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Le cas Suzy Renckens donne du grain à moudre aux anti-OGM. Cette responsable du panel d'experts chargé d'évaluer les risques des organismes transgéniques au sein de l'autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) a quitté son poste en 2008, pour se recaser quelques semaines plus tard dans la compagnie suisse Syngenta, spécialisée dans les plantes génétiquement modifiées. Suzy Renckens y joue un rôle de lobbyiste, notamment auprès des instances européennes. Une porte ouverte aux « conflits d'intêrets », dénoncent les opposants aux cultures transgéniques. Qui critiquent, derrière le cas Renckens, la bienveillance de l'Union européenne à l'égard des OGM.
L'histoire n'est pas toute neuve, mais elle a ressurgi en ce début d'année, remettant en cause l'indépendance de l'AESA vis à vis des industriels des OGM. La biologiste belge Suzy Renckens a été pendant plus de 5 ans, jusqu'en 2008, la coordinatrice du panel d'experts de l'AESA en charge des OGM. C'est sur l'avis de ces experts que se reposent les instances européennes pour autoriser les semences transgéniques dans l'Union.
Bien avant la révélation du passage de Suzy Renckens de l'autre côté du miroir, les anti-OGM mettaient en doute l'indépendance des analyses de cette autorité européenne. Ainsi, en 2006, Greenpeace et les Amis de la Terre accusaient conjointement l'AESA de ne pas tenir compte des incertitudes et des lacunes dans les conclusions de ses études. Des insuffisances à nouveau soulignées en novembre dernier par un rapport de l'institut allemand Testbiotech, qui dans le même temps révélait l'affaire Renckens. Pour Greenpeace, « cette affaire jette encore un peu plus le doute sur l’AESA et son panel d’experts, soupçonnés d’être ouvertement pro-OGM. » Une attaque en règle, donc.
"Conflit d'intérêt"
Passer d'un organisme public de contrôle à un poste privé de lobbyiste en charge des mêmes questions, cela n'a rien d'illégal. Mais soulève des objections morales sur les liaisons futures de Suzy Renckens avec les instances européennes, auprès desquelles elle intervient désormais pour défendre la cause des OGM. Le 21 janvier, Testbiotech et trois autres ONG (Corporate Europe Observatory, les Amis de la Terre et Lobbycontrol) demandaient au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, de s'expliquer sur cette affaire. Dans leur courrier, ils évoquent ouvertement le risque sérieux de "conflit d'intérêt" dans ce genre de situation, et réclament des règles plus strictes. De hauts fonctionnaires partis pour le privé peuvent « utiliser leur ancien statut pour influencer leurs ex-collègues », juge ainsi Nina Katzemich, de Lobbycontrol. La lettre est jusque là restée sans réponse.
Les accusations des anti-OGM résonnent d'autant plus fortement que, jusqu'à présent, la totalité des demandes d'autorisation de mise sur le marché de produits génétiquement modifiés ont été approuvées par l'Union. Et ce, alors même que des avis scientifiques contestent régulièrement les rapports sur l'innocuité de plusieurs semences génétiquement modifiées. Dernier en date, il y a quelques semaines, 3 chercheurs du CRIIGEN (certes étiqueté comme anti-OGM) établissaient que les données fournies par Monsanto sur trois de ses maïs (Mon810, Nk603 et Mon863, validés par l'AESA en 2005) sont insuffisantes. Autre exemple tout récent, l'autorisation d'un autre maïs transgénique, le Mir604, produit par Syngenta justement. Un OGM qui, selon Corinne Lepage, présidente du CRIIGEN, présenterait des effets néfastes, « similaires » au maïs Mon863. Et l'eurodéputée fait part de ses « doutes sur la qualité du processus d'évaluation des risques des OGM au niveau européen ». Ces contradictions entre scientifiques soulèvent d'autant plus de questions que l'AESA, si elle clame son indépendance, reconnaît qu'elle fonde ses conclusions sur les seules données fournies par les industriels.
La prudence du commissaire
Difficile de dire si la future Commission européenne, qui doit s'installer dans les prochains jours, fera évoluer ses positions. Greenpeace en doute, la voyant déjà « prête à autoriser une avalanche de plantes génétiquement modifiées pour l’importation ou la culture. » Ce qui est sûr, c'est que le futur Commissaire à la santé et la protection des consommateurs, le maltais John Dalli, ne s'avance pas. Il déclarait ainsi il y a quelques jours aux parlementaires : « Mon grand principe demeure de privilégier la sécurité avant tout, ce qui toutefois ne suppose pas d’appliquer la théorie du "zéro risque" et n’exclut pas de prendre des mesures en vue d’améliorer la croissance et l’innovation. ». Ou comment dire tout et son contraire en une seule phrase.
Et pourtant, la Commission devra se mouiller rapidement. Plusieurs dizaines de plantes génétiquement modifiées attendent leur autorisation sur le marché européen. Tandis que plusieurs pays de l'Union ont décidé ces derniers mois de se montrer plus prudents face à la tendance pro-OGM de la Commission. Depuis un an, six pays européens, dont la France, font ainsi jouer la « clause de sauvegarde », s'opposant à la Commission pour interdire le maïs MON810 sur leur territoire. L'Union a prévu de se pencher dans les prochains mois sur cette clause de sauvegarde.
A signaler : le guide des produits avec ou sans OGM
Si les OGM sont presque absents des champs en France, il est facile de les retrouver dans nos assiettes. La réglementation impose de signaler les produits contenant plus de 0,9% d'OGM. Mais ces organismes se retrouvent aussi indirectement dans les rayons, par le biais de l'alimentation « des dizaines de milliers d'animaux élevés en France », rappelle Greenpeace qui vient de publier, pour y voir plus clair, son Guide des produits avec ou sans OGM.
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