Courage en silence pour elles

Le courage politique des femmes ne fait pas vraiment partie du paysage médiatique.


 

L’écrivaine et journaliste turque Asli Erdogan, militante des droits humains, est la lauréate du Prix Simone de Beauvoir 2018. Elle risque la prison à vie pour avoir défendu les droits des Kurdes. Son tort ? Une qualité, pour le jury du prix : Asli Erdogan est « une femme qui a choisi l’écriture, construit une œuvre magnifique, source d’inspiration pour la résistance de la population turque, traduite dans le monde entier, [et qui] montre un courage politique inouï ».

Cette information ne fait pas la une dans les « grands médias », quelques entrefilets à peine dans un petit nombre de titres. Et voilà comment les femmes manquent toujours cruellement d’héroïnes auxquelles s’identifier. Les journaux ne saisissent toujours pas les bonnes occasions pour les mettre en valeur.

En revanche pour les hommes tout va bien, les héros et les anti-héros occupent le haut du pavé médiatique. Dans la revue de presse de ce jeudi matin sur France Inter, par exemple, une longue ouverture a été consacrée à un cycliste soupçonné de dopage, l’occasion de reparler longuement d’autres héros, jamais d’héroïnes, de « la petite reine » dans tous les journaux.

Le courage est plus souvent associé aux hommes par ceux qui font l’information. Les femmes, certes, peuvent y avoir droit, mais dans certaines limites. « Mère courage », « Femme courage » … C’est ainsi qu’était présentée Anne Sinclair, alors épouse de DSK, au plus haut de la tourmente que l’on connait. La femme courage, c’est celle qui soutient son mari quoi qu’il arrive. Toujours définie relativement à un homme, donc.

Autre occasion manquée de mettre en valeur des femmes courageuses : fin 2014, quand est venu le temps de parler des personnalités qui ont marqué l’année, les journaux avaient retenu… Nabilla et Valérie Trierweiler. Pourtant cette année-là, il y en avait eu, des courageuses : Malala Yousafzai, qui avait reçu le prix Nobel de la Paix, pour ne citer qu’elle… Mais elles sont zappées.

À croire que quand un homme touche un sujet, c’est digne d’intérêt, mais pas quand c’est une femme. Les rares à être mises en valeur par les médias le sont plus pour leurs vertus esthétiques que pour leur courage politique. Rendre invisibles les modèles de femmes courageuses rétrécit l’horizon de toutes les femmes.

 

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