Ne plus écrire l’Histoire à moitié

Statue d'Emmeline Pankhurst, Victoria Tower Gardens. Fin Fahey.Les héros de l’Histoire ne sont toujours pas des héroïnes. Si elles n’ont pas de passé, les femmes ont un avenir étriqué. Des œillères pleines de préjugés aveuglent ceux qui font les récits.


Lorsqu’ils racontent les événements et les personnages qui jalonnent notre passé, les historiens ne voient quasiment que des hommes. Voici qu’ils peuvent aussi voir un homme quand il y a une femme ! Il a fallu attendre 2017 pour apprendre qu’un grand guerrier Viking était en fait une grande guerrière. Les chercheurs qui l’ont révélé en ont profité pour critiquer les biais sexistes de la recherche en général.

Des biais qui commencent enfin à être corrigés. Les autorités britanniques ont dit oui : la statue de Millicent Fawcett sera érigée sur Parliament Square à Londres en 2018, année du centenaire du droit de vote pour les femmes britanniques. La militante suffragiste rejoindra les onze figures historiques masculines de la place londonienne. C’est l’aboutissement d’un long combat, tout comme le fut en France l’entrée de femmes au Panthéon ou celle du buste d’Olympe de Gouges à l’Assemblée Nationale. Il a fallu que des militant.e.s montent au front.

Cette statue dit que les femmes combattantes et actives dans la sphère publique existent et encourage chacune à leur emboîter le pas. Elle dit aussi que la conquête des droits des femmes n’a pas été une aimable causerie mais une rude bataille et qu’elle n’est pas terminée. Ce symbole ressuscite le passé pour donner des modèles aux femmes et ne pas les endormir. 

En privant les femmes de modèles variés et héroïques, les historiens limitent leurs ambitions. Un peuple qui n’a pas de passé, n’a pas d’avenir. L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs.

L’histoire contemporaine qui s’écrit sur nos murs et dans nos journaux n’est pas forcément meilleure. Elle ravive en permanence les stéréotypes. À Béziers, le maire banalise les violences faites aux femmes sur des affiches.

Ce jeudi soir, France 2 consacre un numéro de Complément d’enquête aux « femmes du président ». « Femme de »… Groupies ? Exécutantes ? Muses ? Le sujet met dans un même sac son épouse, ses ministres et collaboratrices, comme avec les prédécesseurs d’Emmanuel Macron (Voir : Ces unes qui détestent les femmes). Certes, il y a souvent eu des sujets consacrés aux « hommes du président », c’est d’ailleurs aussi le titre d’un film. Mais il est question alors d’un clan soudé autour de lui, tandis que « femme de » laisse attendre qu’il s’agit de faire-valoir.

Et il y a encore plus sournois dans la presse : la culpabilisation des femmes sous couvert de conseils pratiques. C’est une dessinatrice qui le dénonce. Elle explique brillamment, en quelques planches, ce qu’est la « charge mentale », un sujet qui concerne grandement les hommes invités à en prendre leur part… Et voici que les journaux en font un sujet, non pas politique, mais féminin, avec force injonctions disant entre les lignes aux femmes que tout ça, c’est de leur faute. L’info considérée comme destinée aux femmes est ghettoisée dans les pages pratico-pratiques de journaux ou dans la presse féminine. L’information générale, celle qui écrit l’Histoire contemporaine, parle de sujets qui mettent en scène des hommes, hommes de pouvoir, experts ou héros sportifs. L’Histoire reste écrite à moitié.

 

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4 réflexions au sujet de « Ne plus écrire l’Histoire à moitié »

  1. Sur grand écran, j’aimerais s’il vous plait, un film sur notre chère Olympe de Gouges, apparemment nombres de personnes ne connait pas ses luttes…

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