Accueil Culture L’histoire de la culture ne sera plus écrite à moitié

L’histoire de la culture ne sera plus écrite à moitié

par Hortense Lasbleis

Après le Matrimoine, voici les Aliennes ou « Vénus s’épilait-elle la chatte »… Scènes ouvertes, podcast, journées spéciales, BD veulent donner plus de visibilité aux femmes dans la culture.  

Citez cinq noms d’artistes que vous admirez. Vous les avez ? Combien sont des femmes ? Il n’y en a peut-être aucune, et ce n’est pas vraiment de votre faute. Non seulement, il a été difficile pour les femmes de s’imposer comme créatrices dans un milieu auquel elles n’avaient que peu accès, mais lorsqu’elles y sont parvenues, elles ont été invisibilisées.

Et c’est encore le cas aujourd’hui. « Il n’y a pas assez de femmes. Et quand elles sont là, il faut se demander de quelle façon », explique Tatyana Razafindrakoto. Cette comédienne, autrice et metteuse en scène est une cofondatrice du festival Les Aliennes, devenu association. « Nous interrogeons la place des femmes dans la société, les relations de genre, les stéréotypes dans les productions culturelles. Mais aussi les conséquences que tout cela a sur nous, sur la place des femmes, sur leur construction », développe-t-elle. Il y a donc un double mouvement : visibiliser les femmes dans la culture et utiliser la culture pour questionner leur place et leur représentation dans toute la société. Et ainsi faire passer un message d’égalité d’une autre façon, explique Tatyana Razafindrakoto

Entre 2016 et 2018, le festival Les Aliennes a mis en avant des créatrices. Comme une « preuve par la pratique », explique la cofondatrice : « Si nous arrivons à ne programmer que des femmes, avec une vraie diversité, en payant nos artistes et en faisant plaisir au public, c’est que c’est possible ! »

En 2020, l’association teste un nouveau format. Mardi avait lieu leur première scène ouverte, sur une péniche parisienne. Chaque inscrit.e. avait 10 minutes pour proposer une performance, qu’il s’agisse d’un texte, d’une impro, d’une chorégraphie… La seule contrainte était le respect de l’esprit de l’association. Une scène ouverte féministe, donc, pour “propulser les femmes sur le devant de la scène”, comme le stipule la charte de l’association.

C’est aussi le parti pris de Julie Beauzac, avec son podcast Vénus s’épilait-elle la chatte ? Un titre choc, un programme très sérieux : « déconstruire l’histoire de l’art occidental en proposant un point de vue féministe et inclusif ». « Largement basé sur le patriarcat et la colonisation, l’art a contribué à normaliser la domination masculine et la blanchité comme la référence unique et neutre. C’est important d’en parler, pour mieux comprendre ce qu’on regarde, et se réapproprier tout ce patrimoine commun », lit-on dans la description du podcast.

Ces initiatives s’inscrivent dans la droite ligne de HF Égalité, qui organise les journées du Matrimoine, aux mêmes dates que celles du Patrimoine. « Avec les années, on s’aperçoit qu’il y a un engouement autour [de cette question] », nous expliquait la coordinatrice des journées, Marie Guérini, en septembre dernier. Récemment, une scène ouverte consacrée au matrimoine littéraire a eu lieu dans la librairie parisienne Le monte-en-l’air.

Le mouvement initié il y a plusieurs années semble donc se renforcer, et les initiatives se multiplier. Pour Tatyana Razafindrakoto, il y a une vraie demande. D’ailleurs, la scène ouverte affichait complet. « L’espace féministe a beaucoup d’espace de réflexion, mais assez peu d’espace d’expression, estime la cofondatrice des Aliennes. C’est important aussi de partager sur ce qui nous réunit au-delà de l’analyse et de ce qui est douloureux. » Une façon d’apporter un peu de réconfort à des militantes parfois proches du burn out ?

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