Ne vous excusez plus !

Simone Veil s’était excusée de prendre la parole devant une assemblée masculine. Les femmes s’excusent lorsqu’elles accèdent au pouvoir. Pourtant elles ne sont coupables de rien.


 

Simone Veil entrera au Panthéon. Sans s’excuser. Mais ce sera sous l’épitaphe : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Dans nos contrées, la grandeur se conçoit dans l’entre-soi masculin. Le pouvoir aussi.  

Quand elle a prononcé son discours pour la légalisation de l’IVG en 1974, Simone Veil a voulu s’excuser de « faire partager une conviction de femme…. Je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes », annonçait-elle en préambule, avec ironie sans doute. Un comble ! La ministre devait s’excuser de voir les hommes monopoliser le pouvoir, s’excuser de leur dire qu’ils ne pouvaient pas tout décider pour les femmes, comme si le corps des femmes leur appartenait. Elle qui devait tempérer ses convictions et son combat, ne pas aller au-delà de ce que les députés de l’époque pourraient tolérer, si elle voulait avoir une chance de gagner.

À l’annonce de son décès, l’Académie française s’est surpassée : « Le Secrétaire perpétuel et les membres de l’Académie française ont la tristesse de faire part de la disparition de leur confrère, Mme Simone Veil… » Leur « confrère » ! La masculinisation des titres, c’est la grande bataille des académiciens pour faire comprendre aux femmes qu’elles ne sont pas légitimes sur ce qu’ils considèrent être leurs terres. En 2013, dans un moment de laxisme, ils ont admis que les académiciennes pouvaient, entre elles, s’appeler « ma cher confrère ». Subversif en diable.

Pas de laxisme en revanche du côté des acteurs des médias et télécoms. Quand une  dizaine d’entre eux créent une alliance pour la pub en ligne, il n’y a que des hommes autour de la table. En gouvernant les médias qui forgent l’opinion, les hommes disent aux femmes ce qu’elles doivent penser, comment elles doivent se penser.

Alors quand les femmes accèdent au pouvoir par la force des lois sur la parité, elles le font par la petite porte, en s’excusant. À l’Assemblée nationale, elles représentent presque 40 % des élu.e.s mais lors de la deuxième séance, elles n’ont occupé que 0,0018 % du temps de parole.

En entreprise, elles veulent justifier leur présence au plus haut niveau par l’amélioration des performances de leur société. L’argument est contre-productif à plus d’un titre. D’abord, la démonstration des causes de la performance est toujours discutable. Et puis, le combat des hommes pour avoir la bonne place est souvent supérieur au combat pour la performance. Ensuite, cela cantonne les femmes à adopter certains comportements dits féminins qui seraient « complémentaires » à ceux des hommes, ce qui, in fine, peut les bloquer dans certaines fonctions. Et surtout, quand on se justifie, c’est qu’on se sent coupable et donc on risque de se censurer.

Les femmes n’ont pas à se sentir coupable de prendre des places que les hommes ont monopolisées. Il est temps qu’elles cessent de devoir s’excuser d’être des femmes, de s’excuser d’exister. Messieurs, ne forcez plus les femmes à s’excuser ; mesdames, ne vous excusez plus !

 

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