Annie, juste colère

par Valérie Ganne

En 1974, naît le MLAC, un mouvement illégal majoritairement féminin. La fiction « Annie Colère » rend hommage à ces inconnues grâce à qui la contraception et l’avortement sont aujourd’hui des droits.

La cinéaste Blandine Lenoir est en colère et elle a donc choisi d’appeler l’héroïne de son nouveau film Annie Colère. « La colère face à l’injustice, la colère qui amène à l’engagement et à la désobéissance civile totale » comme elle le résume. « Annie Colère » nous plonge en 1974, aux débuts d’une lutte illégale et pourtant essentielle, celle du MLAC, mouvement pour la libéralisation de l’avortement et de la contraception. Laure Calamy incarne une mère ouvrière de province qui découvre les premières militantes du mouvement, qui se réunissent dans l’arrière salle d’une librairie de sa petite ville. En s’impliquant de plus en plus, Annie va changer sa vie et celle de sa famille.

Derrière le trajet de cette héroïne, il y a un mouvement collectif que la réalisatrice met très bien en valeur : chaque actrice a sa partition à jouer, compagne de lutte ou femme venue se faire avorter. Tous les seconds rôles, et la liste est longue, sont parfaits, de la bourgeoise qui accueille les femmes à la fille d’Annie qui grandit, en passant par le mari dépassé ou les jeunes femmes silencieuses demandant un avortement.  Si l’on croise brièvement la figure historique de Delphine Seyrig, magnifiquement en colère dans une émission télévisée, avant tout ce sont des anonymes qui mènent la lutte. Celles qui ont construit ce mouvement unique basé sur l’entraide et le partage des savoirs. En deux heures émouvantes et instructives, la réalisatrice éclaire ces femmes qui, sans le savoir, ont changé l’Histoire.

« Annie Colère » de Blandine Lenoir, 1h58. Scénario : Blandine Lenoir et Axelle Ropert. Avec Rosemary Standley, Zita Hanrot, Damien Chapelle, Éric Caravaca, Yannick Choirat, India Hair, Louise Labèque, Sara Verhagen… Produit par Aurora et Local Films, distribué par Diaphana. En salle le 30 novembre 2022. Prix Variety Piazza Grande à Locarno.

Le film sera diffusé en avant-première, le 14 novembre au Festival International du film d’histoire de Pessac

Qui est Blandine Lenoir ?
« Annie Colère » est son troisième film. Depuis une quinzaine d’années, Blandine Lenoir est constante dans ses sujets de prédilection : les révoltes féminines pour la liberté du corps et de la sexualité, y compris depuis ses courts métrages, dont l’excellent « Monsieur l’Abbé ». Les Nouvelles News évoquent cette réalisatrice depuis son premier long métrage, « Zouzou ». En 2017, la comédie « Aurore » a mis la lumière sur un tabou, la ménopause, avec une excellente Agnès Jaoui en mère débordée par ses bouffées de chaleur et sa fille enceinte. « Annie Colère » est plutôt un film historique : « Tout le monde connait le combat héroïque de Simone Veil, mais on a oublié les militant·e·s qui ont poussé Giscard d’Estaing à modifier la loi. Le MLAC est d’autant moins connu qu’il n’a duré que 18 mois. Mais cette lutte est passionnante, car fondamentale dans le changement de la société. » Ce combat a permis un changement de regard sur les femmes, le film représentant l’avortement autrement. « Ici, l’avortement est un soulagement, pas un drame. Je voulais absolument montrer la tendresse qui existait pendant ces avortements, comment on se parle, comment on se regarde, comment on se touche dans un moment pareil.(…) Je voulais aussi montrer comment tous ces sujets honteux pouvaient devenir des sujets nobles, comme le dit un des personnages du film. »
Si l’on doutait un instant de la nécessité de ce film, l’actualité s’est chargée de nous le confirmer récemment : « En tournant ce film, je n’avais pas imaginé que les Américaines auraient besoin que les antennes du MLAC fleurissent à nouveau dans les villes… C’est terrifiant. » conclue la réalisatrice.

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