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Afrique : égalité dans la tête, discrimination dans les faits

par Arnaud Bihel

Les Africains soutiennent l’égalité hommes-femmes, mais la discrimination reste omniprésente sur le continent. L’organisme de recherche africain Afrobaromètre souligne les différences entre théorie et réalité.


 

« Le Soutien pour l’égalité des femmes africaines prend de l’ampleur ». C’est le motif de satisfaction mis en avant par Afrobaromètre, qui a publié le 27 mars les résultats d’une vaste enquête, menée par l’organisme de recherche auprès de 50 000 personnes dans 34 pays africains (A télécharger ici).

L’étude montre que les Africains des deux sexes sont de plus en plus favorables à l’e?galite? femmes/hommes. Globalement, pre?s des trois quarts (72 %) des personnes interroge?es affirment que les femmes devraient jouir des me?mes droits que les hommes. Un chiffre en augmentation depuis la première enquête sur l’égalité menée par l’organisation en 2002 (68%).

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Cela semble donc indiquer qu’une majorite? des Africains ont adopte? la notion d’e?galite? des sexes et qu’ils rejettent « les normes traditionnelles allant a? l’encontre de l’avancement des femmes », note Afrobaromètre. La plupart des tentatives de promotion de l’autonomisation des femmes impulse?es par les gouvernements sont par ailleurs accueillies favorablement, avec 59 % des personnes interrogées qui saluent l’action de leurs responsables politiques dans ce sens.

Dans certains pays toutefois, le soutien aux « normes traditionnelles » reste majoritaire. C’est le cas en particulier au Mali et au Niger. Et si elles reculent dans les esprits, les inégalités restent bien ancrées dans les faits. Les femmes continuent malgre? tout d’e?tre de?savantage?es dans de nombreux domaines, aussi bien sur le plan social que dans leurs vie quotidienne. Quatre africains sur dix (40%) pensent que les femmes sont « souvent » ou « toujours » traite?es de façon inéquitable par les employeurs. Quatre sur 10 (41 %) estiment que les « chefs traditionnels les traitent injustement » et un sur trois (33%) affirme que la police et les tribunaux « ne traitent pas les femmes sur une base égalitaire ».

Une situation qui entretient un « sentiment de vulnérabilité » dénoncent les enquêteurs, et qui intimide les femmes au moment de s’engager dans la vie politique. En Afrique, elles « communiquent peu avec les dirigeants et sont moins enclines a? s’engager dans d’autres formes de participation politique ».

Éducation: le chantier de l’avenir

Mais c’est dans le domaine de l’éducation que les écarts entre hommes et femmes se font le plus sentir. A? travers les 34 pays étudiés, 26 % des femmes ont rapporte? n’avoir jamais rec?u d’e?ducation formelle, contre 19 % des hommes. Au Bénin, ce sont même 56 % des femmes qui n’ont pas reçu d’éducation, contre 34 % des hommes. Un écart à combler urgemment, pour ne pas mettre en place une « hérédité de l’inégalité », souligne Afrobaromètre.

L’organisation insiste : les femmes doivent be?ne?ficier d’efforts constants et e?largis de la part des gouvernements afin de combler ces fosse?s, plus particulie?rement par voie de promotion de l’e?galite? d’acce?s a? l’e?ducation pour les filles et de la garantie de protection des droits des femmes sur leurs lieux de travail et dans les autres lieux publics.

C’est en Afrique du Nord que le chantier s’annonce le plus compliqué, juge Afrobaromètre. Les résultats de l’enquête indiquent que « le fossé entre les hommes et les femmes devant de nombreuses questions demeure bien plus profond dans le Nord qu’en Afrique subsaharienne ». L’Alge?rie, l’E?gypte, le Maroc, le Soudan, et la Tunisie, les cinq pays nord-africains aupre?s desquels Afrobarome?tre a enque?te?, rapportent (la Tunisie dans une moindre mesure) les niveaux de soutien envers l’e?galite? les plus bas, et les taux de fre?quence de discrimination les plus e?leve?s.

Même si sur la question la plus fondamentale, a? savoir si les femmes devraient jouir des me?mes droits que les hommes, les Nord-Africains s’associent aux répondants du reste du continent pour exprimer leur tre?s large soutien.

 

 

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