Concours de victimes… et à la fin c’est l’omerta qui gagne

Christine Angot, Sandrine Rousseau, deux victimes d’agression sexuelle KO sur un ring télévisuel. Des questions culpabilisantes. De quoi doucher les velléités de dénonciation.


 

Le déferlement de commentaires qui a suivi l’émission On n’est pas couché de samedi dernier sur France 2 montre à quel point la bataille contre les agressions sexuelles est très loin d’être gagnée. D’abord se sont exprimés des reproches contre Christine Angot qui s’en est violemment pris à Sandrine Rousseau venue dire qu’il fallait parler des agressions sexuelles. L’écrivaine, victime d’inceste, considère qu’il faut « se débrouiller avec ça ». Puis des commentateurs ont volé au secours de Christine Angot, jouant parfois ouvertement le concours de victimes, comme Claude Askolovitch expliquant en gros dans Slate que l’agression subie par l’élue EELV, à côté de l’inceste subi par la chroniqueuse, c’est de la gnognotte.

Ce que révèle l’échange entre les deux femmes, c’est qu’il est à peu près aussi douloureux de se taire que de parler. Parce que l’inversion de la charge de la culpabilité est la règle. La démonstration en a été faite sur le plateau de l’émission. Le chroniqueur Yann Moix reproche à Sandrine Rousseau de ne pas suffisamment décrire la violence. L’animateur Laurent Ruquier lui demande sa notion de consentement à elle… Etait-ce si violent ? N’aurait-elle pas, elle, une notion de consentement un peu rigide ? Elle ne ferait pas un peu sa chochotte, l’ancienne élue ?… Plaquée contre un mur et tripotée aux seins, ça ne suffit pas pour faire le spectacle !

En revanche, Denis Baupin entend parler librement. Il demande un droit de réponse. Dans le procès qui l’avait opposé à Sandrine Rousseau et d’autres membres d’EELV, il avait été sauvé par la prescription et avait bruyamment accusé ses victimes d’être des menteuses. Un grand classique d’intimidation. Dans les procès pour agression sexuelle, c’est parole contre parole. Et ceux qui culpabilisent la victime et l’intimident parlent très fort. Et on s’étonne que seulement 10 % des victimes portent plainte !

La direction de France 2 a fini par faire savoir qu’elle désapprouvait la séquence et que la chaîne se rangeait derrière la position de Sandrine Rousseau : « donner la parole aux victimes ». Encore faut-il savoir comment : voyeurisme ou combat politique contre un fléau ?

La prochaine fois qu’on parlera d’agressions sexuelles sur un plateau, posera-t-on des questions comme : pourquoi les auteurs d’agressions sexuelles ne sont que très peu sanctionnés ? Pourquoi met-on en doute la parole des femmes ? Comment faire évoluer notre environnement culturel pour que ce soit l’agresseur, et pas l’agressée, qui soit perçu comme coupable ? Et sur les violences faites aux femmes en général, les médias en finiront-ils un jour avec l’immunité amoureuse ?

 

Tous les articles de la rubrique Point de vue

2 réflexions au sujet de « Concours de victimes… et à la fin c’est l’omerta qui gagne »

  1. Complément au dernier paragraphe : posera-ton des questions comme :

    – pourquoi les hommes victimes de violences sexuelles sont-ils privés des services d’aide, et aussi peu évoqués par les médias ?

    – pourquoi, y compris dans ce genre de débat, y a-t-il si peu de mobilisation contre les fausses accusations ?

    – pourquoi, y compris dans ce genre de débat, se préoccupe-t-on si peu du sort des victimes de fausses accusations ?

  2. J’ai observé la difficulté de Laurent Ruquier et de Yann Moix pour se mettre à la place de Sandrine Rousseau et sa difficulté à elle à revenir sur la situation. Elle avait décidé de parler non du traumatisme initial, mais de celui de constater que personne ne voulait l’entendre. La scène illustrait bien la difficulté à parler et la difficulté à entendre. C’était un dialogue de sourds à plusieurs niveaux. Les commentaires tentent d’analyser ce qui s’est passé, mais il n’y avait personne sur le plateau pour le faire. Normal, ce n’est pas leur métier!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

css.php