Bientôt une presse qui n’écrit plus l’Histoire à moitié ?

Hiérarchies masculines, contenu sexiste. La lutte pour un journalisme plus égalitaire est loin d’être terminée.


Enfin la révolution ! Au Parisien, puis à L’Obs et à La Provence, les femmes journalistes ont, collectivement, dénoncé la confiscation des postes de direction par les hommes. C’est une « prise de confiance » qui a déclenché ces mouvements collectifs, dit très justement Aude Lorriaux, porte-parole du mouvement Prenons la Une.

Jusqu’ici, l’intimidation payait. Qu’est-ce qu’on avait bien pu mettre dans la tête des femmes journalistes pour qu’elles s’autocensurent ? La peur de devenir tricardes, étiquetées « féministes mal baisées», la certitude de mesures de rétorsion larvées (ou pas) si elles osaient remettre en question une hiérarchie toute masculine. Pas simple dans un métier aussi précaire que le journalisme.

Mais cette fois-ci, elles ont saisi le mouvement #MeToo, #Balance ton porc, qui dénonce, dans les colonnes de leurs journaux, le harcèlement sexuel et plus généralement les injustices dont les femmes sont victimes. Les réseaux sociaux et quelques journaux ont relayé leurs frondes. Impossible désormais de mettre le sujet sous le tapis.

Même si, à ce jour, les directions des journaux n’ont pas battu leur coulpe, n’ont pris aucun réel engagement à corriger le tir et attendent probablement que « ça se tasse », la force du collectif est enclenchée.

Parvenir à l’égalité prendra sans doute du temps. Et quand les femmes occuperont la moitié des postes de direction, il restera encore à faire évoluer le contenu des journaux pour ne plus écrire l’Histoire contemporaine à moitié. Aujourd’hui, les journaux (comme les manuels scolaires, d’ailleurs) donnent à voir une société plus sexiste qu’elle ne l’est en réalité. 80 % d’hommes, 20 % de femmes, le plus souvent dans des rôles de « femme de » de victime ou de témoin anonyme. Tandis que les hommes, dans l’info, sont dirigeants, experts ou héros sportifs. En regardant la société dans ce miroir déformant, les hommes trouvent une infinité de modèles auxquels s’identifier tandis que l’horizon des femmes se réduit. Impossible de bâtir une société égalitaire avec de tels médias.

Guerre des postes, guerre du contenu. La lutte des femmes journalistes est loin d’être terminée.

 

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