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Grippe A/H1N1, le Gouvernement néglige la garde des enfants PDF Imprimer Envoyer
Civilisation
Écrit par Isabelle Germain   
Dimanche, 23 Août 2009 19:16

écoleLorsque trois cas seront avérés, il faudra fermer les classes. Mais qui va garder les enfants ? « Solidarité familiale », répond Luc Chatel, le ministre de l’éducation.  A ses yeux, le  virus est donc une affaire publique jusqu’à la fermeture des classes. Ensuite il devient  une affaire privée. Pas d’accord disent des parents et quelques organisations syndicales. Il faut envisager différents scenarii et prévoir une politique ad’ hoc.

 

L’Etat prend ses responsabilités à moitié.

Fermer les classes, voire les établissements lorsque trois enfants ou plus sont atteint du virus, c’est de la responsabilité de l’Etat. En revanche imaginer un plan de prise en charge des enfants ainsi renvoyés chez eux ne fera l’objet d’aucune politique publique. C’est le message du ministre de l’éducation. Nous sommes en 2009, la France est un pays de couples biactifs, mais pour une crise de l’ampleur de celle qui s’annonce, il faut faire appel à la « solidarité familiale ». L’affaire sort du champ du politique. Lors de catastrophes naturelles par exemple, l’Etat ne dit pas « débrouillez-vous avec la solidarité familiale » pour reloger les victimes.  Mais pour ce qui est de la garde des enfants, la "solidarité nationale" ne joue pas. Les vieilles habitudes sont tenaces.

Le Syndicat national des cadres hospitaliers (SNCH) n’est pas d’accord. « La fermeture des écoles sans solution de substitution pour les parents participant aux soins aurait pour conséquence de créer un absentéisme forcé. Il augmenterait la pénurie de soignants au moment même où ils sont le plus indispensable…. Le SNCH demande que les mesures envisagées face à la grippe A/H1N1 soient prises en concertation et que toutes leurs conséquences soient envisagées. » dit-il dans un communiqué.

Impossible solidarité familiale

Dès l’annonce par le ministre de son inertie sur ce sujet, de nombreux témoignages ont afflué dans les médias pour souligner  l’impossible solidarité familiale : les grands parents peuvent être éloignés, encore en activité ou trop âgés pour prendre le risque d’être contaminés par les enfants… Et en dehors des grands parents, on ne voit pas trop qui pourrait venir garder les enfants : une tante au chômage longue durée sous antidépresseurs ? Un grand-oncle pédophile ?

La crise de la grippe A pourrait bien voir exploser la colère des parents travailleurs. Mais ils ont du mal à se mettre en ordre de bataille. La PEEP, association de parents d’élèves pas vraiment marquée à gauche, a d’abord montré son impatience. Corinne Tapiro, PEEP, « c’est une utopie de penser que la solidarité familiale va être une solution au problème »Corinne Tapiro sur TF1 déclarait le 16 août « c’est une utopie de penser que la solidarité familiale va être une solution au problème ».  Mais quelques jours plus tard, le Président de la PEEP, Philippe Vrand, est allé dans le sens du Gouvernement.  Côté FCPE, prudence. Interviewée par LES NOUVELLES news, Christiane Allain, secrétaire générale de la FCPE reste sereine : « Dans les pays dans lesquels la pandémie a eu lieu, l’éviction scolaire a duré six jours. Six jours, c’est gérable pour les parents, estime-t-elle. Au-delà, il faudra envisager d’autres mesures mais on peut imaginer que si on doit en arriver là, tout le pays sera bloqué. »  Jérôme Ballarin de l’observatoire de la parentalité, estime lui aussi, qu’il faudrait dès maintenant imaginer plusieurs scénarii. « Cette question devrait en effet faire partie du plan de crise. On parle de crise, pas de business as usual . Jérôme BallarinA partir d’un certain stade,  il serait souhaitable d’envisager une prise en charge par l’Etat de certains modes de garde. »

Résistances culturelles

Mais pour décider de réunir une cellule de crise consacrée à cette question de garde, Il faudrait vaincre de fortes résistances culturelles. En France la parentalité n’est pas une question politique. Et son incompatibilité avec le droit du travail ne trouble pas le sommeil de nos Gouvernants. « Mais qui va garder les enfants ? »  aurait demandé Laurent Fabius pour moquer la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle. La bourde a fait rire, c’est tout. Pourtant l’ancien premier ministre soulevait  une question politique qui aurait dû occuper une bonne partie de la campagne présidentielle. Il n’en fut rien.  La question se pose aujourd’hui de façon cruciale pour la grippe A avec en guise de réponse, de grands effets de manches culpabilisateurs sur le thème de la solidarité familiale. «C’est vrai qu’il n’est pas facile d’imaginer une solution de garde pour cette épidémie. Mais il n’est pas normal qu’il n’y ait pas au moins une cellule de réflexion sur ce sujet » estime Hélène Périvier, économiste à la Fondation nationale des sciences politiques, « Invoquer la solidarité familiale, c’estHélène Périvier parfaitement hypocrite. Ce sont encore les femmes qui vont trinquer. Aujourd’hui, lorsqu’un enfant est malade, c’est, dans l’immense majorité des cas la maman qui s’arrête de travailler.  Les modes de garde sont insuffisants, ce sont elles dans plus de 98 % des cas qui prennent des congés parentaux. 64 % des enfants de moins de trois ans sont gardés par leurs mamans qui interrompent leur activité professionnelle faute de structures de garde.  Il y a fort à parier que ce seront encore elles qui s’arrêteront pour garder leur enfant si l’école est fermée. Et les employeurs qui rechignent à les embaucher ou à leur accorder des promotions seront confortés ». Depuis que les femmes sont entrées dans la vie professionnelle, la garde des enfants n’a jamais fait l’objet d’une politique de grande ampleur. Et le monde du travail reste difficilement compatible avec la parentalité. On parle toujours de « double journée » pour les femmes qui assument plus de 65 % du travail domestique et familial.  Il serait pourtant juste que l’économie leur rende ce qu’elles lui apportent. Plusieurs enquêtes montrent que, si le travail domestique et familial était compté, il représenterait 35 à plus de 50 % du Produit intérieur brut. Hélène Périvier a démontré, avec Dominique Méda* que le travail des femmes est bon pour la collectivité puisque qu’il alimente les comptes sociaux, en direct et via l’activité de service à la personne induite. Tout cela devrait mériter un peu plus que l’évocation d’un revers de main de la solidarité familiale. « Cette crise pourrait être l’occasion d’amorcer un changement culturel… Et peut être aussi l’occasion pour les pères de montrer leur forte implication dans la garde des enfants… » rêve  Jérôme Ballarin qui doit plancher prochainement sur la politique de la petite enfance au Haut conseil de la famille.

* « Le deuxième âge de l’émancipation » (Seuil)

 

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