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Le viol ? Toujours pas compris

par Lucie Rondou
Le viol de Proserpine, Gian Lorenzo Bernini, 1622. Par Nick Kenrick sur Flickr (CC BY 2.0)

Le viol de Proserpine, Gian Lorenzo Bernini, 1622. Par Nick Kenrick sur Flickr (CC BY 2.0)

Un sondage réalisé par IPSOS et l’association Mémoire Traumatique et Victimologie auprès de 1 000 Français.e.s met en lumière la persistance des représentations clichées du viol.

Une ruelle sombre la nuit, un inconnu saute sauvagement sur une femme qui se débat dans les larmes et les cris. Voilà le cliché du viol le plus répandu. Et le moins représentatif de la réalité. Tandis que des efforts sont fournis par les institutions gouvernementales et les associations, sur le terrain, c’est toujours la loi du silence pour les victimes et l’impunité pour les agresseurs. Conséquence de cette vision erronée et fantasmagorique du viol : les dispositifs de lutte contre les violence sexuelles sont très insuffisants, alertent les auteurs de l’enquête « Les Français et les représentations sur le viol et les violences sexuelles ».

Culpabiliser les victimes, dédouaner les agresseurs

« Les personnes ayant subi un viol sont doublement victimes : par leur agression et par la culpabilisation dont elles font l’objet en raison des mythes sur le viol », se désole Muriel Salmona présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie. Le sondage révèle par exemple que 40% des sondé.e.s pensent qu’une « attitude provocante » peut rendre la victime dans un viol responsable de ce qui lui arrive ou atténuer la responsabilité du violeur. « Tout se passe comme si, on ne devait pas apprendre aux hommes à ne pas violer, mais bien aux femmes à ne pas être violées », alerte Laure Salmona, chargée de mission pour l’association Mémoire Traumatique et Victimologie.

L’étude montre également que de nombreux stéréotypes sur une sexualité « féminine » et une sexualité « masculine » perdurent et desservent les luttes contre les violences sexuelles. Ainsi les Français.e.s sont 63% à penser qu’il est plus difficile pour un homme de maîtriser son désir sexuel ; et 25% à penser qu’en matière sexuelle les femmes « ne sauraient pas vraiment ce qu’elles veulent par rapport aux hommes ». La première croyance d’une vision différenciée de la sexualité permet de déresponsabiliser l’auteur de l’agression en naturalisant une « pulsion sexuelle ». La seconde croyance diminue la force du consentement sexuel des femmes. « On dénie aux femmes leur capacité à consentir de manière éclairée », traduit Laure Salmona.

90% des violeurs sont des proches

Autres tabous : la moitié des viols sont commis au sein du couple, 90% des agresseurs sont des proches des victimes et les enfants dans le cadre familial sont les premiers touchés. Pourtant le viol continue d’être perçu par les Français.e.s comme un acte violent, sur des adultes, dans l’espace public.

Mêmes erreurs pour la prévalence des viols et leurs déclarations. Les sondé.e.s pensent que 25% des viols sont rapportés à la police tandis que l’estimation officielle est de 10%. Les viols sont par ailleurs sous-estimés par les Français.e.s qui avancent en moyenne le chiffre de 10 000 viols ou tentatives de viol par an tandis que les estimations indiquent 200 000 viols ou tentatives de viol chaque année.

Céder n’est pas consentir

La question de la résistance est également au cœur de la représentation du viol. Si une immense majorité de Français.e.s (96%) qualifient légitimement de viol le fait de forcer une personne qui le refuse à avoir un rapport sexuel, le stade à partir duquel ils définissent une agression comme viol est mouvant. Par exemple, puisqu’une fellation sous la contrainte serait une manière de « céder » à son agresseur, cet acte est qualifié d’agression sexuelle et non de viol par 24% des Français.e.s. Ou encore 27% estiment que lorsqu’une femme ne réagit pas et ne s’oppose pas, on ne peut en aucun cas parler de violences sexuelles. Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association rappelle que le viol n’est pas seulement défini par la violence mais aussi par la menace, la contrainte et la surprise.

En finir avec la « culture du viol »

Un tiers des 18-24 ans interrogés pensent que parfois lorsque la personne agressée dit non, en réalité elle pense oui. « Non les victimes de viol ne prennent pas de plaisir », rappelle la psychiatre qui entend en finir avec ce qu’on appelle la « culture du viol ». Cet ensemble de mythe est défini dans l’étude comme étant des « attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes, permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes ». Dans un système « colonisé » par la culture du viol, Muriel Salmona insiste sur la nécessité de former, d’« outiller » les professionnels de la santé et de l’éducation afin qu’ils ne soient plus démunis devant les victimes et que nous soyons tous solidaires des violences sexuelles.

Présente lors de la présentation de cette étude, Ernestine Ronai, coordinatrice nationale de la Mission interministérielle pour la protection des femmes victimes de violence (MIPROF), choisit devant un constat aussi lourd de voir le verre à moitié plein et de conclure sur une phrase de Simone de Beauvoir : « La fatalité ne triomphe que si l’on y croit. Nous ne laisserons plus penser que le viol est une fatalité et nous continuerons de nous battre pour l’éradiquer. »

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2 commentaires

2 commentaires

Jedesan 3 mars 2016 - 13:25

« Un tiers des 18-24 ans interrogés pensent que parfois lorsque la personne agressée dit oui, en réalité elle pense non. »
Vous avez voulu dire le contraire, non ?!

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Lucie Rondou 3 mars 2016 - 14:23

Bonjour Jedesan,

Merci pour cette remarque, nous corrigeons !

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