Et si demain elles arrêtaient de travailler ?

Comment bâtir l’égalité salariale ? En travaillant 15 % de jours en moins que les hommes ? En démontrant que l’économie se porterait mieux avec l’égalité ? En revoyant la politique de parentalité ? Sans oublier de compter ses forces.


 

Vendredi 3 novembre, les femmes en France auront assez travaillé pour l’année 2017. Gagnant 15,8 % de moins que les hommes, elles devraient rendre leur tablier à 84,2 % des jours de l’année. C’est ce que préconise un mouvement pour l’égalité salariale. L’idée fait sourire, personne ne l’a appliquée, mais elle permet de faire passer un message.

Tout comme les multiples études sur les bienfaits de l’égalité sur l’économie. Un nouveau calcul, réalisé par la Fondation Concorde, assure que l’égalité salariale ferait gagner 62 milliards d’euros à la France. Un PIB tout frétillant, des comptes sociaux tout revigorés, une dette rabaissée, des impôts qui permettraient de mieux financer l’enseignement par exemple… c’est ce que pourrait laisser entrevoir l’alignement des salaires des femmes sur celui des hommes. Là encore, l’idée donne le sourire, mais elle n’est pas nouvelle et les décideurs de l’économie ne sont pas empressés de la mettre en œuvre.

Et si on faisait changer les hommes ? Octroyer un congé paternité plus long et bien rémunéré inciterait les hommes à se sentir davantage investis dans la vie familiale voire domestique et montrerait aux employeurs que le « risque » d’absence est aussi élevé avec les jeunes hommes qu’avec les jeunes femmes. C’est le sens d’une nouvelle pétition. Là encore, très bonne idée, pas nouvelle mais jamais vraiment mise à exécution.

En instaurant ce congé, en incitant même les pères à prendre un congé parental, la politique permettrait de changer les représentations des femmes et des hommes. Chacun·e finirait par trouver « normal » que les hommes et les femmes partagent la charge physique et mentale que représente le travail domestique et familial.

Pour mettre en place ces politiques incitatives, encore faudrait-il une forte mobilisation de la société et le soutien des médias. On n’en prend pas le chemin en dépit des apparences. Quand ils parlent de harcèlement sexuel, c’est pour faire de l’information spectacle avec des témoignages glauques. Très peu de témoignages et de récits d’expert·e·s expliquant les solutions pour en sortir. Quand des féministes protestent contre l’honneur fait à Polanski, ils relaient les amis du réalisateur, lesquels présentent son œuvre comme excuse.

Et pourtant, il existe un potentiel insoupçonné de mobilisation des femmes (et peut-être aussi des hommes) pour faire évoluer la société dans le sens de l’égalité. Quand on demande aux femmes qui sont leurs modèles, elles répondent en premier : celles qui ont mené des combats féministes. Reste à se mettre en ordre de bataille.

 

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Une réflexion au sujet de « Et si demain elles arrêtaient de travailler ? »

  1. L’allongement du congé paternité est à prendre avec précaution. Cette fausse bonne idée ne tient pas compte du fait que la domination masculine détourne systématiquement les revendications des femmes à son profit. Attention aux masculinistes qui risquent de prétexter de ces congés pour réclamer des gardes alternées imposées à tour de bras.
    Actuellement 11 jours+ un week end est raisonnable. Et beaucoup d’hommes ne les prennent pas, pour des raisons différentes. Culturelles, parfois.Ou professionnelles: agriculteurs, artisans, il en faut bien un pour faire tourner l’exploitation.

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