Accueil CultureCinéma  « Les hirondelles de Kaboul » et « Le mariage de Verida »

 « Les hirondelles de Kaboul » et « Le mariage de Verida »

par Valérie Ganne


Cinéma : Afghanistan, Mauritanie : cette semaine deux films nous emmènent en voyage à travers la difficile condition des femmes dans ces pays.

Le règne de la burqa

Adaptation du célèbre roman de Yasmina Khadra, « Les Hirondelles de Kaboul » nous plongent dans l’Afghanistan des années 90, sous le régime des talibans, une dictature tout particulièrement terrible pour les femmes. C’est un film d’animation, le dessin permettant le petit pas de côté nécessaire au spectateur face à certaines situations violentes. L’aquarelle, aux traits doux et stylisés, rend hommage à la beauté partout où elle surgit, dans Kaboul écrasée sous la chaleur et à moitié détruite par des années de guerre, ou dans le visage des femmes caché par leur burqa. Cette grande qualité esthétique vient de la direction artistique d’Eléa Gobbé-Mévellec (dessinatrice sur « Ernest et Célestine ») dont c’est le premier long métrage d’animation, un projet qu’elle a porté pendant plusieurs années. La réalisation en a été confiée à Zabou Breitman et les comédiens ont prêté leurs traits aux personnages dessinés. Le tout au service d’un récit puissant et sobre.

« Les hirondelles de Kaboul » de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec(France, 1h 21min) avec Simon Abkarian, Zita Hanrot, Swann Arlaud. En salles le 4 septembre 2019.

Une jeune mariée gavée

La jeune Verida Beitta

Terrible, mais par rapport à l’héroïne des Hirondelles, le sort de Verida, jeune mauritanienne qui s’apprête à se marier, est presqu’enviable. Il lui suffit d’accepter la tradition du gavage, c’est à dire prendre un maximum de kilos en trois mois à base de dix repas quotidiens. Elle sera ainsi telle que la veut son futur mari qu’elle n’a pas choisi. C’est fou l’imagination que déploient les êtres humains pour l’oppression du corps des femmes. Oppression masculine exécutée par les femmes, puisqu’ici c’est la propre mère de la jeune fille qui perpétue la tradition, à laquelle 40% des jeunes mauritaniennes se plient encore aujourd’hui. Notre jeune Verida fait partie de la bourgeoisie, feuillette Elle ou lit Bonjour tristesse de Sagan, fait des selfies avec ses amies, certaines non voilées. Qui, quant à elles, cherchent à se faire enlever de la graisse ou à se blanchir la peau…  La réalisatrice est italienne, elle vient du documentaire. Son film est très esthétique, coloré comme les voiles de Verida, indolent comme la jeune fille qui se plie à cette coutume… mais elle saura se rebeller.

« Le mariage de Verida » de Michela Occhipinti, (Italie 1h 34min) avec Verida Beitta, Ahmed Deiche, Amal Saad Bouh Oumar. En salles le 4 septembre 2019

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2 commentaires

2 commentaires

Raisonnier 13 septembre 2019 - 09:11

La rébellion de Verida reste bien timide et les conséquences en retombent surtout sur elle-même… Il faut les récits de la grand-mère pour comprendre qu’il y a eu un progrès vers un peu plus d’humanité dans le traitement réservé aux fiancées.

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Valérie Ganne 30 septembre 2019 - 15:36

Tout à fait… en même temps dix repas par jour pendant trois mois (pour la petite fille) reste un traitement bien cruel, même s’il l’est moins que celui réservé à la grand-mère : un agneau entier et 16 litres de lait en une nuit ! c’est le principe de la femme chosifiée, du corps à disposition des autres qui est inhumain.

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