Accueil International Chili : premier feu vert au droit à l’avortement (sous conditions)

Chili : premier feu vert au droit à l’avortement (sous conditions)

par Lucie Rondou
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« Je ne veux pas de ton opinion dans mon corps » – Militante chilienne pro-choix / Capture d’écran Youtube

Les députés chiliens ont voté la dépénalisation de l’avortement. Premier pas vers l’abrogation d’une loi liberticide passée à la fin de la dictature de Pinochet. Le texte doit maintenant obtenir l’approbation des sénateurs. 


 

« Si tu ne respectes pas sa décision d’avorter après un viol : tu violes ses droits ». Les militant.e.s pro-choix étaient venues nombreux/euses, jeudi 17 mars, manifester pour que le projet de loi sur la dépénalisation de l’avortement au Chili soit adopté. Au moins aussi nombreux/euses que les manifestant.e.s pro-vie, armés de mini-bébés en plastique. Finalement, après une journée riche en débats houleux, le projet de loi sur l’avortement a été adopté.

Risques pour la santé, foetus non viable et grossesse après un viol

L’avortement devient autorisé dans 3 cas particuliers, chacun ayant été soumis au vote. La possibilité d’avorter en cas de risque pour la santé de la mère a obtenu l’approbation de 67 députés et le refus de 47. En cas de fœtus non-viable, 62 députés ont voté pour et 46, contre. Enfin, la proposition la plus polémique, celle permettant aux femmes violées d’avorter, a recueilli 59 votes positifs et 47 négatifs. Soit le vote le plus serré des 3 propositions.

Les députés se sont entendus sur une « limite » de l’avortement à 12 semaines de gestation, et 14 semaines pour les moins de 14 ans, admettant le fait que ces dernières mettent plus de temps avant de découvrir leur grossesse.

Avant le vote, la ministre du Service National des femmes, Claudia Pascual, a prononcé un bref discours. Elle a rappelé que ce projet de loi « redonnait aux femmes des droits qui leur avait été niés par le passé ». En effet, l’avortement était légal au Chili jusqu’en 1989 dans les cas de malformations ou de danger pour la santé de la mère. Un an avant d’être déchu du pouvoir, le général Pinochet a interdit totalement la pratique. Depuis le retour de la démocratie, l’interdiction de l’avortement était maintenue, sous la pression des institutions catholiques et conservatrices. Claudia Pascual a conclu son intervention : « Les femmes ne peuvent plus attendre, le pays ne peut plus attendre. » La présidente élue Michelle Bachelet soutient également cette loi (Voir : Michelle Bachelet lance le bras de fer sur l’avortement), qu’elle n’était pas parvenue à imposer lors de son premier mandat.

La légalisation de l’avortement sans conditions : un horizon lointain

A écouter les députés s’exprimer pendant cette journée, la généralisation du droit d’avorter à toutes les femmes, quelle que soit leur motivation, est un horizon encore lointain pour le Chili. René Manuel Garcia, député centre-droit sème le doute en posant la question : « Nous pouvons dire que le gouvernement militaire ou la dictature [sous-entendu : avec la dictature de Pinochet, NDLR], appelez cela comme vous voulez, a tué des personnes adultes. Et vous, vous voulez les tuer avant même qu’elles naissent ? Quelle est la différence ? » Ou encore José Antonio Kast, plus dramatique, qui annonce : « Aujourd’hui, nous signons la sentence de mort de millions de petits Chiliens. »

La députée Camila Vallejo a rétorqué : « Je suis sûre que si les hommes étaient concernés par l’avortement, il aurait été légal depuis longtemps. Obliger une femme à maintenir sa grossesse contre sa volonté, est une torture psychologique, et parfois physique. » Ces débats entre conservateurs et progressistes se répéteront très probablement lorsque la loi passera devant le Sénat.

Dans le monde, seuls cinq autres pays interdisent l’avortement en toutes circonstances ; trois en Amérique latine – la République Dominicaine, El Salvador, le Nicaragua – et deux en Europe – Malte et le Vatican.

 

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3 commentaires

Alicia 20 mars 2016 - 18:30

C’est un pas avant (quoique en 2016,vraiment on en est là????) mais pourquoi devoir se justifier? Avorter c’est ok en cas de viol. Et si on est en état de sidération et de choc comme c’est souvent le cas en cas de viol et qu’on ne peut pas porter plainte? Si on ne peut pas parce qu’on est trop choquée, ou parce que c’est son père, son frère, son mari le violeur que se passe-t-il?
Quant aux malformations du foetus ou de danger pour la santé de la mère cela devrait relever de l’IMG et non de l’IVG.
Petit aparte mais comment se fait-il qu’au sein de l’UE des femmes meurent encore faute d’accès à l’avortement? Irlande (que vous oubliez et qui me semble pourtant être le pire pays pour une femme) et Malte par exemple. On entend beaucoup parler de l’Amérique Latine et encore aujourd’hui de la tentative de retour sur la loi sur l’IVG en Espagne mais jamais de l’Irlande. Jamais non plus de toutes les entraves pour avorter en France.

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09 Aziza 22 mars 2016 - 18:41

Oui, je comprends mal ce manque distinction entre l’IMG(raison médicale), et l’IVG. Ou alors, c’est pour présenter comme problèmes moraux des problèmes médicaux…..

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Aude 24 mars 2016 - 13:28

Euh… ‘Légalisation du viol sans condition » au lieu de « Légalisation de l’avortement sans condition », non ?

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