Accueil MédiasBruits et chuchotements Qui fait l’info ? Bras de fer et voile pudique

Qui fait l’info ? Bras de fer et voile pudique

par Isabelle Germain

Lundi 25 février. Le César de la meilleure actrice remis à Lea Drucker pour son rôle dans le film «Jusqu’à la garde », fait encore parler de lui. Un césar qu’elle a dédié à « celles qui sont dans cette tragique réalité », celle des violences conjugales. // Les journaux commencent à faire de gros titres sur les élections européennes. Le Figaro voit Emmanuel Macron en première ligne. Les Echos estiment que les gilets jaunes ont anéanti la visibilité des petites formations, ce qui laisse le champ libre à la majorité. // Les manifestations des  Algériens font aussi la Une de beaucoup de journaux avec beaucoup d’hommes parmi les impétrants. // Très visible aussi Laurent Wauquiez, le président de Les Républicains qui veut instaurer des contreparties au RSA, occasion au passage de parler « assistanat » au lieu de « solidarité ». // Et dans les pages sport, gloire aux rugbymen qui se sont ressaisis, aux footballeurs qui n’ont pas démérité…// Bref, un lundi ordinaire : beaucoup d’hommes en posture de héros et des femmes peu visibles ou en posture de victimes.

Mardi 26 février. Il y avait longtemps… Voile islamique : nouvelle polémique au service de ceux qui instrumentalisent le féminisme sur un sujet divisant les féministes.  Le distributeur Décathlon met sur le marché un « hijab de running », la porte-parole Les Républicains, Lydia Guirous, accuse l’enseigne de se «soumettre à l’islamisme qui ne tolère les femmes que la tête couverte d’un hijab » Et les journalistes de se précipiter sur tous les responsables politiques qui passent par-là :  Dupont-Aignan aux 4 vérités sur France2, Gérard Larché, le président du Sénat visitant le salon de l’agriculture attrapé par BFM TV, tout comme François Bayrou. Gérald Darmanin, ministre du budget sur Europe1 s’est senti obligé de dire qu’il était choqué « qu’on fasse de l’argent sur tout » et qu’il préférait « la liberté des femmes à la liberté de commerce »… autant d’hommes qui ne s’affichent féministes qu’à l’occasion de polémiques sur le voile, estimant probablement que tout va bien côté égalité femmes/hommes par ailleurs. Décathlon a finalement décidé de ne pas commercialiser ce produit sans vraiment expliquer pourquoi.
L’enseigne de sport sort gagnante de cette affaire. Son nom est cité partout. Victime de messages agressifs voire d’agression de son personnel, elle se défend en un premier temps en disant qu’elle veut « rendre le sport accessible pour toutes les femmes dans le monde.» Elle s’attire ainsi le soutien de certaines féministes qui ne veulent voir dans le voile qu’un symbole religieux que les musulmanes seraient libres de le porter. Les féministes qui y voient au contraire un symbole d’oppression des femmes ont été éclipsées. Elles peinent sur les réseaux sociaux à faire comprendre que lutter contre le voile n’est pas une marque d’hostilité à l’endroit de celles qui le portent mais une lutte contre un symbole de soumission des femmes. Pendant ce temps, en Algérie des femmes luttent. Reprenons ici  un message posté sur twitter par la journaliste engagée Djemila Benhabib qui soutient une campagne des femmes algériennes : « Fière de soutenir cette campagne (contre le voile en Algérie, ndlr) depuis le début. Je suis contre le voile islamique, objet d’asservissement et d’oppression des femmes, de déshumanisation des sociétés. Une femme n’est pas une proie. Un homme n’est pas un prédateur. »

Mercredi 27 février. On découvre que l’Etat néerlandais monte au capital d’Air France KLM, en douce. Raid, coup de force… Le bras de fer s’engage. Benjamin Griveaux porte-parole du gouvernement annonce que  « Le ministre des Finances français Bruno Le Maire recevra son homologue néerlandais Wopke Hoekstra en fin de semaine, pour avoir une discussion franche ». Dans les journaux télé, défilé d’hommes, tant côté français que Néerlandais pour parler de ce bras de fer. // Seule France TV parle de la grève des ouvrières textile au Bengladesch qui ont bloqué la capitale Dacca pendant deux semaines. Beaucoup ont été licenciées. // C’est un homme qui présidera le jury du festival de Cannes, le cinéaste aux cinq oscars, qui a réalisé Birdman ou The Revenant…

Jeudi 28 février. Le Figaro fait toujours de la résistance à la féminisation des noms de fonction. A la veille de l’annonce par l’Académie française de sa reddition à la cause, le quotidien se fend d’un article intitulé « Féminisation des noms de métiers: ce qu’en pensent les femmes »… Ha oui tiens, et si on leur posait la question. Hé bien le Figaro a trouvé pas mal de femmes pour répondre que c’est un combat « d’arrière-garde » ou que « le combat est ailleurs ». Dans une enquête journalistique, parfois, on trouve seulement ce que l’on veut bien chercher…

Vendredi 1er mars. La veille, Marlène Schiappa organisait à Pessac, près de Bordeaux, une rencontre avec des femmes exclusivement, dans le cadre du « grand débat ». Les titres des journaux se concentrent sur Emmanuel Macron qui s’y est invité. D’ailleurs BFMTV qui suivait le débat en direct, titre : « Débat, Macron sur les terres de Juppé ». Et les femmes ? Le lendemain, on parle surtout du président de la République prenant son petit déjeuner avec Alain Juppé. Et les gazettes de disserter sur les parcours respectifs des deux hommes, ce qui les rapproche ce qui les oppose…// Ce 1er mars, les entreprises de plus de 1000 salarié.e.s ont l’obligation de publier leur score en matière d’égalité hommes-femmes sur leur site internet et tous les journaux en parlent. //Autre sujet fort du jour : l’Académie française dit oui à la féminisation des noms de métiers et la presse qui y a si longtemps résisté semble s’en réjouir (à l’exception du Figaro, voir plus haut). Ne jamais désespérer donc !

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Ramage Anne 4 mars 2019 - 17:30

Ou la la c’est beaucoup moins bien écrit que sur le site précédent, je n’ai rien compris à cet article ! Les nouvelles news, revenez nous avec la qualité ! Je suis prête à payer pour cela !

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