Élections 2012 Mis en ligne le 12/03/12
C'est le Front National qui a mis les pieds dans le plat. Le numéro 2 du parti, Louis Aliot, s'en prenait fin janvier à « l'avortement de confort ». Une façon de justifier cette proposition de Marine Le Pen : dérembourser l'IVG si les finances de la sécurité sociale l'exigent. Si l'expression a choqué, le FN s'est aussitôt justifié en soulignant qu'elle était l'oeuvre d'un médecin, cité en 2009 dans Le Figaro. Exact. Sauf que le médecin en question, Grégoire Moutel, se dit aujourd'hui choqué par l'instrumentalisation de ses propos. Et tout autant par la façon dont ils avaient, à l'époque, été retranscrits par le journal. Ce qu'il avait alors appelé, selon un terme anglo-saxon, « l'avortement de confort », faisait référence à la volonté de certains parents de mettre un terme à une grossesse après que l'échographie du troisième mois a, par exemple, révélé un membre mal formé. Mais, explique-t-il à L'Express, cela ne concerne « pas plus de 15 cas par an alors que dans l'article du Figaro, on fait passer mes propos pour une généralité. » De moins en moins de centres Si le Front National est prêt à remettre en cause le remboursement de l'IVG, d'autres candidats veulent au contraire qu'il soit remboursé à 100% (il l'est aujourd'hui à 70 ou 80%). C'est l'engagement qu'a pris François Hollande le 8 mars, rejoignant sur ce point les positions d'Eva Joly (EELV) et de Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche). Une réponse aux revendications de nombreuses associations féministes. Le candidat socialiste entend par ailleurs « que tous les établissements hospitaliers [publics] de notre pays puissent être dotés d’un centre IVG ». De fait, le nombre de centres hospitaliers dotés d'un centre IVG est en baisse constante en France. De 729 en 2000, il est passé à 639 en 2006 et à moins de 600 en métropole en 2009. Ce qui « constitue indiscutablement une restriction dans les possibilités de choix de femmes », relevait l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales) en 2009. Une baisse due essentiellement au « désengagement du secteur privé à but lucratif, lié en grande partie à l’absence de rentabilité de cet acte », déplorait l'IGAS. Les hôpitaux publics prennent aujourd'hui en charge les trois quarts des IVG, contre 60% en 1990. Revalorisation oubliée Car pratiquer une IVG coûte cher, pour les établissements eux-mêmes : c'est une activité déficitaire. La question qui se pose ici, c'est celle de la revalorisation du forfait IVG, autrement dit la tarification de l'acte, fixée par le gouvernement, et qui varie entre 200 et 450 euros selon le lieu et la méthode. Une question pas franchement nouvelle : le 8 mars 2010 Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, promettait une revalorisation de 50% du forfait accordé par la Sécurité sociale aux établissements et médecins pratiquant l'IVG. Une mesure dont elle estimait le coût à une trentaine de millions d'euros. Mais cette annonce est restée sans lendemain, et le gouvernement ne veut plus en entendre parler aujourd'hui. Son argument ? Cela ferait augmenter la facture pour les femmes. Avec le remboursement intégral prôné par les candidats de gauche, cette conséquence préjudiciable disparaîtrait. Mais le coût serait d'autant plus élevé pour la sécurité sociale. Dans une campagne électorale placée sous le signe de la rigueur budgétaire, on comprend mieux pourquoi la classe politique s'est bien gardée d'entrer dans les détails.
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