Limites et intimidations

D’un côté un grand pas en avant avec la lutte contre l’outrage sexiste, de l’autre des féministes intimidées.


« Définir un interdit pour modifier les attitudes », c’est la philosophie préconisée par  le député Erwan Balanant, membre du groupe de travail qui propose de créer une infraction d’outrage sexiste et sexuel.

Le principe est posé : plus question de parler de drague ou de plaisanterie quand il s’agit d’« intimidations » ou « atteintes à la dignité des personnes ». La frontière n’est pas aussi floue qu’on veut bien le dire entre les comportements qui relèvent de la drague sympathique et ceux qui imposent, contraignent, intimident, instaurent une domination.

Reste à voter la nouvelle loi et surtout à appliquer les sanctions pour que les victimes ne soient plus doublement victimes. Victimes d’agression une première fois, victimes d’ostracisme, d’insultes et de menaces si elles parlent.

Et il reste beaucoup à faire pour modifier les attitudes. À chaque fois que la militante féministe Caroline de Haas a dénoncé une forme de sexisme, ses propos ont souvent été déformés et elle a reçu une déferlante d’insultes et de menaces via les réseaux sociaux. Au point qu’elle vient de décider de se retirer de la Toile pour une durée indéterminée.

Récemment, c’est la victime d’une agression sexuelle au travail qui a préféré quitter son entreprise. Que s’est-il passé à LCP alors que l’agresseur avait été sanctionné ? Difficile de le savoir mais le fait est que c’est la victime qui part…

La France n’est pas un pays exemplaire pour la protection des victimes d’agression sexuelle. Elle a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme en 2011. Son forfait : lorsque des victimes d’agression sexuelle étaient déboutées de leurs demandes faute de preuve, elles étaient automatiquement condamnées à verser des dommages et intérêts pour dénonciation calomnieuse à leurs agresseurs. De quoi refroidir les ardeurs des victimes à dénoncer !

La mission parlementaire sur la verbalisation du harcèlement de rue préconise aussi de créer une attestation scolaire obligatoire “de prévention des violences et de l’égalité filles-garçons”. Un gros travail d’éducation serait en effet prudent pour bien appliquer la loi et ne pas risquer de la voir contournée au bénéfice des agresseurs.

 

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