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Les agrocarburants, « fausse solution » et vrais problèmes pour les paysans du Sud

par Arnaud Bihel

Au Klimaforum, on parle des solutions au réchauffement climatique, ainsi que des « fausses solutions ». Parmi ces dernières, les agrocarburants. Officiellement qualifiés de biocarburants en France, présentés comme une alternative efficace au pétrole, ces carburants élaborés à partir de plantes (Jatropha, canne à sucre, colza, soja…) sont de plus en plus décriés par les populations là où ils sont produits en masse. Au Brésil, au Mozambique, en Indonésie… pour les paysans venus de ces 3 pays, sur 3 continents, les accusations sont les mêmes : les agrocarburants contribuent à la crise alimentaire, et violent les droits des paysans. Sans réellement contribuer à régler les émissions de GES, dans la mesure où ils sont souvent produits par des modes d’agriculture industrielle à grande échelle, nuisibles pour l’environnement.


 

 

Au cours des années 2000, la production mondiale d’agrocarburants a explosé (1). C’est dans les pays du Sud, où elle est plus rentable, et les terres plus disponibles, que les cultures s’étendent. Ainsi au Mozambique, des multinationales s’accaparent les terres, avec le soutien de l’Etat, pour développer des monocultures de Jatropha, une noix utilisée pour produire du diester. Originaire de ce pays, et membre de la Via Campesina, mouvement mondial de petits paysans, Reinaldo dénonce : « Les petits paysans perdent leur terre et deviennent des ouvriers agricoles pour ces grandes entreprises. Des ouvriers aux revenus très faibles, insuffisants pour alimenter leurs communautés. Et le Jatropha ne se mange pas ». Reinaldo poursuit : « Les paysans ne sont plus libres de décider ce qu’ils vont cultiver, et manger. Les gouvernements ne se préoccupent pas de ce problème. Ils sont préoccupés par les rendements et les profits pour les entreprises. Les gouvernements africains sont en train d’encourager le fait que leurs peuples sont soumis aux multinationales. » Reinaldo y voit « un nouveau processus de colonisation, où les travailleurs sont obligés de cultiver pour l’exportation ». Un processus qui contribue à la crise alimentaire.

 

En Indonésie aussi, les zones de monoculture pour agrocarburants s’étendent à grande vitesse. Là aussi, cette expansion se fait avec l’appui du gouvernement qui modifie les lois et règlementations. Quatre millions d’hectares étaient destinés à ces cultures en 2000 ; il y en a 7 millions aujourd’hui, et près de 13 prévus pour 2020. Avec des conséquences tout sauf écologiques : déforestation, brûlis sur les terres, pollution de l’eau et de l’air, menaces sur la biodiversité. Mais aussi des conséquences qui touchent aux droits des populations, rappelle JJ Polong : perte de souveraineté alimentaire, diminution des revenus des paysans… et accrochages parfois violents pour l’utilisation de la terre. Près de 3 000 conflits ont été recensés à ce jour en Indonésie. Le dernier en date : le 4 décembre, la police a tiré sur 17 paysans qui luttaient contre une industrie de canne à sucre à Rengas, dans le sud de Sumatra.

 

Mise en garde de la FAO

Au Brésil également, les monocultures destinées aux agrocarburants – notamment la canne à sucre, pour produit de l’éthanol – ne cessent de s’étendre, dans les mêmes conditions. Diana (photo), militante du mouvement des sans-terre, reprend les mots d’une chercheuse brésilienne : « L’alcool et le sucre de la canne  sont baignés de sang, de sueur et de mort. » Elle dénonce la vente de millions d’hectares de terres par l’Etat aux multinationales. Lesquelles embauchent une main d’oeuvre bon marché dans des conditions précaires, « à la limite de l’esclavage » : un travailleur coupe chaque jour entre 10 et 15 tonnes de canne pour 1 euro. Entre 2002 et 2006, plus de 1 300 travailleurs sont morts dans les champs de canne brésiliens à cause de leurs conditions de travail ou des conflits. Et Diana pointe elle aussi du doigt la dégradation de l’environnement qu’engendrent ces cultures intensives, qui polluent l’eau et sont en partie responsables de la déforestation.

 

Les critiques ne viennent pas que les petits paysans. Il y a un an, la FAO (l’organisme des Nations Unies pour l’alimentation) a mis en garde contre les impacts possibles de ces monocultures sur la sécurité alimentaire. Son directeur général, Jacques Diouf, remarquait également que le bilan environnemental de la production d’agrocarburants n’est pas toujours positif : « Les modifications de l’affectation des terres – par exemple, la déforestation pour satisfaire la demande croissante de produits agricoles – sont une grave menace à la qualité des sols, à la biodiversité, et aux émissions de gaz à effet de serre ».

 

Les agrocarburants peuvent être une solution au niveau local, pour faire marcher des petites machines. C’était d’ailleurs le cas au Mozambique, avant même le début de la production à grande échelle, remarque Reinaldo. « Mais ils deviennent un danger quand de grandes entreprises prétendent qu’ils vont résoudre les problèmes d’énergie à grande échelle ».

 

Car ce qu’ils produisent, ce sont avant tout « des profits énormes pour les multinationales », estime Diana. Qui soulève une autre dangereuse conséquence : le développement de ces monocultures va de pair avec des tentatives pour développer des modèles transgéniques.

 

(1) Selon la FAO, 52 milliards de litres d’éthanol ont été produits en 2007 dans le monde, soit trois fois plus qu’en 2000.

 

 

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3 commentaires

flav602 4 novembre 2010 - 13:54

c pa bien ta gueule 😮

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flav602 4 novembre 2010 - 13:56

Les agro carbur c nul sa c sur 😛

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ok 7 janvier 2013 - 15:00

« flav602 »
Les agro carbur c nul sa c sur 😛

ok

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