Mais vous n’avez pas honte ?

Ceux qui parlent le plus fort dessinent un monde dans lequel les inégalités sont moins honteuses que la lutte contre les inégalités. Tentative de changement en entreprise.


Comment faire en sorte que la honte change de camp ? C’est la question centrale de la lutte contre le viol. Ceux qui régissent les mœurs et font le plus de bruit médiatique ont décidé que l’opprobre devait s’abattre, non pas sur le violeur, mais sur la victime qui n’aurait pas mis assez de tissus pour couvrir son corps, serait sortie à une heure ou dans un lieu qui devait lui être interdit, aurait eu un battement de cil de trop… et serait une menteuse. Rendre la victime coupable, et vice-versa. C’est ce qu’on appelle « la culture du viol » qui a connu un pic dans les premiers instants de l’affaire DSK, quand journalistes et politiques ont, comme un seul homme, soutenu l’ex-directeur du FMI qui avait pourtant déjà quelques casseroles derrière lui.

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Pour faire changer la honte de camp, encore faudrait-il pouvoir parler plus fort que les tenants de la culture du viol. Mais, quand on observe la place et l’image des femmes dans les médias, on en est loin. Petit exemple récent : les dernières saillies médiatiques du philosophe Alain Finkielkraut dégoisant sur ce que doivent être les femmes, sans réelle indignation sur les plateaux.

Et si la honte devait changer de camp dans le monde du travail aussi ? La secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes a décidé de faire du “name & shame” en publiant les noms des entreprises cancres de l’égalité. C’est un premier pas. Il en faudra beaucoup d’autres pour convaincre tous les acteurs de l’entreprise que le sujet de l’égalité professionnelle est important, qu’il ne se réglera pas tout seul et qu’il n’est pas déjà réglé. Je me souviens avoir été sollicitée pour sensibiliser des cadres supérieurs d’une entreprise sur ce sujet. Ces cadres avaient été contraints de venir. Ils ont voulu se présenter avant mon intervention et, sans que la question leur soit posée, chacun a expliqué avec une mine satisfaite qu’il avait déjà embauché ou promu une femme… Du coup, certains n’ont même pas fait semblant de m’écouter. Pas besoin de trouver des solutions au problème des inégalités professionnelles puisqu’il n’y a pas de problème à leurs yeux, enfin pas chez eux. Même quand on leur met des chiffres sous les yeux.

Pourtant, une fois que les dirigeants sont convaincus, mettre en place les solutions pour la parité en entreprise est assez rapide. Il suffit de chercher des femmes au lieu de chercher des excuses ou des alibis. Mais il faut convaincre ces dirigeants.  Et pour cela, le discours dominant doit changer et proclamer que les inégalités sont un fléau et non une lubie de féministes attardées, comme veulent continuer à le faire croire Finkielkraut et consorts. Vaste programme !

IG

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