Cinéma Mis en ligne le 24/02/12
L’académie des Oscars ne s’y est pas trompée. En couronnant Meryl Streep dans la catégorie 'meilleure actrice' pour son rôle dans La Dame de Fer, la prestigieuse institution honore une performance remarquable. L’actrice incarne avec brio deux Margaret Thatcher. L’une est au crépuscule de sa vie, malade et solitaire. L’autre vit une ascension spectaculaire, jusqu’à diriger l’Angleterre pendant 11 ans. Et on y croit. On croit en cette grand-mère prisonnière d’un passé qui s’efface peu à peu sous les ravages d’Alzheimer. On croit en cette femme dure et implacable qui impose ses idées dans un parti et un pays pas habitués à être dirigés par une femme. Puis la réalité rejoint la fiction. La performance d’actrice est si juste qu’elle en devient gênante. Car cette femme que le film essaie de rendre touchante et presque sympathique, c’est bien Margaret Thatcher. Amnésie sélective Les premières images ne laissent aucun doute. L’ascension politique dans un milieu exclusivement composé d’hommes sera un vrai chemin de croix pour la jeune Maggie, fille d’épicier. Mais son courage et sa ténacité l’aideront dans sa quête. Voilà les bases posées. La jeunesse de Margaret Thatcher n’est ici qu’un enchevêtrement de clichés. On commence par les femmes qui laissent leurs maris discourir entre hommes à la fin d’un repas, ce qui révolte Margaret. On termine avec son premier départ pour le Parlement, dents serrées et regard convaincu alors que ses enfants pleurnichant la supplient de rester à la maison avec eux. Une fois élue Premier ministre, le spectateur espère un traitement du personnage et de l’histoire moins complaisant. C’est exactement l’inverse qui arrive. Qu’on la vénère ou qu’on l’abhorre, Margaret Thatcher est un personnage clé dans l’histoire du XXe siècle, notamment par la dureté des réformes engagées. Les licenciements massifs, les grèves à répétition, le démantèlement des syndicats ou encore la désindustrialisation du pays sont évacués par quelques images d’archives saupoudrées de musique punk rock. Le film ne propose aucune réflexion sur les conséquences de telles décisions, même pas les conséquences sur la personne de Margaret Thatcher. D’autres séquences prennent carrément un tournant mélodramatique purement hollywoodien. La perte du destroyer britannique Sheffield lors de la guerre des Malouines, îles britanniques envahis par la junte argentine, provoque chez Meryl Streep une soudaine bouffée d’émotion sur fond de violons larmoyants. Pourtant Margaret Thatcher ne porte aucune considération au sort des autres victimes, ne déplore pas les familles argentines elles aussi endeuillés. La tentative de rendre la Dame de Fer attachante, voire humaine, est ratée. Plus hollywoodien que british Le film alterne avec la régularité d’un métronome les moments présents et bonds dans le passé. Ni l’un ni l’autre ne sont à la hauteur. Les séquences « vie d’aujourd’hui » se résument à un diagnostic sur les méfaits de la maladie d’Alzheimer. Et prouvent qu’une dame dure comme le fer peut aussi devenir une petite chose faible fuie par ses enfants. Les phases « d’époque » tentent systématiquement de mettre en valeur Margaret Thatcher, sans en expliquer pourquoi. La réalisatrice Phyllida Lloyd prend clairement le parti de cette femme tant décriée. Quelles que soient les décisions prises, chaque séquence se termine par un discours vibrant ne laissant aucune place à la controverse. Margaret Thatcher est tellement sûre de ses idées qu’elle a forcément raison. L’espace de trois secondes, après une heure de film, on entend pour la première fois que Margaret Thatcher est un personnage controversé. Enfin de la polémique, enfin la voix du peuple ! Vingt secondes plus tard, elle redevient « la femme qui a changé le cours de l’Histoire », selon le titre d’un article. Quand ça ne veut pas… Finalement, ce film pourtant britannique ressemble étrangement à un film patriotique américain. Tout y est. Les déclarations dégoulinantes pleines de bons sentiments, le parti pris évident et sans remords, la défense des valeurs travail et courage quand tous les autres sont des feignants et des incapables. Il ne manque que la bannière étoilée. Dommage, Margaret Thatcher est britannique. | SEXISME ORDINAIRELe quotidien britannique The Guardian a répertorié les dix moments les plus sexistes dans la politique... Le prochain successeur de Laurence Parisot à la tête du patronat lance un appel aux cheffes d'entreprises... DANS L'ACTUALITEComment le choix des mots dans la presse banalise les violences faites aux femmes. Une enquête d'Arret... Les britanniques interrogés par un site dédié aux mères jugent que les personnages de pères dans... Espagne, Italie : débats sur la majorité sexuelle ; Des pas en avant pour les Marocaines ;... 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Commentaires
un petite précision pour la phrase en question,
dans le film Margaret Thatcher pleure les morts britanniques et va jusqu'à écrire une lettre aux familles des défunts. Comme vous le dites, c'est la guerre et c'est ainsi, il y a des morts.
Mais dans le film, cette séquence émotions est tellement poussée à l'extrème, tellement inopportune, qu'elle paraît en décalage avec le reste. Surtout lorsque le film ne s'émeut pas des milliers d'ouvriers jetés dans les rues.
Au final cet élan patriotique est ce qu'il est : un parti pris de plus pour adoucir une personnalité déjà très éloignée de la réalité.
Vous oubliez, dans vos critiques, de dire qu'elle est présentée comme seule femme (donc première) au Parlement, alors qu'il y en a 17 à cette époque. Ce qui est pour moi, en tant que féministe, une présentation bien plus malhonnête que le reste.
Toutefois, en plus de votre faute d'orthographe (il faut écrire "Quelles que soient" et non pas "Quelque soit les décisions prises,", pour une fois qu'on a du féminin quelque part en grammaire...) il y a un autre point très choquant, lorsque vous écrivez : "Pourtant Margaret Thatcher ne porte aucune considération au sort des autres victimes, ne déplore pas les familles argentines elles aussi endeuillés".
Vous plaisantez j'espère ? Depuis quand les guerriers, et en particulier les chefs de guerre, considèrent-ils que les morts du camp adverse ont de l'importance ? C'est un reproche tout à fait déplacé envers Thatcher, c'est la guerre c'est tout, l'ennemi est à abattre, c'est tout.
La vérité c'est que, Thatcher était conservatrice et a fait une politique conservatrice. Et que comme toutes les femmes qui arrivent à des postes élevés, pour être là elle doivent être bien pires, bien plus dures que les hommes.
Ça c'est la grande morale de ce film, et ce n'est pas montré puisque son attitude semble "normale" puisque reconnue par les hommes de son parti (jusqu'à un certain point d'ailleurs). D'être reconnue pour un bon travail par des hommes, dans des métiers à grande majorité masculine, signifie faire ce métier moins humainement encore qu'eux.
Ce que les femmes pourraient apporter en politique de différent, de plus humain, de plus noble ne peut en aucun cas exister tant que le nombre moyen de femmes en politique n'atteindra pas un seuil (30% ?).
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