Accueil Eco & Social Violences sexistes et sexuelles au travail : de nouveaux chiffres alarmants

Violences sexistes et sexuelles au travail : de nouveaux chiffres alarmants

par Hortense Lasbleis

Une étude vient de révéler que 60% des Européennes ont déjà été victimes d’atteintes sexistes et/ou de violences sexuelles dans le cadre de leur travail. Parmi elles, 21% ont vécu cette situation au cours de l’année passée.

La dernière étude européenne datait de 2012. Deux ans après #MeToo, la fondation Jean-Jaurès et la Fondation européenne d’études progressistes ont commandé à l’Ifop une enquête sur les violences sexistes et sexuelles dans cinq pays de l’UE. Un peu plus de 5000 femmes, issues d’un échantillon représentatif, vivant en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne, en France et en Espagne, ont répondu à un questionnaire, en avril.

Des violences généralisées

Principal résultat : 60% des répondantes ont déjà été victimes de violences sexistes et/ou sexuelles au cours de leur vie professionnelle, dont 21% au cours des 12 derniers mois. Neuf comportements étaient exposés dans le questionnaire, des gestes et commentaires grossiers à l’envoi de contenu pornographique, en passant par les contacts sur les seins, les fesses…, les cadeaux gênants, jusqu’aux relations sexuelles forcées. Dans l’enquête de 2012 de l’Agence européenne des droits fondamentaux, près de 75% des femmes (issues des 28 pays de l’UE) se disaient victimes de harcèlement sexuel au travail.

Selon l’étude de l’Ifop, les types de harcèlements les plus répandus sont les sifflements, les gestes ou commentaires grossiers, les regards concupiscents. 46% des femmes en ont déjà été victimes. Viennent ensuite les remarques gênantes sur la tenue ou le physique, entendues par 37% des Européennes. Puis, le fait de se voir imposer des « contacts physiques légers, comme l’effleurement des mains, des cheveux, du visage ou des jambes » (33%). Les contacts plus poussés ont été subis par 18% des Européennes interrogées. Les actes sexuels forcés, eux, concernent 9% des répondantes.

Les pays où les femmes déclarent le plus d’atteintes sexistes ou sexuelles sont l’Allemagne (68%) et l’Espagne (66%). François Kraus, directeur du pôle Genre, sexualité et santé sexuelle à l’Ifop, donne une piste d’explication : « Ces deux pays ont connu à la fois des politiques volontaristes (par exemple un plan d’un milliard d’euros pour le pacte d’Etat contre la violence sexiste en Espagne, plan d’action fédéral de 130 mesures en Allemagne en 2013) et des polémiques d’envergure nationale ayant sans doute accru la prise de conscience de l’opinion sur ces enjeux. » En effet, des chiffres élevés tels que ceux observés ici sont révélateurs d’une situation, mais aussi de la conscience des victimes du caractère problématique de certains comportements, et de leur capacité à en parler.

En France, 55% des femmes ont subi au moins une fois des violences sexuelles ou sexistes. 30% peuvent être considérées comme victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle au sens juridique.

Des victimes souvent jeunes et minorisées

L’enquête de l’Ifop montre que les moins de 30 ans sont davantage victimes : 66% (contre 56%  pour les femmes entre 50 et 59 ans). Sont également plus concernées celles qui ont un entourage professionnel essentiellement masculin (71%, contre 55% pour celles travaillant avec un entourage surtout féminin). Le fait de devoir porter une tenue montrant ses formes (ex. : serveuses, hôtesses d’accueil) aggrave également le risque de subir des comportements inappropriés (73% contre 59% pour les femmes n’ayant pas de tenue imposée). L’étude témoigne d’une « surexposition » des femmes de la même famille qu’un membre de l’entreprise, travaillant avec cette personne mais sans être salariée. 71% ont vécu au moins une violence sexiste ou sexuelle dans leur vie professionnelle, contre 59% pour les femmes ayant le statut de salariée. Pour François Kraus, cela « induit une plus grande imbrication avec la problématique des violences conjugales ou intrafamiliales ».

Il semble que les auteurs de harcèlement s’attaquent particulièrement aux femmes déjà victimes de discrimination en raison de leur orientation sexuelle ou de leur religion. Ainsi, 36% des homosexuelles et bisexuelles ont subi des comportements déplacés et/ou violents, au cours des 12 derniers mois, contre 21% des hétérosexuelles. En moyenne, 21% des Européennes ont été victimes dans l’année qui vient de s’écouler, mais c’est le cas de 40% des musulmanes (26% des protestantes et 20% des catholiques).

Des harceleurs pas forcément chefs

Les principaux auteurs de harcèlement sont des collègues de la victime, ayant à peu près le même niveau hiérarchique. C’est surtout le cas pour les remarques gênantes sur le physique ou la tenue, et pour les contacts inappropriés mais légers. Le harcèlement dans le cadre du travail vient aussi beaucoup de personnes extérieures à l’entreprise, comme un client, un fournisseur… Notamment lorsqu’il s’agit de personne montrant ou envoyant des contenus à caractère sexuel sans consentement de la part de la destinataire.

Le seul cas où une forte proportion de femmes a déclaré un supérieur hiérarchique comme auteur de harcèlement, c’est quand il y a pressions pour obtenir un rapport sexuel. La moyenne européenne s’élève à 34% et à 51% en France. Ce qui fait dire à Juliette Clavière, directrice de l’observatoire égalité femmes-hommes à la fondation Jean-Jaurès : « On peut s’interroger sur une sorte de ‘culture française’ du phénomène de chantage sexuel à l’emploi ou à la promotion, ce qui constitue, selon le Code pénal, une circonstance aggravante pour les personnes qui abusent de l’autorité que leur confèrent leurs fonctions. »

D’où l’importance, affirme-t-elle, de former les entreprises et leurs salariés à ces questions, et d’améliorer les dispositifs d’accueil et d’écoute des victimes.

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