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Marjane Satrapi et Marie Curie

par Valérie Ganne

Un biopic en anglais de Marie Curie, chimiste unique dont la découverte du radium et du plutonium a engendré le meilleur et le pire… 

Marie Curie (née Maria Sklodowska) a longtemps été la seule femme au Panthéon où elle est « entrée » en 1995. Ainsi que la seule scientifique française reconnue dans le monde entier pour la découverte du radium et du polonium avec son mari Pierre Curie. Elle a également été la première femme à obtenir le prix Nobel, d’abord avec son mari puis une seconde fois seule. Bref une montagne qui méritait un portrait au cinéma : c’est une réalisatrice, Marjane Strapi, qui offre à ce personnage historique un grand film, en anglais,  à vocation internationale.

Une fois qu’on a accepté l’idée qu’à Paris au début du 20ème siècle tout le monde parlait couramment anglais, on peut se laisser porter par les deux combats de cette femme : pour continuer son travail de chercheuse à côté de ses rôles de mère et d’épouse, et pour s’imposer dans une communauté scientifique composée surtout d’hommes. Ce qui en fait une héroïne originale, pas toujours sympathique, parfois sèche, agressive, en tous cas une fonceuse et un rôle en or pour la britannique Rosamund Pike. Beaucoup de thèmes du siècle dernier abordés ici ont des résonances aujourd’hui : la place des femmes dans les sciences, le revers de la médaille de découvertes scientifiques mal utilisées, la montée des extrémismes… S’y ajoute un choix de réalisation que certains apprécieront, avec des incursions dans le fantastique autour de la radioactivité et des sauts dans le futur de ses usages (la bombe H pour le pire, la radiographie pour le meilleur). On peut reprocher à ce film son manque d’émotion, malgré l’application des comédiens, peut-être un peu trop de didactisme ? Il n’est jamais facile de gravir la montagne du biopic…

C’est l’occasion en tous cas de vous recommander la lecture des « Sœurs savantes » de Natacha Henry, qui offre un autre regard sur Marie Curie et sa sœur Bronia.

« Radioactive » de Marjane Strapi, (France-Angleterre 1h43), produit par Shoebox et Working Title, distribué par Studio Canal, en salle le 11 mars. Tiré du roman graphique de Lauren Redniss « Radioactive : A Tale of Love and Fallout »

Bande annonce :

Marjane Satrapi

Autrice de bande dessinée venue d’iran en France, Marjane Satrapi est connue par le succès de « Persépolis », devenu aussi un film d’animation magnifique et multiprimé. Depuis, elle a quitté la BDpour la réalisation, avec plus ou moins de succès. Pour « Radioactive » elle a été contactée par le producteur britannique Paul Webster.

Ce qu’elle dit de Marie Curie :

 « Je ne pense pas que Marie ait jamais eu le moindre complexe vis-à-vis des hommes. Je pense qu’elle savait qu’elle était leur égale, qu’elle leur était même supérieure bien souvent. Mais elle ne revendiquait pas le fait qu’elle était une femme. Dans une de ses lettres, elle écrit qu’elle a toujours davantage souffert d’un manque de financement pour ses travaux que de sa condition de femme. Les années 1900 étaient d’ailleurs plutôt un moment d’émancipation pour les femmes. »

« D’après ce que j’ai pu lire sur Marie Curie, elle n’était pas la muse de Pierre Curie. Ils étaient plutôt deux esprits brillants. Ils formaient un couple très moderne, pour l’époque. Pierre Curie venait d’un milieu extrêmement ouvert, pas la famille catholique française moyenne, et il voulait une femme avec qui il puisse travailler et qui le pousserait à se remettre en question. 1886 était une époque de grandes découvertes, tandis qu’aujourd’hui on vit dans un monde d’innovations basées sur des découvertes préexistantes. C’était une époque très excitante, et on peut le voir à la façon dont les femmes étaient perçues. Il était plus facile pour Marie Curie de travailler à l’époque où elle l’a fait que pour sa fille de travailler dans les années 40 et 50. C’était une époque de grande modernité, et les Curie reflètent cette modernité. »

 

 

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1 commenter

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Sand 17 mars 2020 - 13:21

Dernier film vu avant fermeture des cinés… je me suis vraiment beaucoup ennuyée, quel dommage ! Je vais donc me retourner vers la lecture du livre de Natacha Henry !

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