Suivant une pétition, le HCE a demandé que les féminicides provoqués par l’idéologie masculiniste soient traités comme du « terrorisme misogyne ». Le procureur national antiterroriste n’entend pas se saisir.
Le 2 avril, le Haut Conseil à l’Egalité (HCE) a demandé la saisine du Parquet national antiterroriste (PNAT) dans l’affaire Cédric Prizzon. Cette démarche s’inscrivait dans la droite ligne d’une pétition lancée par la chercheuse, autrice de « La Terreur Masculiniste », Stéphanie Lamy.
L’homme qui aurait enlevé et tué sa compagne, son ex-compagne et enlevé ses deux enfants militait depuis des années dans des groupes de « pères en colère ». Il avait déjà été condamné pour enlèvement et menaçait de « foutre le bordel au niveau national ». Tous les signaux de radicalisation masculiniste étaient au rouge. Et pourtant il n’était et n’est toujours pas considéré comme un terroriste.
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Le HCE reprend les mêmes arguments que la pétition : « Les premiers éléments de cette affaire montrent un continuum de violences sexistes et une répétition de faits de harcèlement et de menaces explicites de l’auteur envers ses victimes. » Il appelle aussi les médias à prendre leurs responsabilités : « Le HCE souhaite également alerter sur le traitement médiatique de cette affaire. Ces faits ne peuvent être réduits à de simples faits divers isolés. »
Bérangère Couillard, Présidente du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes explique : « Cette affaire doit être un électrochoc pour comprendre la menace masculiniste et les dangers qu’elle fait peser sur les femmes dans notre pays. Lorsqu’une idéologie de haine des femmes se diffuse, banalise la violence et légitime des passages à l’acte, elle ne peut plus être traitée comme un phénomène périphérique. Elle appelle une réponse publique à la hauteur. »
« Je n’entends pas me saisir »
Refus catégorique d’Olivier Christen, le procureur national antiterroriste qui a déclaré vendredi 3 avril sur franceinfo. « Je n’entends pas me saisir » de cette affaire, « parce que je pense que le parquet de Montpellier, qui est celui qui en est saisi, est tout à fait à même de la traiter dans sa dimension la plus grave ». S’il évoque « des faits absolument terrifiants et dramatiques », le procureur national antiterroriste juge que « c’est une affaire individuelle ».
A l’adresse du HCE il ajoute, de toute sa hauteur : « Il serait opportun que l’ensemble des organes qui sont rattachés au gouvernement se dispensent de donner ce qui peut paraître comme des instructions sur l’autorité judiciaire, qui doit rester indépendante dans son approche de ces sujets»
Réaction de Stéphanie Lamy ce vendredi matin sur LinkedIn :« En refusant de se saisir de l’affaire Cédric Prizzon au motif que ce serait « une affaire personnelle », le parquet national antiterroriste nous fait surtout la démonstration que les magistrats antiterro – pour la plupart des hommes – ne sont pas formés aux modes d’actions violents, registres discursifs et moyens de production de la propagande masculiniste spécifique au canal historique de tous les masculinismes, le milieu des pères enragés. »
Dans le camp du ministre de la Justice
Olivier Christen a aussi enjoint les féministes de ne pas se mêler de ses affaires en affirmant que « le seul qui peut définir les politiques générales » dans le domaine judiciaire, « c’est le ministre de la Justice ».
Alors Stéphanie Lamy a, à nouveau, pris sa plus belle plume pour adresser un courrier à Gérald Darmanin, garde des Sceaux, afin de lui expliquer les enjeux de la qualification de « terrorisme masculiniste » via la saisine du PNAT. Si elle salue l’intervention du PNAT en juillet dernier à Saint-Etienne pour prévenir un attentat préparé par un Incel, elle prévient : « limiter la menace masculiniste à la seule mouvance incel revient à invisibiliser d’autres milieux tout aussi structurés et potentiellement violents.» Certains groupes de pères séparés violents en font partie.
La mobilisation initiée par la chercheuse s’mplifie. Elle est rejointe par MeTooMedias, Osez le féminisme, L’Institut du Genre en Géopolitique, le Collectif Les Grenades…

