L’exception qui ne veut plus confirmer la règle

Les femmes dirigeantes restent des exceptions qui confirment la règle non écrite de masculinité du pouvoir. Une règle à changer.


Le livre-enquête Les jeunes gens sur la promotion Senghor de l’ENA est l’occasion de renforcer la lumière sur ceux qui exercent le pouvoir dans les institutions de l’État. Ceux et non pas celles. Pire : le peu de femmes citées sont présentées avant tout comme « femme de » ou, plus rarement, « fille de ».

Nous sommes en 2018 et la visibilité des femmes dans la sphère publique et à la table du pouvoir ne s’arrange pas vraiment. Ils dirigent, elles sont définies relativement à eux. Les rares dirigeantes qui apparaissent sont des exceptions qui confirment la règle de masculinité du pouvoir.

C’est cette règle non écrite qu’il faut changer. Et ça ne se fait pas tout seul. Les règles non écrites se combattent par des règles écrites comme les lois sur la parité en politique et dans la vie économique. Encore faut-il qu’elles soient bien rédigées, incontournables, assorties de sanctions lourdes et que quelqu’un·e bataille pour faire appliquer ces sanctions.

Or, l’écriture de ces lois a été laborieuse et beaucoup ne sont pas appliquées. Six lois sur l’égalité professionnelle depuis 1972, et pourtant… La loi Génisson de 2001 imposait aux entreprises de réaliser un rapport de situation comparée entre femmes et hommes pour ensuite mettre en place des mesures correctrices. Dix ans après, 75 % des entreprises ne produisaient pas ce rapport, sans que les syndicats ne s’en émeuvent. Sur la parité en politique les partis ont préféré et préfèrent toujours, pour beaucoup d’entre eux, s’acquitter de pénalités plutôt que de présenter autant de candidates que de candidats.

Malgré cela, bon an mal an, l’idée de parité a fini par avancer et, depuis 2012, il est inconcevable qu’un gouvernement ne soit pas paritaire. Mais ça ne suffit pas à banaliser la place des femmes à la table du pouvoir. Il faut continuer de changer les règles écrites et non écrites de répartition du pouvoir entre les sexes. On n’en prend pas le chemin. Bien que l’égalité femmes hommes soit la grande cause du quinquennat, le Premier ministre vient de rater une occasion de faire passer le message à l’occasion de la réforme des institutions. Les occasions manquées de faire avancer la parité ne sont pas une exception mais la règle.

(Lire aussi : Sur l’égalité femmes/hommes, Édouard Philippe a tout à prouver)

 

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