Et si on en finissait avec “la maman ou la putain” ?

Rubens, Judith avec la tête d’Holopherne, vers 1616, Musée Herzog Ulrich Anton, Braunschweig (Domaine public – via Wikimedia Commons)

Les attentes et fantasmes projetés sur les femmes ne coïncident pas avec l’exercice du pouvoir.


 

Quand le député Robin Reda se fait recadrer par la présidente de la commission des Lois, Yaël Braun-Pivet, son premier réflexe est de remettre en question son autorité en la qualifiant de « quasi-maternelle ». Message subliminal : une forme d’autorité qui n’a rien à faire à la présidence de la commission des Lois. Une maman nourrit, soigne, écoute, console, encourage… et les psy, ou ceux qui croient l’être, répètent à l’envi que l’autorité, la vraie, c’est le père.

Dans l’entreprise aussi, les femmes doivent faire face à ce diktat. Lors de nos formations pour booster leurs carrières, beaucoup racontent que lorsqu’elles dirigent leurs équipes conformément aux règles du management, il leur est reproché de ne pas être assez à l’écoute de leurs collaborateurs ou trop dures. Ce reproche n’est pas adressé à des hommes manageant de la même façon. Parce qu’on attend des femmes qu’elles jouent la maman prête à soigner les bobos des collaborateurs. Mais si elles le font, on leur reprochera leur laxisme et de ne pas incarner la posture de chef. Et si elles sont trop autoritaires, elles seront traitées de bossy. Pile je perds, face je ne gagne pas.

Après le registre mère, registre « putain ». Pourquoi dans un gala de charité en Angleterre n’y a-t-il que des hommes de pouvoir et des hôtesses d’accueil ? Pourquoi certains de ces hommes se croient-ils autorisés à disposer du corps de ces femmes ? On trouve le même schéma dans les salons de l’automobile par exemple. Pourquoi, lorsqu’un journal fait le portrait d’une femme, se croit-il toujours obligé de parler de son physique ? Comme s’il fallait marteler aux femmes que leur premier devoir est de plaire aux hommes. Et cette posture « être désirable », comme celle de « maman », est incompatible avec l’exercice du pouvoir.

Heureusement, la révolte gronde. Les femmes journalistes continuent de se rebeller contre la confiscation du pouvoir par les hommes. Des femmes ministres semblent décidées à s’attaquer aux inégalités salariales qui trouvent leur origine dans ces mythes sur la féminité. Elles s’attaquent aussi au chantier du congé de paternité. Des hommes tentent de dire, suite à l’affaire Weinstein et à la tribune de 100 femmes, comment il faut en finir avec la domination masculine. Le combat est culturel autant que politique.

Tout ce qui ira contre le mythe de « la maman ou la putain » est bon à prendre.

 

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