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Entreprendre
Écrit par Anne Berthod   
Vendredi, 22 Mai 2009 10:01
le gang

Dans le nord de l’Inde, le Gulabi Gang, ou gang des saris roses, lutte pour faire respecter les droits des plus démunis. A la force du bâton si nécessaire. Issues des plus basses castes, des Indiennes entendent par leurs actions coup de poing, faire appliquer la justice dans cette région rurale où les femmes sont, plus qu’ailleurs, soumises à la loi des hommes...

Une ligne pimpante à l’horizon, une clameur qui enfle et, soudain, une marée rose déferle à travers champs, nappe humaine exclusivement féminine et hérissée de bâtons brandis rageusement : toujours fracassantes, les « descentes » du Gulabi Gangsont devenues habituelles dans l’Uttar Pradesh, l’Etat le plus peuplé et l’un des plus pauvres d’Inde.

« Nous sommes plus vulnérables, mais aussi plus solidaires que ne le seront jamais les hommes, professe avec virulence leur chef Sampat Pal. Unies, nous avons le pouvoir de changer l’ordre établi. »

Figure charismatique, issue de la caste des bergers, cette mère de famille de 47 ans a fondé le Gulabi (rose en hindi) Gang en 2006. Mariée à 13 ans, brimée par sa belle-famille, cette rebelle dans l’âme a toujours refusé son statut de victime et n’a eu de cesse de convaincre les femmes, notamment en montant des groupes d’entraide, de s’épauler. Dans le district de Banda, où le mouvement a fait tâche d’huile, elle a ainsi recruté près de 5000 membres ! Leur cible : les maris sans scrupules qui répudient une épouse mal dotée ou incapable de leur donner un fils, les Brahmanes exploitant les castes inférieures, les fonctionnaires corrompus… Un policier refuse de prendre la plainte d’une victime de viol ? Sampat Pal organise aussitôt un sitt’in sous les fenêtres du commissariat avec une cinquantaine de ses miliciennes en uniforme fuchsia, qui ne bougeront pas tant que le formulaire n’aura pas été rempli.

« C’est facile d’envoyer bouler une femme seule ; unies, le rapport de force s’inverse », constate la chef de gang, qui a néanmoins formé son armée au maniement du lathi, ce long bâton traditionnel. « Nous essayons toujours de régler les problèmes de façon pacifique, mais rosser un mari violent ne nous fait pas peur… » Inculpée pour avoir frappé un policier qui la menaçait, la passionaria, très surveillée par les pouvoirs publics, n’a, pour l’instant, jamais été jugée.

Anne Berthod

A lire : « Moi, Sampat Pal, chef de gang en sari rose », Oh ! Editions.

 

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