« Vrai travail », les gros bras sont des étourdis

Depuis que Nicolas Sarkozy a fait sa sortie sur le « vrai travail » droite et gauche s’affrontent. Oubliant les femmes qui travaillent globalement plus que les hommes et gagnent moins.


« Le 1er mai, nous allons organiser la fête du travail, mais la fête du vrai travail, de ceux qui travaillent dur, de ceux qui sont exposés, qui souffrent, et qui ne veulent plus que quand on ne travaille pas on puisse gagner plus que quand on travaille»… Devant son QG de campagne au lendemain du premier tour de l’élection présidentielle Nicolas Sarkozy s’est enflammé. Ses opposants y ont vu un clin d’œil appuyé aux électeurs du FN priés de comprendre qu’il voulait privilégier les travailleurs français versus les étrangers assistés qui viennent manger notre pain. François Hollande a immédiatement répliqué dans son discours de Lorient. « Cela voudrait dire qu’il y aurait un faux travail en France ? » a demandé le candidat socialiste.
Et Nicolas Sarkozy d’enfoncer le clou avec son équipe : « Le vrai travail, c’est celui qui a construit toute sa vie sans rien demander à personne, qui s’est levé très tôt le matin et s’est couché très tard le soir (…) C’est celui qui dit ‘toute ma vie, j’ai travaillé, j’ai payé mes cotisations, j’ai payé mes impôts, je n’ai pas fraudé, et au moment de mourir je veux laisser tout ce que j’ai construit à mes enfants sans que l’Etat vienne se servir’…» Et ses lieutenants de reprendre sur l’air de : l’assistanat, cancer de la société.

En face, les syndicats voient une instrumentalisation du défilé du premier mai. Gérard Filoche, militant socialiste, inspecteur du travail à la retraite, détaille ce que travail veut dire pour lui : « Le ‘vrai’ travail ? Celui des millions de travailleurs pauvres qui n’arrivent pas à vivre avec leurs salaires ? » ; « Le ‘vrai’ travail ? 150 000 accidents cardiaques et 100 000 accidents vasculaires par an dont entre 1/3 et 50 % liés au travail… »  peut-on lire sur son blog au milieu d’une longue liste.

Pire que le faux travail, le travail invisible

Et aussi : « Le ‘vrai’ travail ? Celui des femmes qui gagnent 27 % de moins que les hommes ? » Sur la bonne voie mais un peu court. Elles gagnent 27 % de moins mais elles travaillent beaucoup plus, globalement.Lire aussi
Et la pénibilité du travail invisible des femmes ?
Lors de notre colloque sur « le sexe de l’économie », Delphine Roy, chargée d’études à l’Insee, l’a montré très clairement. Les femmes gagnent moins que les hommes mais « leur temps de travail total, celui qui inclut le travail rémunéré et non rémunéré est bien supérieur. » Sur les 38 milliards d’heures de travail domestique réalisées par les Français, 77 % sont pris en charge par les femmes, si l’on compte le travail domestique « dur », en dehors de celui qui peut être assimilé à des loisirs (voir tableaux ci-dessous). Aux âges médians, elles font environ 35 heures de travail domestique par semaine qui s’ajoutent souvent à un travail -mal- rémunéré. Au total, les hommes ont un temps de travail inférieur à celui des femmes. Et, précise la chercheuse, cela représenterait, si on voulait bien le compter dans les richesses nationales, 17 % du PIB, au bas mot, soit l’équivalent de la production de l’industrie en France. Et 36 % avec un mode de calcul différent. Mais ce travail là ne fait pas l’objet de fiches de payes, de cotisations sociales. Il ne donne aucun doit pour les retraites. Les travailleuses du domestique ne défilent pas le 1er mai.
Un faux vrai travail invisible et pénalisant : pour le travail rémunéré, les femmes ont moins de valeur sur le marché de l’emploi que les hommes présumés dégagés de toute obligation domestique. Elles gagnent moins. A elles les jobs précaires, sous-payés et le recours à la solidarité. Double peine, donc. Et là dessus, les candidats ne se mouillent pas. Les gros bras qui s’invectivent ne pensent pas à la pénibilité du travail de celles qui frottent leur baignoire.

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11 réflexions sur “ « Vrai travail », les gros bras sont des étourdis ”

  1. « Émy »
    « A elles les jobs précaires, sous-payés et le recours à l’assistanat. »

    Serait-il possible de bannir cette injure de votre vocabulaire et d’utiliser « solidarité » à la place ?
    Merci.

    Une « assistée »

    Vous avez tout à fait raison, c’est corrigé. Avec mes excuses. On finit par être contaminés par l’ambiance. Merci de votre vigilance. Et je viens de relire ce texte que Dominique Méda nous a fait l’amitié de publier ici : http://www.lesnouvellesnews.fr/rehabiliter-la-solidarite

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