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L'Espace Vie Adolescence de Saint-Denis (93) met la clé sous la porte le 1er septembre 2010. Après 25 ans d'activité, ce dispositif de prise en charge des adolescentes en difficulté fait les frais des nouvelles orientations de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. La PJJ doit se recentrer sur l'enfance délinquante. La protection des adolescent(e)s en danger est déléguée aux conseils généraux, qui peinent à la financer.
Son sort est scellé. Avant l'automne, l'Espace Vie adolescence (EVA) à Saint-Denis fermera ses portes, faute de financements. Cette fermeture annonce la mort d'un dispositif unique. Unique car multipartenarial. Le centre mariait les compétences de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) avec celles d'associations militantes tels que le Mouvement français pour le planning familial (MFPF) et le Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF). Une structure institutionnelle rare. Mais également une planche de salut pour les jeunes filles en situation de violences et de danger. Ou en quête de réponses aux préoccupations de l'adolescence : sexualité, santé, précarité... Pour y répondre, EVA disposait d'une équipe pluridisciplinaire : infirmière, psychologue et éducatrices, d'une permanence du planning familial et du CIDFF pour les questions juridiques.
« Les éducatrices et intervenantes du centre ont su adapter leur offre au besoin des jeunes filles. Elles se sont formées à chaque fois », explique Martine Serra, directrice départementale adjointe de la PJJ. Avec des consultations individuelles, entretiens, animations... les professionnelles accompagnaient et informaient les adolescentes sur ces problématiques. Un espace de conseil et d'aide, singulier, ouvert, gratuit... qui accueillait toutes les jeunes filles sur la base du volontariat. Un engagement qui explique l'affluence au centre depuis sa création en 1982. En 2001, EVA comptait 1 900 accueils par an, et 2 000 en 2008.
Des départements en manque de financement
La demande d'aide n'a donc pas faibli. Mais la fermeture est imminente. Et choquante pour les associations militantes, signataires d'une pétition lancée par le planning familial contre cette décision : « Il est incompréhensible que l’année où la lutte contre les violences faites aux femmes a été retenue par le gouvernement comme Grande Cause Nationale, ce lieu qui travaille au quotidien tant sur la prévention de ces violences que sur l’accompagnement de jeunes filles qui en sont victimes, se voit fermer ses portes ». A l'origine de cette fermeture, les nouvelles orientations de la PJJ. En 2008 Rachida Dati, alors garde des Sceaux les évoquait ainsi : « la justice des mineurs est [...] recentrée sur le coeur de sa mission : faire acte d’autorité et sanctionner ». Une orientation déjà induite par la loi de mars 2007 sur la protection de l'Enfance qui déléguait aux départements les aspects de protection et de prévention. « Depuis deux ans, la PJJ s'est donc recentrée sur les mineurs délinquants. L'espace EVA ne correspond plus aux structures de l'administration judiciaire », explique Martine Serra. Pourtant, « cette expérience doit être pérennisée. Il faut trouver des repreneurs et des modes de financements », ajoute-t-elle. Certes, la loi de 2007 met à disposition des conseils généraux un fonds national de financement au sein de la Caisse Nationale des Allocations Familiales. Il a pour but de compenser les dépenses des départements dans le cadre de la réforme de la protection de l'Enfance. Mais l'Etat a traîné des pieds pour créer ce fonds. Les départements ont déposé plusieurs recours auprès du Conseil d'Etat avant d'obtenir gain de cause : le décret sur le financement a été publié en mai 2010. Mais trop tard pour EVA, victime collatérale de la guerre financière entre collectivités et Etat. Et, de toute façon, les sommes allouées ne suffisent pas à satisfaire les Conseils généraux.
Un centre multipartenarial tel qu'EVA pourra-t-il renaître ? La préfecture espère obtenir le soutien d'autres collectivités. Elle réunira pour cela, à la rentrée, les structures associatives, la mairie de Saint-Denis et les conseils général et régional, pour statuer sur les différentes sources de financement possible. En attendant, à l'approche de la fermeture du centre, ses dossiers médicaux ont été transférés au planning familial, et les jeunes filles réorientées vers des assistantes sociales et autres partenaires sociaux. Toutes ? « En tout cas celles avec qui le centre avait un contact récent », souligne Martine Serra. Les autres trouveront porte close.
Image : logo de la Protection judiciaire de la jeunesse
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