Accueil Politique & Société #NousToutes veut faire du consentement un sujet politique

#NousToutes veut faire du consentement un sujet politique

par Hortense Lasbleis

Neuf femmes sur dix déclarent avoir ressenti une pression pour avoir un rapport sexuel… Les résultats de plus de 100.000 témoignages recueillis par #NousToutes appellent à une politique de prévention des violences sexuelles.

#NousToutes a lancé, le 7 février, une enquête en ligne sur le consentement. En 10 jours, 108 000 personnes  y ont répondu, dont 96000 femmes. Preuve de l’intérêt pour cette question. Et les résultats* publiés aujourd’hui montrent que le chantier est énorme.

 

Absence flagrante de consentement

Neuf femmes sur 10 ont déjà ressenti une pression pour avoir un rapport sexuel avec un partenaire. Deux sur trois ont déjà eu au moins un rapport non consenti avec un partenaire, avec ou sans pénétration – 50% avec pénétration. Pour 65% d’entre elles, c’est arrivé plusieurs fois. Autre chiffre effrayant : 81% des répondantes ont déjà vécu des violences psychologiques, physiques ou sexuelles lors de rapports avec leur partenaire. Un tiers des femmes interrogées ont subi un rapport qu’elles avaient demandé à arrêter. 62% ont déjà eu envie d’arrêter, mais ne se sont pas autorisées à le dire.

Elles sont près de 70% à répondre « oui » à la question : « Avez-vous déjà eu l’impression d’avoir des rapports sexuels, sans pression de votre partenaire, alors que vous n’aviez pas envie ? » Les principales raisons : « parce que je pensais que le problème venait de moi » (25% des explications), « pour lui faire plaisir », « pour ne pas avoir à me justifier sur pourquoi je n’ai pas envie », « parce que ça faisait longtemps ». 23% des femmes interrogées disent avoir déjà été menacées, même sur le ton de l’humour, d’être trompées ou quittées si elles n’acceptaient pas une relation sexuelle. Presque la moitié ont déjà subi des remarques dévalorisantes lorsqu’elles n’avaient pas envie. « Coincée », « frigide », « moche », « laide », « pas normale » sont les occurrences les plus fréquentes, rapporte #NousToutes. Certaines remarques du sondage illustrent la violence de ces commentaires : « De toute façon, à part moi, qui voudrait d’une baleine comme toi ? », « Je pense que tu devrais consulter, c’est pas normal d’avoir aussi peu de désir ».

L’enquête révèle également que 17% des répondantes disent que leur premier rapport n’était pas désiré et consenti. 7% répondent « je ne sais pas ». Ces femmes ont davantage répondu « oui » aux questions portant sur la violence que la moyenne des répondantes.

Silence assourdissant

La question du consentement n’est que peu abordée entre partenaires. Mais le nombre de réponses tend à montrer qu’il y a au moins un intérêt pour cette question.

Les militantes soulignent la différence générationnelle. Ainsi, « 25% des 15-17 ans déclarent avoir abordé la question avec tous leurs partenaires. C’est le cas de 16% des 18-24 ans. Et de seulement 6 à 8% des plus de 25 ans ». Ces différences peuvent être liées au nombre de partenaires : on peut supposer que plus l’on vieillit, plus l’on a de partenaires, et donc qu’il y a moins de chances pour que l’on ait parlé consentement avec tous. Il semble tout de même que les jeunes générations soient plus sensibles au sujet. Sans doute parce qu’il commence à émerger dans l’espace public. « En répondant ‘oui’ à certaines questions, j’ai pris conscience qu’elles ne m’avaient jamais été posées… que j’ai vécu pendant les 50 premières années de ma vie (!!!) des faits sans avoir dit ‘oui’, en totale inconscience que j’étais en situation d’avoir un avis », a ainsi commenté l’une des participantes.

Or, tous les chiffres cités précédemment montrent à quel point il est nécessaire de parler du sujet et d’informer sur la question du consentement. Peut-être d’abord en rappelant ce dont il s’agit. #NousToutes cite la définition de la chercheuse à l’Inserm Nathalie Bajos : « Consentir, c’est s’engager dans une relation ou des pratiques sexuelles lorsqu’on en a vraiment envie soi-même. » Dans un live Instagram, Caroline de Haas souligne que le consentement n’est ni définitif (« parfois on a envie d’arrêter au milieu ») ni extensif (« ce n’est pas parce qu’on est d’accord pour quelque chose que l’on est d’accord pour autre chose »). Et de rappeler : « On a le droit d’être frustré, de ne pas comprendre, d’être triste… On n’a pas le droit de violenter l’autre, jamais. Si vous avez le moindre doute sur le fait que l’autre est d’accord, posez la question. »

Sujet politique

Evidemment, l’échantillon n’est pas représentatif. 75% des répondantes avaient moins de 35 ans. Les 18 – 24 ans ont le plus répondu (35%), suivi des 25 – 34 ans (32%). A peine 4% des répondantes ont plus de 55 ans. Mais l’échantillon est conséquent, et les chiffres qui en ressortent ne peuvent être ignorés. Pour les confirmer, « #NousToutes demande au gouvernement de lancer une enquête représentative et massive sur cette thématique afin de vérifier la façon dont le consentement est aujourd’hui une question dans les relations intimes ».

Le collectif féministe demande à ce que le sujet soit abordé à l’école, afin de prévenir les violences sexistes et sexuelles. Il souhaite également la création d’un seuil d’âge de non-consentement. Le sujet avait été abordé lors des débats sur la loi Schiappa, mais la mesure n’avait pas été votée.

Pour les militantes de #NousToutes, il faut que « la question du consentement devienne un sujet politique ». « Il est à la fois un enjeu d’égalité, de santé publique et une condition nécessaire pour en finir avec la culture du viol comme avec les violences sexistes et sexuelles ».

Car, rappellent les militantes : « Nos corps sont politiques. Nos désirs sont politiques. Nos sexualités sont politiques. »

* « Les réponses des hommes et des personnes non-binaires n’étaient pas assez nombreuses pour être utilisées dans l’analyse ou comparée avec celles des femmes », précise #NousToutes

 

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1011 Art 4 mars 2020 - 16:52

En lien avec votre article sur le consentement et en écho avec « un fait divers » irlandais de 2018 (#thisisnotconsent). Plasticienne, des femmes indignées par l’acquittement d’un violeur, ont accepté de prêter un string, ce petit bout de tissu, symbole de culpabilité supposé, que je dessine épinglé ?

A découvrir la série en cours de réalisation : https://1011-art.blogspot.com/p/thisisnotconsent.html
Cette série a été présentée à des lycéens, quand l’art contemporain ouvre le débat…

La série continue ! je fais un appel aux femmes qui souhaiterais me prêter un string pour participer au projet.

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