Accueil CultureCinéma « Revoir Paris » : Etre vivante et le savoir

« Revoir Paris » : Etre vivante et le savoir

par Valérie Ganne

Dans « Revoir Paris », la réalisatrice Alice Winocour dresse le portrait d’une victime d’attentat avec empathie, douceur et émotion. Une réussite bouleversante.

Virginie Efira dans un film sombre, certes, mais totalement émouvant (© Stéphane Branchu)

Rescapée d’une fusillade dans une brasserie parisienne, Mia sait qu’elle est vivante mais sa vie n’est plus la même. Elle est incarnée par Virginie Efira, comédienne déjà iconique, qui réussit à faire oublier qu’elle joue quasiment dans un film français sur deux en ce moment. La comédienne apporte corps et émotions à cette jeune traductrice victime d’amnésie partielle.

Traité comme une enquête intime, « Revoir Paris » nous emmène à la redécouverte d’une capitale familière et désormais transformée : au cours de ses déambulations pour retrouver ses souvenirs, Mia ressemble à une Cléo moderne, la « Cléo de 5 à 7 » d’Agnès Varda.  Sur sa moto, elle parcourt le Paris des brasseries illuminées et riches, la ville des Nymphéas de Monet mais aussi de la place Stalingrad et de la porte de la chapelle, des cuisiniers et serveurs invisibles et clandestins. Car si le film se concentre sur Mia au départ, cette héroïne s’ouvre en rencontrant d’autres victimes : Thomas qui a gardé son humour malgré ses blessures et ses souvenirs (Benoît Magimel), la timide Félicia qui cherche la moindre trace de ses parents assassinés (Nastya Golubeva), mais aussi l’inconnu qui a sauvé Mia en lui tenant la main (Amadou Mbow). Ce récit est bouleversant aussi parce qu’il est collectif.

« Etre vivant et le savoir », titre emprunté au dernier film d’Alain Cavalier (2019), résume parfaitement le parcours de cette héroïne dont le seul but est de se réjouir d’être vivante chaque matin. Comme tous les survivants de ces attentats.

« Revoir Paris » d’Alice Winocour (France, 1h43) Avec Virginie Efira, Grégoire Colin, Benoît Magimel, Amadou Mbow, Nastya Golubeva. Musique de Anna Von Hässwolff, scénario Alice Winocour et Jean-Stéphane Bron. Produit par Dharamsala et Darius Films, distribué par Pathé.

Alice Winocour aux César en 2016 ( © WikiCommons Georges Biard)

Qui est Alice Winocour ?

Elle a déboulé dans le cinéma français il y a plus de dix ans et s’est fait depuis une place que l’on espère grandissante. Elle a traité l’hystérie avec « Augustine », le stress post traumatique d’un soldat dans « Maryland », la ténacité d’une femme astronaute dans « Proxima ». Elle aime nous confronter aux batailles entre le corps et l’esprit. Comme beaucoup de parisien.nes elle a été touchée de près par les attentats de 2015, plus particulièrement parce que son frère a été coincé au Bataclan la nuit du 13 novembre. Elle correspondait avec lui par textos alors qu’il était caché. Et il a survécu. « Mon film s’est construit à partir des souvenirs de cet événement traumatique, puis à partir du récit de mon frère dans les jours suivant l’attaque. J’ai expérimenté sur moi-même comment la mémoire déconstruisait, et bien souvent reconstruisait les évènements ». Cette réalisatrice est aussi scénariste : elle a coécrit le génial premier film « Mustang » de la franco-turque  Deniz Gamze Ergüven, César du meilleur scénario en 2016 (photo). Elle est aussi co-scénariste de « Mignonnes » de Maïmouna Doucouré, dont le scénario a également été primé, aux Etats-Unis cette fois, au festival de Sundance. « Revoir Paris » est son meilleur film… à ce jour !

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