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Cafouillage
Mis en ligne le 02/04/11
« Le retour des 343 salopes » : c’est le titre de la Une de Libération ce matin pour évoquer le manifeste pour « l’égalité maintenant », 40 ans après celui pour l’avortement. Salope sans guillemets. S’il s’était agi d’un manifeste contre le racisme, aurait-on parlé de « retour des nègres » ?
Indépendance morale Aujourd'hui, le manifeste « L’égalité maintenant » dresse la liste des luttes qu’il faut encore mener : égalité salariale, violences, responsabilités politiques, éviter le recul de l’avortement et de la contraception… et insiste sur l’éducation. Depuis 40 ans en effet, les femmes ont conquis leur indépendance physique avec les lois sur l’avortement et la contraception, leur indépendance financière en travaillant. Il leur reste aujourd’hui à conquérir leur indépendance morale. Et ce sera très compliqué. Se débarrasser de la culpabilité à concilier travail et enfant et revoir la politique de la petite enfance, oser changer les règles du jeu politique masculin pour accéder au pouvoir, prendre de la distance avec les injonctions d’être toujours belles et jeunes, en finir avec le « complexe de Cendrillon » (être au service des autres pour exister) … Alors que vient faire le mot « salope » si ce n’est attirer le chaland et -dommage collatéral- réduire les femmes à la sexualité ? « A 'Osez le féminisme' (qui a initié le manifeste), nous avons eu une longue discussion sur le sujet, nous nous doutions bien que le mot "salope" serait utilisé par Libération », indique Caroline de Haas, fondatrice de ce mouvement. « Nous ne sommes pas dupes. C’est tout le paradoxe : pour pouvoir faire entendre notre message il faut passer par là. » Toutes les mêmes ? Paradoxe en effet. Les femmes veulent juste exister dans la vie politique, économique, sociale à parité avec les hommes... Et elles sont désignées par le mot « salopes » - autrefois on réduisait les femmes à « personnes du sexe. » Quand on « googlise » le mot « salope » près de 30 millions de liens s’affichent. Dans le meilleur des cas, c’est un compliment adressé à celle qui aime le sexe. Mais la plupart du temps, celle qui aime ou est supposée aimer ça est couverte de mépris voire tabassée ou violée. Courrier International provoque un malaise chez ses lecteurs en publiant « un singulier hommage du chroniqueur libanais Ziyad Makhoul à Elizabeth Taylor, la “sublime salope” » Salope, c’est celle qui est très belle ou très moche. Salope si elle veut coucher, salope si elle ne veut pas. Salope, c’est peut-être aussi celle qui illustre la publicité de dernière page de Libération du même numéro. L'excellent sketch de Guy Bedos « toutes des salopes » n’a pas pris une ride. Bref, « salope » est le summum de l’injonction paradoxale. Il faut l’être pour séduire mais pas trop pour être respectée. Et quoi que fasse une femme, elle ne réussira jamais à ressembler aux différents modèles. Donc, elle culpabilise, perd confiance en elle. Ronger l'estime de soi est le plus sûr moyen de soumettre un individu. Il n’y a bien sûr pas d’équivalent masculin à « salope ». Le mot « salope » est le rempart contre l’égalité entre les sexes. Tant que les femmes seront « toutes des salopes » elles ne pourront accéder au pouvoir à égalité avec les hommes. On imagine mal aujourd’hui un journal évoquant un manifeste antiraciste titrer : « le retour des nègres. » Ce recul du racisme n’a été possible que parce que les mots et les images ont changé. A la fin des années 30 par exemple, le poète Léopold Sédar Senghor promettait : « Je déchirerai les rires banania sur tous les murs de France » pour en finir avec l’image caricaturale et raciste des Noirs. Quand Guerlain en octobre dernier parle de « nègre », Audrey Pulvar dénonce, et tous les médias la suivent. Même si beaucoup reste à faire, le racisme a reculé. On n'appelle plus un Noir "un nègre" en raison des connotations qui vont avec le mot. Les femmes, elles, se font traiter de salopes dans un grand jounal et sont priées de trouver ça drôle... Laurence Parisot, la Présidente du Medef disait le huit mars dernier "le sexisme est un racisme". Faudra-t-il attendre 40 ans de plus pour que les femmes ne soient plus « toutes des salopes » ? Lire aussi : Comment certains "intellectuels" utilisent le mot "salope" : Zemmour, Moix : ces "intellectuels" qu’affectionne Sarkozy LA SELECTION
Pub olympique pour la mère sacrificielleAttention, message très stéréotypé de la marque mondiale Procter&Gamble, sponsor des Jeux olympiques. |
SEXISME ORDINAIRE
Pour le chroniqueur du Point, une femme ministre est avant tout un objet sexuel.
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Commentaires
Quand à salope...qu'en faire. il est l'insulte universelle , la sanction social ultime dans toutes les civilisations patriarcales, il désigne finalement dans celles-ci , toute femme s'écartant de la soumission par des comportement déviant, parfois en travaillant, en ne baissant pas les yeux, en portant des vêtements confortables, en manipulant l'argent...même pas besoin de sexe en réalité, juste de la moindre velléité de pouvoir ou d'indépendance. Donc pourquoi ne pas se le réapproprier et lui faire perdre son pouvoir... question sans fin.
ON n'interdit pas les mots. ON peut en changer le sens par contre.
Le mot négre, comme queer ou salope peuvent être détourné et approprié par le groupe stigmatisé ainsi et en faire une fierté (la negritude, la gay pride). Là il me semble que Libé n'est pas du tout un journal féministe, c'est assez frappant ces derniers temps. Plusieurs articles pro-prostitution (toujours un point de vue masculin) plusieurs articles faisant la promotion de Cantat, l'article sur marine lepen... Que les féministes s'approprient le mot salope, que les militants noire s'appelent "negro" entre eux, que les gay se designent comme tapettes ou camioneuses ca me va, mais quant mon proprio désigne la locataire du 3eme par le mot "negresse" ou Libé les féministes par "salopes" ca ne me fait pas pareil.
A Libé, les femmes ne causent que ragnagnas et histoires de bonnes femmes. La preuve, sur les dix dernières années, seuls trois éditos ont été signés par des femmes. Je vous laisse imaginer sur quels sujets. Les hommes, eux, s'estiment légitimes pour commenter l'économie du Swaziland ou la conquête de Neptune. Mais brrrrrr! parler contraception, surtout pas, c'est si proche de menstruation...
Big up aux Nouvelles News !
Je suis une des 343 nouvelles salopes qui l'ont signé ce manifeste.
Salope ? Oui je le suis et je le revendique : je me réapproprie ce mot et je le jette telle une arme. Salope ? Emmerdeuse, féministe, liberée, gouine, bi, putain...oui, "salope", parce que nous sommes les nouvelles salopes et je suis fière d'être une salope, soit une emmerdeuse qui cherche à bousculer par des idées féministes.
Je crois que ça me semblait évident dans la continuité de nos ainées de continuer et s'approprier ce qui est encore d'actualité : nous sommes toutes des salopes parce que nous osons, nous bougeons, nous dérangeons. Et tant mieux !
Que faire, comment réagir devant cette violence écrite. Les femmes doivent certainement faire souffrir tous les journalistes hommes de Libération. On se défend comme on peut, n'est-ce pas Messieurs ? en particulier par la violence que vous rendez visible dans votre journal.
Sinon, en accord total avec Frédérique Clavel
Un acte simple !
D'ailleurs Bigard ne me fait plus rire depuis longtemps ..pour les mêmes raisons. Je trouve fabuleux qu l'on puisse gagner de l'argent sur le public que l'on insulte ..
j'aime le rire bienveillant , c'est si bon et même le fou rire . Indispensable tous les jours ..
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