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« Les migrants donnent plus qu'ils ne reçoivent », selon le rapport du PNUD PDF Imprimer Envoyer
Contre-courant - Écrit par Arnaud Bihel - Lundi, 05 Octobre 2009 17:02   

Dans son rapport annuel mondial sur le Développement humain, publié ce lundi 5 octobre, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) entend « bousculer les idées reçues », en examinant les migrations sous le prisme du développement. Mission accomplie. Les mouvements humains ont des effets bénéfiques pour le migrant, pour son pays de départ, et celui d'accueil, dit le rapport. Au regard des politiques de repli actuellement menées envers les immigrés, il propose une stratégie radicalement opposée : « Lever les barrières ».


En premier lieu, un constat : le monde est fait de mouvements migratoires. Mais, de fait, les migrations des pays pauvres vers les pays riches - 5 millions de personnes chaque année - ne représentent qu'une infime partie de ces mouvements. La migration d’un pays en développement vers un autre est bien plus répandue, plus encore celle à l'intérieur d'un même pays. Les migrants sont pourtant rejetés par les pays développés : « De nombreux gouvernements mettent en place des régimes d’entrée de plus en plus répressifs, ferment les yeux sur les manquements des employeurs aux règles de santé et de sécurité ou ne parviennent pas à expliquer au public les avantages de l’immigration», dénonce le rapport.

Et pourtant. Pour Helen Clarke, administratrice du PNUD, « les sociétés dans leur ensemble » peuvent récolter les bénéfices des migrations.


Bénéfices bien sûr pour les premiers concernés. Malgré les « sacrifices » et les « incertitudes », malgré la mort qui attend certains, le choix d'émigrer s'avère payant, en général. « Une étude a révélé que les migrants issus des pays les plus pauvres ont, en moyenne, vu leur revenu multiplié  par 15, leur taux de scolarisation doublé et leur mortalité infantile divisée par 16 après une migration vers un pays développé. »

Bénéfices aussi pour leurs pays d'origine, pour lesquels la migration, grâce à l'argent envoyé, « a pour effet d’augmenter les revenus et de stimuler la consommation, ainsi que d’améliorer l’éducation et la santé. Son impact se fait également sentir plus largement au niveau culturel et social. » De fait, « les comportements peuvent évoluer en réponse aux idées venues de l’étranger. Les femmes, en particulier, trouvent ainsi l’occasion de se libérer des rôles traditionnels qui leur sont dévolus. »


Diversité sociale et capacité d'innovation


Bénéfices enfin pour les pays d'accueil. Des pays où, le rapport le déplore, « les stéréotypes négatifs décrivant les migrants comme "volant nos emplois" ou "vivant aux dépends du contribuable" sont légion dans certains médias et une partie de l’opinion publique, particulièrement en ces temps de récession. ».

Mais ces stéréotypes sont mis à mal par la plupart des travaux, montrant que les conséquences de l'immigration sur les finances publiques « sont généralement modestes et parfois même totalement inexistantes » (1), tandis que les avantages apportés dans d’autres domaines, « tels que la diversité sociale et la capacité d’innovation, ont été largement démontrés. » Ainsi, conclut le rapport, « les migrants développent l’activité économique et donnent plus qu’ils ne reçoivent. »


Bien sûr, l'Europe et ses frontières hermétiques accueille avec intérêt les travailleurs qualifiés. Mais les autres ne comptent pas. Souvent, accuse le rapport, les gouvernements tentent « de réguler à leur guise les entrées et sorties des personnes les moins qualifiées et considèrent parfois les travailleurs temporaires et illégaux comme l’eau d’un robinet qu’ils pourraient ouvrir et fermer selon leur bon vouloir. » Là, ce n'est pas une idée reçue : les personnes les plus pauvres sont les plus vulnérables. « Les informations préalables dont elles disposent peuvent être limitées ou trompeuses. Les migrantes employées de maison sont victimes d’abus dans nombre de villes et de pays du monde entier ».


Appel au « courage politique »


Le rapport se place aussi sur les terrains historique et philosophique, rappelant que «  la possibilité de changer de lieu de résidence est un principe de la liberté humaine ». Il appelle donc à une politique de rupture de la part des pays d'accueil : il faut « lever les barrières ». Pour la directrice du Rapport, Jeni Klugman, « l’heure n’est pas au protectionnisme anti-immigrants, mais plutôt aux réformes qui promeuvent des avantages à long terme. » Des réformes que le document propose d'engager autour de six piliers :

  • ouvrir les voies d’entrée existantes à davantage de travailleurs, notamment les moins qualifiés ;
  • garantir le respect des droits humains fondamentaux des migrants, notamment l’accès aux services d’éducation et de santé ainsi qu’au droit de vote ;
  • réduire les coûts des démarches liées à la migration ;
  • trouver des solutions concertées bénéfiques pour les pays d’accueil comme pour les migrants ;
  • éradiquer les obstacles à la mobilité interne ;
  • intégrer la migration dans les stratégies de développement des pays d’origine.

« Nombre de ces réformes sont plus réalisables qu’on ne le pense », juge Helen Clark. Mais «  elles nécessitent néanmoins un certain courage politique. » Pas sûr que les temps incitent à ce courage. La récession actuelle est une mauvaise nouvelle pour les migrants, les plus touchés par le chômage (2). Et certains chiffres montrent un recul récent des migrations vers les pays développés.

Pourtant, à moyen terme, bien des facteurs pourront conduire à porter un autre regard sur ces politiques : vieillissement de la population accru dans les pays développés ; migrations forcées dues aux changements climatiques... La crise elle-même «représente  une occasion toute particulière de faire avancer les débats et les réformes », estime Jeni Klugman.


En tous les cas, « les dirigeants et les mesures prises pour modifier la nature des débats publics peuvent faire une différence cruciale », espère le rapport qui, en conclusion, évoque la Grande dépression aux Etats-Unis : « on estime que 2,5 millions de personnes ont migré vers de nouvelles terres agricoles dans les années 1930. Ils y rencontrèrent une résistance féroce de la part de certains résidents, qui considéraient les arrivants comme une menace pour leur emploi et leurs sources de revenu. C’est dans ce contexte que John Steinbeck a écrit Les raisins de la colère, l’un des plus brillants réquisitoires jamais écrits contre les mauvais traitements et l’intolérance dont sont victimes les migrants internes. Le roman de Steinbeck déclencha un débat national, qui amena le Congrès américain à enquêter sur le sort des travailleurs migrants ; en 1941, dans une décision historique, la Cour Suprême déclarait finalement qu’il était interdit aux États de gêner la libre circulation de la population à l’intérieur des États-Unis. »

 

 


(1) Par exemple, « un migrant dont l’enfant fréquente une école publique peut fournir des services de garde qui faciliteront l’accès à l’emploi d’une femme qualifiée – et tous deux paient des impôts »

    (2) En Espagne, le taux de chômage était de 15 % en avril 2009 et culminait à 28 % parmi

    les immigrants

     

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