Accueil Economie Délit de non-partage des tâches domestiques, l’idée qui turlupine

Délit de non-partage des tâches domestiques, l’idée qui turlupine

par La rédaction

Sandrine Rousseau a proposé l’idée. Elle a reçu des tombereaux d’insultes. Mais un sondage montre que près d’un.e Français.e sur deux est favorable au délit de non-partage des tâches domestiques.

 « Je crois n’avoir jamais autant reçu de messages d’insultes de la part d’hommes (90% des messages reçus) que depuis mes déclarations sur l’inégale répartition des tâches domestiques. Aurais-je touché un point sensible du patriarcat ? » Ce sont les mots de Sandrine Rousseau sur Twitter quelques jours après la diffusion d’un entretien avec Madmoizelle sur Twitch le 21 mars. Et pourtant, elle en a vu bien d’autres !

La candidate malheureuse à la primaire écologiste avait déclaré « Je voudrais qu’il y ait même une possibilité de délit de non-partage des tâches domestiques, parce que je pense que le privé est politique et que tant qu’on ne donne pas les moyens aux femmes de véritablement obtenir l’égalité sur le partage, on n’y arrivera pas ». Elle avait même précisé que c’était une idée personnelle et non d’une proposition figurant dans le programme du candidat à la présidentielle de son parti, Yannick Jadot… Pour ne pas affoler.

De quoi parlait-elle ? De mettre au grand jour une injustice ancestrale : les femmes étant assignées au travail domestique et au port de la charge mentale que représente la gestion d’un foyer, elles travaillent gratuitement beaucoup plus que les hommes. Et elles sont pénalisées dans leur vie professionnelle précisément parce qu’on leur assigne ces tâches. C’est la double peine. Les chiffres de répartition du travail domestique entre femmes et hommes n’évoluent que dans des proportions infimes. Certains pays commencent d’ailleurs à compter et à prévoir des compensations en cas de divorce pour le « travail invisible » des femmes.

Lire : COMPTER LE TRAVAIL INVISIBLE : DES VOIX S’ÉLÈVENT DANS LE MONDE

Sur twitter, Sandrine Rousseau reçoit des tombereaux d’insultes, des affirmations révélant une ignorance crasse des chiffres des inégalités, des procès en détestation des hommes, des comparaisons absurdes sur l’air de « c’est qui qui meurt à la guerre » invectivées au chaud derrière un clavier…

Et les médias, ravis d’avoir un os à ronger contre le féminisme, se précipitent. Des journalistes affirment que les hommes participent de plus en plus aux tâches ménagères alors que les faits et les chiffres sont têtus. L’inénarrable Pascal Praud sur RTL, reproche à Sandrine Rousseau de vouloir « gouverner la vie privée ». L’idée selon laquelle « le privé est politique » ne fait pas lever un sourcil à ce journaliste politique, il parle de « gouverner les âmes » et bien sûr d’idée « totalitaire. »

Pas vraiment de nuances, pas de contre-proposition d’éduquer les enfants aux tâches ménagères, garçons autant que filles, comme en Finlande. Et, quoi qu’il en soit, les réactions rappellent aussi celles que l’on avait connu lorsque Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre en charge des Droits des femmes avait voulu installer les ABCD de l’égalité. Les chroniqueurs radio les plus écoutés avaient évoqué Polpot…

Lire : ZEMMOUR = POLONY + 24 HEURES

Les anti-féministes sont toujours très tatillons sur ce qu’ils perçoivent comme de l’endoctrinement et sur la vie privée. Sandrine Rousseau défend son idée face aux critiques en rappelant que le même argument d’atteinte à la vie privée était utilisé avec la même énergie pour refuser de reconnaître le « viol conjugal ». (Et c’est un argument souvent invoqué pour fermer les yeux sur des agressions sexuelles commises par des hommes publics).

Pour aller plus loin, un sondage de l’Ifop pour Consolab, réalisé fin mars auprès de 1992 personnes, montre que « les Français et surtout les Françaises sont loin de juger idiote cette proposition ». 50 % des femmes et 44 % des hommes disent y adhérer. 10% des personnes interrogées se déclarent même très favorables à l’idée. Et 14 % des personnes interrogées disent qu’elles pourraient porter plainte.

Lire aussi dans Les Nouvelles News

CHARGE MENTALE : EN PARLER C’EST BIEN, SANS EN RAJOUTER, C’EST MIEUX

LES INÉGALITÉS FEMMES / HOMMES COÛTENT 118 MILLIARDS D’EUROS CHAQUE ANNÉE À LA FRANCE

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

1 commenter

Spire 8 avril 2022 - 09:47

Le travail domestique des femmes n’est pas reconnu: c’est effectivement le diktat du patriarcat.
Dans les générations antérieures, les pères étaient même déshonorés de tenir leurs enfants -bébés dans les brasC’est dire l’estime accordée à ces charges

Répondre

Laisser un commentaire