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Que reste-t-il des mots de Zemmour ? PDF Imprimer Envoyer
Chroniques - Écrit par Isabelle Germain - Dimanche, 07 Février 2010 11:32   

Massacre de l’IVG (interruption volontaire de grossesse), attaque contre les magistrats, propos douteux sur les races, réécriture du féminisme,… L’omniéditorialiste Eric Zemmour franchit la frontière qui sépare la provocation, stimulante intellectuellement, de la propagation de contrevérités. L’homme officie dans des médias à très grande audience. Entre sa parole et celle de ses opposants, c’est le pot de fer contre le pot de terre.

 

Dernier coup médiatique : commentant le rapport de l'IGAS sur l’IVG, l’éditorialiste du Figaro devenu aussi  chroniqueur matinal sur RTL a enchaîné contre-vérités et arguments dignes du mouvement « pro vie » (anti-avortement) : depuis le vote de la loi sur l’IVG, la France s’est  privée de 7 millions d’humains, a-t-il compté, conspuant au passage le slogan « notre corps nous appartient ». Pour lui,  la loi Veil est un « pis-aller compassionnel » et l’avortement est devenu un acte banal. Il parle de « statut pénal du fœtus » (on a un statut pénal quand on est susceptible de commettre un crime…)… Et balance bien d’autres horreurs prouvant qu’il ne connaît rien à la loi sur l’IVG ni à la détresse de la plupart des femmes qui y ont recours. Derrière, le planning familial a dû batailler pour obtenir un droit de réponse et rappeler que l’avortement est un acte responsable. Mais un droit de réponse n’a jamais autant d’impact que l’information divulguée en premier.

Quelques jours auparavant, Zemmour dénonçait, toujours sur RTL, les juges qui ont libéré les Kurdes débarqués sur une plage corse (les juges appliquent les lois françaises et européennes). Pour contester ses propos, les magistrats n’ont pas demandé un droit de réponse en direct mais ont sollicité leur ministre Michelle Alliot-Marie, indique Marianne… Comme si le poids des mots d’un journaliste ne pouvait être équilibré que par une ministre… Fin 2008, Zemmour affirmait sans sourcillier qu’il existait une race blanche et une race noire, énorme contrevérité. Et son ouvrage, « Le premier sexe » paru en 2006, a été l’occasion de répandre sa verve misogyne, expliquant tous les malheurs de notre époque par la domination féminine. Une domination qu’il serait bien en peine de démontrer à la seule vue de la répartition hommes / femmes dans les sphères du pouvoir. Mais l’homme est érudit et sa technique consiste à piocher dans des faits historiques microscopiques des arguments qui servent ses théories.

 

Liberté d'expression... Pour qui ?

La liberté d’expression se compose aussi de la liberté de dire des énormités, c’est incontestable. Ce qui pose problème, c’est la différence entre l’espace médiatique accordé à ceux qui profèrent les âneries et l’espace médiatique accordé à ceux qui rétablissent les faits déformés par le chroniqueur.

Ce qui pose problème, c’est le statut du chroniqueur. Contrairement à un Stéphane Guillon par exemple, Zemmour n’est pas officiellement un comique. Il n’est pas non plus un pilier de café du commerce limitant sa verve avinée à quelques amis. Il est éditorialiste dans un des plus grands quotidiens français. Il propose du prêt-à-penser à des citoyens trop pressés pour analyser eux-mêmes les arguments des grands débats de société. Dans le Figaro, la couleur politique du média est connue. Il n’y a pas vraiment tromperie sur la marchandise, sauf quand l’éditorialiste déforme les faits... Mais lorsqu’il se rend sur d’autres médias, tout bardé de ses galons d’intellectuel médiatique, l’absence de contradicteur pose un problème de démocratie. Surtout lorsqu’il met au service de l’idéologie la déformation des faits. C’est le cas sur RTL où, à une semaine d’intervalle, deux contestations ont été émises. Même si ces contestations sont prises en compte par la radio sous forme de droit de réponse, elles ont toujours beaucoup moins de poids que les propos du chroniqueur. L'information spectacle prend le dessus...

 

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