Guerre de la parole publique

« Ho, gardez vos nerfs »… Il faudra d’autres prises de parole publiques fortes comme celle-ci pour abattre tous les stéréotypes qui éloignent les femmes du pouvoir


 

La vie en parité est pleine de rebondissements. « Oh, gardez vos nerfs », lance la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre femmes et hommes, Marlène Schiappa, dans une Assemblée nationale plutôt habituée à entendre ce genre de réflexion fuser dans le sens hommes/femmes.

Juste quatre mots, « Oh, gardez vos nerfs ». Quatre petits mots savoureux lancés avec assurance pour montrer qu’il suffit d’avoir un micro et du pouvoir pour retourner les stéréotypes et les normes. Jusqu’ici, « gardez vos nerfs » était réservé aux femmes, histoire de laisser croire qu’elles étaient incapables de se contrôler et qu’il ne fallait en aucun cas leur confier du pouvoir ou des responsabilités. L’exercice est aussi pitoyable que facile. Il suffit de provoquer un peu et au moindre petit signe d’agacement – ou même sans signe d’agacement – asséner le stéréotype. Femme, donc incapable de rester calme. Nicolas Sarkozy avait par exemple usé de cette méthode lors du débat de la présidentielle de 2007, alors que Ségolène Royal argumentait sur le fond.  Redoutable pour celle qui est visée, mais aussi pour toutes les autres qui, voyant la scène, se disent qu’il n’y a que des coups à prendre à aller se frotter au pouvoir.

Et c’est la même chose pour bien des stéréotypes qui annihilent les ambitions des femmes. Selon que vous soyez homme ou femme, un même comportement n’est pas interprété de la même façon. La colère, par exemple. Si un homme se met en colère, on dit qu’il a du caractère. Si c’est une femme, elle passe pour hystérique. Redoutable car le plus souvent, anticipant la critique, les femmes renoncent à se mettre en colère. Du coup, elles n’expriment pas leur force de caractère, composante essentielle de l’empowerment. C’est à petits coups de stéréotypes répétés que les femmes renoncent d’elles-mêmes à empoigner le pouvoir.

Il y a quelques années, la campagne “ban bossy”  aux États Unis expliquait qu’il fallait arrêter de dire des horreurs sur les femmes de pouvoir systématiquement accusées d’être dures, masculines, mauvaises mères, pas « vraies » femmes… Car ces critiques entretiennent le complexe d’imposture qui gagne les femmes candidates aux responsabilités.

Pour retourner ces stéréotypes qui éteignent les ambitions des femmes, il faut prendre le micro, donc le pouvoir, ou le pouvoir, donc le micro : cela marche dans les deux sens. Et ne plus laisser dire aux machos comment les femmes doivent se penser. Si guerre des sexe il y a, c’est sur la parole publique qu’elle se joue.

 

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