aux femmes qu’il n’y a que des coups à prendre lorsqu’on s’aventure hors des chemins traditionnels qui leur ont été tracés. N’écrivons plus l’Histoire à moitié !

 

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2 réflexions au sujet de « L’Histoire racontée à moitié finit mal »

  1. Il eut été à mon sens plus judicieux -et fort logique- de faire ériger la statue de Mme Thatcher à Parliament Square.. Première femme à diriger le parti conservateur, Première femme Première Ministre (après 70 bonhommes tout de même, dont 6 l’ont, EUX, leur statue à Parliament Square), 11 ans de mandat (un record!), n’en déplaise à Renaud, son passage au parlement britannique vaut bien plus une statue qu’un lampadaire..
    Quant à Millicent Fawcett, bien seule au milieu de ces mâles profils, j’espère que la statue de Thérésa May viendra la rejoindre d’ici quelques siècles, histoire de casser la malédiction du syndrome de la schtroumpfette !

  2. Bonjour, je suhaiterai faire remarquer qu’il est étonnant que vous n’ayez pas choisi la sculpture d’Olympe de Gouges réalisée par Jeanne Spehar et Fabrice Gloux pour l’Assemblée Nationale, plutôt qu’un projet qui n’a pas été choisi. Nous poursuivons actuellement notre travail sur les portraits de grandes femmes, car nous aussi, nous souhaitons qu’elles soient honorées, illustrées, et bien représentées dans l’espace public.

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