Accueil Politique & SociétéSanté Le label « bientraitance » pour les maternités officiellement créé

Le label « bientraitance » pour les maternités officiellement créé

par Hortense Lasbleis

Deux ans après la médiatisation des dénonciations des violences obstétricales, le CNGOF lance son label pour les maternités “bienveillantes”. Un progrès en demi-teinte.

C’est l’aboutissement d’une annonce faite fin 2017. Désormais, les maternités « qui s’engagent à mettre la bienveillance au centre » de leurs pratiques et qui « acceptent la transparence » sur celles-ci ont leur label officiel, a annoncé le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) le 17 octobre.

12 orientations

Concrètement, les établissements s’engagent à respecter 12 critères, censés permettre une meilleure information des patientes, un suivi respectueux et une évaluation des pratiques. 

La première « orientation » du label est ainsi la transparence sur le « taux d’épisiotomie, de césarienne, d’extraction instrumentale, de déclenchement ». Ces chiffres seront donc connus et mis en rapport avec le taux national de chaque acte.

Le label s’appuie sur un site, Maternys, qui « propose des vidéos explicatives sur les étapes de la grossesse et guide la patiente dans son dialogue avec le professionnel de santé ». Le but est « d’améliorer l’information » des femmes enceintes. C’est également l’objectif de l’engagement n° 3, qui promet que « toute intervention en urgence donnera lieu à une explication avant la sortie de la maternité ».

Enfin, un formulaire de satisfaction sera soumis aux femmes immédiatement après l’accouchement. Trois mois après, elles pourront également donner leur avis sur la plateforme Maternys. 

 

Une prise en compte tardive

La création de ce label est à saluer dans la mesure où elle témoigne d’une reconnaissance par la profession des violences obstétricales. Et ce n’était pas gagné. En effet, la question a émergé il y a deux ans. Les témoignages se sont multipliés sur des actes non expliqués, pratiqués sans consentement, parfois sans raisons, sur des remarques ou des gestes déplacés… Lorsque la secrétaire d’Etat chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes avait commandé un rapport sur ces violences, le CNGOF était aussitôt monté au créneau. Dans une lettre ouverte, le Collège avait accusé Marlène Schiappa « d’attaquer l’ensemble d’une profession dont la bientraitance envers les femmes est la tâche quotidienne ». Des militantes avaient ensuite donné de la voix  pour dénoncer l’attitude des professionnels : « Le CNGOF n’a toujours pas pris la mesure de ce qu’éprouvent tant de femmes au cours de leur vie gynécologique : infantilisation, mépris de leur droit à savoir et à décider, jugements de valeur, effets iatrogènes d’actes médicaux aux fondements scientifiques douteux, culpabilisation des victimes, menaces pour imposer des actes, non respect de la loi sur le consentement libre et éclairé pour chaque acte médical, non respect des recommandations scientifiques et médicales, etc. »

Quant au Haut Conseil à l’égalité, son rapport, commandé par la secrétaire d’Etat donc, témoignait de la réalité de ces violences, et préconisait une vraie politique de lutte.

 

Un label peu convaincant ?

Mais ce label ne semble pas être suffisant. La militante Marie-Hélène Lahaye, autrice du livre Accouchement, les femmes méritent mieux, il s’agit même « de poudre aux yeux pour ne pas changer les pratiques ». Sur son blog  elle démonte un à un les critères du label. Concernant les vidéos de Maternys, elle dénonce même un non respect du droit : « La loi dit que pour chaque acte médical, le soignant doit : expliquer la pathologie, dire ce qu’il attend comme effet de l’acte ou du traitement, en donner les avantages et les inconvénients, en donner les bénéfices attendus et les effets secondaires possibles, proposer les alternatives possibles. » Or, souligne-t-elle, ce n’est pas ce que propose la plateforme, puisqu’il s’agit de clips explicatifs. De la même façon, elle estime que certaines orientations montrent que l’information sera donnée trop tard. C’est le cas des explications après un acte, alors qu’elles doivent se faire avant, sauf si la femme est en urgence vitale et dans l’incapacité de donner son consentement. Enfin, sur plusieurs des « orientations », Marie-Hélène Lahaye dénonce un grand flou. « Qu’est-ce qu’un accouchement démédicalisé ? », demande-t-elle, l’un des point étant d’offrir cette possibilité là aux femmes « en l’absence de risques ». Là encore, ces « risques » ne sont pas définis.

Peut-être qu’un label venant des femmes ayant accouché, sur le modèle de la plateforme Gyn&co qui liste les soignant.e.s bientraitant.e.s, serait davantage convaincant.

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Léa 22 octobre 2019 - 17:09

Les labels, c’est dire aux patients / clients / consommateurs / bénéficiaires : tu es informé, maintenant c’est TON problème, débrouille-toi !! C’est ouvrir un parapluie pour protéger le système. Pas les patientes. Et celles qui ne sont pas à l’aise avec l’information? la lecture? le français? les papiers? Celles dont la maternité de « proximité » (i.e à 50 km) n’est pas labellisée, elles vont accoucher à cent bornes? comme ça on pourra fermer les petites maternités qui ont moins d’activité parce qu’elles ne sont pas labellisées? On va créer le Yuka de la maternité?
On veut des pouvoirs publics qui fassent vraiment le boulot : qui fixent des règles, donnent les moyens et sanctionnent ceux qui ne les respectent pas. On veut aller accoucher sans avoir à faire nous-mêmes le boulot, parce que les règles sont partout les mêmes et qu’elles sont appliquées. Ca s’appelle le droit à la santé.
C’est même pas de la poudre aux yeux, c’est du fouage de gueule en règle.

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