Accueil SagaPortrait Cécile Réal, entrepreneure contre l’endométriose

Cécile Réal, entrepreneure contre l’endométriose

par Claire Aubé

Cécile RéalAprès avoir créé une première société à 25 ans, l’ingénieure Cécile Réal a fondé en 2011 Endodiag. Objectif : mieux diagnostiquer l’endométriose. Un combat contre une maladie… et contre le mépris.

Imaginez une maladie qui concerne une femme sur dix, mais est pourtant tellement méconnue qu’il s’écoule en moyenne entre sept et dix ans entre les premiers symptômes et l’établissement du diagnostic. Une maladie à propos de laquelle les médecins disent : « C’est un problème de femmes, cela concerne leur intimité ». Cette maladie invisible et presque honteuse, c’est l’endométriose.

Il fallait bien la ténacité et le talent de Cécile Réal pour attaquer le problème, à tous les niveaux. Avec deux associés, cette ingénieure a créé en 2011 Endodiag, une société qui a pour ambition de concevoir un test simple et pratique de diagnostic de l’endométriose.

« Comment se faisait-il qu’au XXIe siècle, une pathologie aussi commune soit si méconnue? »

Le pari est difficile à relever. D’abord parce que la maladie est complexe. « Aujourd’hui encore, on ne sait pas d’où elle vient ni comment elle se développe, pourquoi elle prend une forme agressive ou modérée, pourquoi elle s’attaque à tel ou tel organe », énumère Cécile Réal. De plus les professionnels de santé travaillant sur cette pathologie restent dans leur spécialité et ne communiquent pas entre eux. Enfin, pour les pouvoirs publics et les médecins, ce n’est clairement pas une priorité, malgré des effets catastrophiques sur la qualité de vie des patientes ou des problèmes de fertilité. « J’ai entendu de la part de médecins et de membres de hautes autorités médicales la phrase suivante: ‘A quoi ça sert de la diagnostiquer puisqu’on ne sait pas la guérir?’ », rapporte Cécile Réal, partagée entre la colère et la consternation.

La première fois que l’entrepreneure entend parler d’endométriose, nous sommes en 2009. Un médecin et un chercheur lui exposent leurs recherches en la matière. A l’époque, il est difficile de savoir si celles-ci peuvent avoir un débouché industriel, mais immédiatement, la jeune femme est frappée par « l’enjeu médical » et sociétal de la maladie. « Je suis tombée des nues : comment se faisait-il qu’au XXIe siècle, une pathologie aussi commune soit si méconnue? »

Pour cette ingénieure-créatrice, le timing est parfait : elle cherche un projet à développer. L’aventure entrepreneuriale, la griserie de tout commencer de zéro sans avoir de comptes à rendre à une hiérarchie ou de processus à suivre, elle connaît. A 25 ans, après deux ans et demi passés dans un grand groupe à travailler sur une technologie innovante dans le domaine des prothèses médicales, elle et son équipe ont été remerciés pour cause de recentrage de la stratégie. Ni une, ni deux, elle décide de racheter les brevets de la technologie, et créé une société, Bioprofile.

« On me disait que je n’avais pas assez de cheveux gris et que j’étais une femme, donc incapable de comprendre comment il fallait diriger une société »

Entre 1999 et 2007, elle vit « un MBA en accéléré » : premières embauches ; première levée de fonds – un succès, alors même qu’on lui avait prédit que gérer plusieurs actionnaires serait mission impossible ; développement à l’international. Puis une seconde levée de fonds voit l’entrée au capital d’une société plus hostile. Les désaccords stratégiques se multiplient. La fusion avec une société américaine permet de trouver une issue « gagnant-gagnant »…jusqu’au moment où arrive une offre de rachat à laquelle il lui est impossible de s’opposer.

Durant ces années, elle fait des rencontres professionnelles exceptionnelles ou exceptionnellement navrantes : « On me disait que je n’avais pas assez de cheveux gris et que j’étais une femme, donc incapable de comprendre comment il fallait diriger une société », raconte-t-elle. Un passage par le conseil lui permet après la vente de Bioprofile de se (re)poser un peu, tout en mettant son expérience au service des autres. Et puis, « l’envie d’être au volant plutôt que dans le siège passager est revenue ».

Aujourd’hui, le moins que l’on puisse dire est que le rythme est à nouveau très soutenu. La première étape visée par Endodiag est la caractérisation pour chaque patiente du type et de la forme d’endométriose dont elle souffre. Aujourd’hui, certains traitements hormonaux sont complètement inefficaces parce que les lésions engendrées par la maladie n’ont pas de récepteurs hormonaux ou des récepteurs qui ne réagissent pas aux hormones administrées. Cela permettrait également de mieux gérer les stratégies de fertilité. Ensuite pourra venir la mise au point d’un test de dépistage sanguin. Actuellement, le seul moyen de savoir si la patiente est atteinte d’endométriose passe par la chirurgie.

Deux laboratoires en projet

En plus de ces premiers projets, Cécile Réal et sa petite équipe d’une demi-douzaine de salarié.e.s débordent d’idées : s’associer avec une entreprise de biotech spécialisée en oncologie, parce que les mécanismes de l’endométriose et de certains cancers ont des similarités intéressantes. Lancer un Observatoire pour sensibiliser l’ensemble du corps médical et le grand public à cette maladie et enfin disposer de données sur lesquelles s’appuyer pour réaliser des tests (voir encadré ci-dessous). Réorganiser les protocoles de prélèvements de tissus pour éviter les très nombreux cas où ils sont inexploitables pour cause de mauvais gestes ou manipulations.

Pour financer tous ces projets, la société entend mener une levée de fonds au printemps. Trois à 5 millions d’euros sont espérés. « De quoi permettre de recruter et de créer deux laboratoires, l’un aux Etats-Unis, l’autre en Suisse », explique Cécile Réal. Sans cet apport d’argent frais, la société risque de ne pas pouvoir survivre, tant les cycles de développement pour ce type d’activité sont longs et les barrières économiques et administratives nombreuses. A titre d’exemple, pour obtenir simplement l’autorisation que certains prélèvements ne soient pas jetés mais récupérés pour servir à des tests, il a fallu un an.

Il en faut plus pour décourager Cécile Réal, dont l’opiniâtreté n’est que renforcée par le constat du tabou persistant entourant la maladie. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare que les médecins lui disent que l’endométriose est une maladie orpheline ou que les douleurs ressenties par les femmes concernées au moment de leurs règles sont normales.

Pour pouvoir construire des données fiables et des chiffres clefs, Endodiag a lancé oz2020, un observatoire auquel toutes les femmes, concernées ou non pas l’endométriose, peuvent participer.
Outre ce recueil d’informations qui permettra d’organiser des études épidémiologiques, le but est aussi de lancer des campagnes de sensibilisation à la maladie.

Connectez-vous sur www.oz2020.com

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2 commentaires

2 commentaires

hfidf 7 octobre 2015 - 21:34

Bonjour,

Merci pour cet article qui parle, en effet, d’un problème rarement abordé.
Il se trouve que je sais ce qu’est l’endométriose, puisque ma mère a été atteinte et qu’elle a faillit ne pas pouvoir avoir d’enfant mais un traitement sorti un 88, 89 lui a permis d’en avoir. Cependant, peut-être aurait-il fallu commencer l’article en décrivant de quoi il s’agissait…

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madame 10 octobre 2015 - 07:17

oui j’aurais aimé un début qui explique ce qu’est la maladie!

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