Accueil Eco & SocialEnvironnement A deux mois de Copenhague, les pays riches en accusation

A deux mois de Copenhague, les pays riches en accusation

par Arnaud Bihel

Et si le sommet de Copenhague, censé fixer en décembre les engagements des gouvernements mondiaux pour réduire le réchauffement climatique, se soldait par un échec ? Ces derniers jours, le pessimisme est de mise. Et pour les observateurs unanimes, les responsables sont les pays développés – Europe et Etats-Unis.


 

« Il est devenu évident et manifeste que l’intention des pays développés est de tuer l’accord de Kyoto (1) » : l’accusation a été portée lundi 5 octobre par Lumumba d’Aping, président du groupe de négociateurs du G77 (regroupant 130 pays en voie de développement). Les représentants de 180 Etats sont réunis cette semaine à Bangkok pour ce qui doit être un avant-dernier round de négociations avant le sommet de Copenhague. Les esprits s’échauffent, et la crise couve.

Ce que les pays pauvres reprochent aux riches, c’est de chercher à occulter leur « dette écologique », leur responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Et de tenter de revoir à leur profit la répartition des efforts entre Nord et Sud pour parvenir à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Au vu des propositions actuelles, « on serait à 20% de réduction d’ici 2020, au lieu des 40% préconisés par le GIEC (2) », déplore Maxime Combes, du collectif Urgence Climatique Justice Sociale. Le collectif, regroupant syndicats, associations environnementales et de solidarité, a tenu à dénoncer lui aussi, ce mardi, le manque d’engagement des pays développés.

D’une part, les Etats-Unis attendent un vote du congrès pour s’engager sur des objectifs chiffrés – un vote bloqué pour le moment par les débats sur la réforme du système de santé. De l’autre, l’Union Européenne s’en tient à « une posture usurpée de locomotive des négociations », puisque ses engagements sont très loin de répondre aux attentes, estime Urgence Climatique.

Même position d’un autre collectif, le Réseau Action Climat : « Il faut d’urgence mettre en place un véritable plan Marshall, doté d’au moins 110 milliards d’euros par an à la fois pour la réduction des émissions et l’adaptation dans les pays du Sud » estime Elise Buckle du WWF France. Or l’Europe ne propose de débourser, au mieux, que 15 milliards.

Financements et mécanismes

Le collectif Urgence Climatique, pour lequel les enjeux écologiques mondiaux s’articulent avec les questions de justice sociale, entend également mettre en avant la question des mécanismes financiers. « Il ne faudrait pas que la crise écologique devienne une nouvelle opportunité pour la finance de se développer. »

Car au-delà de la question des aides Nord-Sud, les négociations achoppent sur le mécanisme des financements pour aider les pays du Sud à réduire leurs GES. Pour les pays riches, les seules instances à pouvoir prendre en charge les sommes versées sont le FMI et la Banque Mondiale, dont ils ont le contrôle. Les pays en voie de développement réclament, eux, une instance sous l’égide de l’ONU.

Les discussions de Bangkok se terminent vendredi. La dernière rencontre pour préparer Copenhague est prévue du 2 au 6 novembre à Barcelone. Mais à l’heure actuelle, Urgence Climatique ne cache pas son pessimisme. Et pointe l’hypocrisie des « pays du Nord, comme la France, qui n ‘hésitent pas à insister sur les enjeux historiques de Copenhague », tout en cherchant à se défausser de leurs responsabilités.

Alors, « contre toute attente », s’étonne le député européen Yannick Jadot, ce sont les pays en voie de développement, dont la Chine et l’Inde, qui apparaissent comme les bons élèves des négociations climatiques. Et l’élu d’Europe Ecologie enchaîne : « A croire que l’Union européenne nous prépare en fait à son propre échec, à son incapacité à prendre les engagements, que ce soit de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre ou de soutien aux pays en développement, nécessaires au succès des négociations. Alors que le monde bouge l’Europe piétine. »

 


(1) Pour donner une suite à ce protocole de Kyoto, entré en vigueur en 2005, la Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique (COP 15) se tiendra à Copenhague du 7 au 18 décembre. Le secrétaire général de l’ONU attend que tous les pays, « sans exception », y signent un accord de réduction des gaz à effet de serre.

(2) Le GIEC, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, a obtenu le prix Nobel de la paix en 2007. Sous l’égide de l’ONU, il a fixé dans son rapport 2007 les critères pour atténuer le réchauffement climatique.

 

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