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Alerte sur la sélection prénatale des garçons en Europe orientale

par Arnaud Bihel

En Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie, et dans une moindre mesure en Albanie, Kosovo, Monténégro et Macédoine, les avortements sélectifs des filles sont une réalité. Les pays concernés doivent réagir, avertit l’Ined.


 

La sélection prénatale des garçons n’est pas un phénomène propre à l’Asie. Dans certains pays d’Europe orientale aussi, depuis 20 ans, il naît bien plus de garçons que de filles, relève une étude de l’Ined (Institut national d’études démographiques) publiée mardi 10 décembre (« La masculinisation des naissance en Europe orientale »).

« Alors que ce phénomène a été décrit pour la première fois il y a plus de dix ans, on peut se demander pourquoi les autorités des pays concernés et l’Europe ne commencent à s’en préoccuper que maintenant », soulignent les chercheurs Christophe Guilmoto et Géraldine Duthé.

« Persistance de valeurs traditionnelles patriarcales »

Si en Chine et en Inde1 cette sélection prénatale des garçons est régulièrement pointée du doigt, dans plusieurs pays d’Europe orientale et balkanique aussi le rapport de masculinité à la naissance est anormalement élevé : en Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie, il naît 115 garçons pour 100 filles, et autour de l’Albanie (avec le Kosovo, le Monténégro et la Macédoine occidentale) autour de 110 garçons – contre 105 normalement. Cette situation est due à « la persistance de valeurs traditionnelles patriarcales », et à la baisse de la fécondité conjuguée aux progrès de la médecine prénatale, les échographies qui se sont démocratisées depuis la chute du bloc communiste pouvant conduire à l’avortement sélectif des filles. « Tout porte à croire qu’une part significative de conceptions féminines ne sont pas arrivées à terme en raison d’interruptions volontaires de grossesse. »

C’est d’ailleurs quand les familles ont déjà deux filles que les naissances de garçons apparaissent particulièrement élevées : « durant la décennie 2000, on a même décompté en Arménie jusqu’à 185 garçons pour 100 filles parmi les troisièmes naissances, chiffre qui constitue sans aucun doute un record mondial », soulignent les chercheurs. Lesquels s’inquiètent pour l’avenir  : « avec les progrès technologiques, la détermination du sexe par examen du sang fœtal ou les méthodes préconceptionnelles vont peut-être se banaliser et faciliter encore plus la sélection. »

Attention au « prétexte pour limiter l’avortement légal »

Les chercheurs déplorent le manque d’intérêt des autorités et de la société civile dans les pays concernés face à ces constats. Pourtant connus depuis une dizaine d’années, ils « n’ont pas encore débouché sur des mesures concrètes, qu’il s’agisse de campagnes de prévention des avortements sélectifs ou de mesures plus approfondies pour rétablir l’égalité entre les sexes au sein de la famille. »

D’autant que se voiler les yeux, c’est aussi courir le risque de donner des armes aux plus farouches adversaires de l’avortement. « Nous devons être attentifs à ne pas utiliser la sélection sexuelle prénatale comme prétexte pour limiter l’avortement légal » : la parlementaire suisse Doris Stump s’en inquiétait d’ailleurs en septembre 2011, dans un rapport sur la persistance de la sélection prénatale remis au Conseil de l’Europe, dans lequel elle évoquait justement la situation dans ces pays d’Europe orientale. Le Conseil de l’Europe avait alors adopté une résolution appelant ses États membres à encourager les recherches et la collecte de données sur le sujet.

 

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

Sélection prénatale, les lignes rouges

L’appel de l’ONU contre la sélection prénatale des garçons

 

 


 

1 Un documentaire diffusé ce mois-ci sur Arte, « Le pays qui n’aimait pas les femmes », est ainsi consacré à cette question en Inde.

 

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6 commentaires

Aziza 12 décembre 2013 - 13:31

On ne se penche pas sur la question en Europe, par indifférence pour le continent Asiatique d’abord: c’est trés loin qu’on assassine des bébés filles bien vivantes(dans le docu d’Arte, une femme explique comment on enferme les bébés filles dans une bôite, on les enterre, et elles meurent en étouffant lentement); ensuite, personne n’a le courage ici de dire que l’avortement n’est pas une bonne ou une mauvaise chose en soi; et la défense du droit à l’avortement est devenue paranoïaque, au mépris de certaines évidences:oui, des IVg au delà de12/14 semaines sont traumatisantes, car il ne s’agit plus d’un embryon sans système nerveux; oui la faille juridique dans l’avortement thérapeutique qui le permet jusqu’au terme pratiquement, pose un énorme problème; oui dans certains pays comme la Grande Bretagne, l’IVG est devenue pour certaines jeunes filles un moyen de contraception …
Regarder les choses en face, et non par le prisme de l’idéologie serait une preuve de courage, et serait servir les femmes.

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taranis 13 décembre 2013 - 08:25

La légalisation de l’avortement n’a pas entraîné sa banalisation, pas plus qu’elle n’a conduit au relâchement de la contraception. L’avortement en France joue essentiellement un rôle palliatif lors de l’échec de la contraception. Pour la grande majorité des femmes (sept sur dix), le recours à l’IVG est accidentel. La loi de 1975, revue et modifiée en 2001, est globalement bien appliquée. On observe ainsi une stabilisation du nombre des IVG dans notre pays depuis 1990, à hauteur de 200 000 par an, après une baisse dans les années 1980 qui traduisait probablement une meilleure utilisation et un meilleur accès à la contraception1, sauf chez les mineures où le recours plus fréquent à l’IVG en cas de grossesse, maintient le nombre des IVG à un niveau élevé. On compte en 2004 13 400 interruptions volontaires de grossesses commencées avant 18 ans2. Les adolescentes de France voient leur taux d’IVG se maintenir au fil des années, et même probablement augmenter depuis dix ans. Tout le monde peut s’accorder sur l’idée qu’il vaut mieux prévenir les IVG chez les jeunes plutôt que d’avoir
à les réaliser, que ce soit du point de vue éthique, psychologique ou économique. Il ne faut ni opposer contraception et avortement, en pensant que l’un est le substitut automatique de l’autre, ni croire qu’ils vont automatiquement de pair. La décision de recourir à l’IVG n’est pas de même nature que celle d’utiliser la pilule ou le stérilet… en matière de régulation des naissances, c’est la motivation qui prime sur la technique. De ce fait, elle l’emporte aussi le plus souvent sur la loi, quand celle-ci se borne à faciliter ou restreindre « l’accès aux différentes techniques

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09 Aziza 13 décembre 2013 - 10:02

@taranis: ce que vous dites est rigoureusement exact en termes de statistiques, mais démontre aussi qu’il faut s’interroger sur ce qui arrive aux très jeunes filles: pourquoi tant d’IVG ? et d’échecs d’IVg, j’ai travaillé dans des centres pour jeunes mères mineures, et être mère à 14 ans est dramatique et douloureux pour tout le monde, l’enfant y compris. Est ce que ce n’est pas que les jeunes filles, qui ont comme tout un chacun besoin de tendresse, ne croient en avoir qu’en acceptant des relations sexuelles qu’elles ne désirent pas vraiment? Et quand elles le désirent, sont elles bien informées, je ne le crois pas.
L’école et les parents ne sont pas à la hauteur, et se mettent la tête sous le sable. Que le droit à l’avortement existe et soit légitime ne doit pas empêcher les questions et les investigations.

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Lili 16 décembre 2013 - 09:41

Oui enfin là la question c’est surtout comment d’un enfant désiré on en vient à avorter parce que c’est une fille. On est en Europe, dans des systèmes où il n’y a pas de dot, et il faut bien des femmes pour faire les enfants des générations suivantes…

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09 Aziza 17 décembre 2013 - 09:01

@lili: Europe ou non, ce qui est en jeu, c’est le système patriarcal: la transmission du nom, des biens, des fonctions, par les garçons. Dans les pays cités , ce système est en pleine vigueur! et ce sont des pays où l’honneur des hommes repose encore bien souvent sur la « pureté » des femmes.
La dot n’est pas seule en cause.

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taranis 17 décembre 2013 - 13:06

Dans de nombreux États, la préférence à l.égard des garçons se traduit, par des actes criminels et des discriminations graves préjudiciables dont sont victimes les femmes et les fillettes. Ainsi en est-il des avortements sélectifs en fonction du sexe du foetus, des infanticides des petites filles, de la non-déclaration des filles à l.état civil ou leur abandon, des discriminations alimentaires. Dans certains États, des enfants «hors plan» risquent de n avoir aucun statut officiel et sont exposés à de nombreuses discriminations. La préférence pour les garçons est un véritable phénomène transculturel, mais qui varie quant à ses expressions et son intensité selon les cultures. Il n est pas certain que cette préférence, surtout lorsqu elle se traduit par des actes criminels ou par des discriminations alimentaires ou professionnelles, ait un fondement religieux. Au contraire, il a été reconnu qu en Asie la pratique n avait pas de fondement religieux et que le bouddhisme a été cité à titre d exemple à cet égard. De même, d autres religions monothéistes ont tenté de mettre fin à certaines expressions criminelles de la préférence pour les garçons et d atténuer les aspects les plus néfastes de cette préférence. Généralement, ce sont de nombreuses raisons qui sont susceptibles d expliquer cette préférence: des considérations économiques dont le rôle traditionnel des hommes dans l agriculture et en tant que propriétaires fonciers, une interprétation erronée de la religion et notamment que les femmes ne peuvent pas participer à certaines fonctions ou cérémonies religieuses, l existence de systèmes patriarcaux, l absence ou la faible présence de la femme dans les milieux professionnels ou dans la vie publique en général. Avec l extrémisme religieux, la préférence à l égard des garçons prend une dimension totalement négatrice des droits des femmes.

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