Accueil SagaPortrait Aminata Touré, une engagée au pouvoir

Aminata Touré, une engagée au pouvoir

par Arnaud Bihel

AminataToureLa nouvelle Première ministre du Sénégal s’appuie sur un solide parcours, autant politique que militant.


 

Sa nomination, elle l’a annoncée elle-même aux Sénégalais, le 1er septembre ; le lendemain, elle avait formé son gouvernement. Aminata Touré est une femme politique déterminée, et son leitmotiv le dit : « La politique ne doit pas être une spécialité. Elle ne doit pas être un métier, mais une volonté de changer les choses ».

Certains l’appellent affectueusement « Mimi », mais la nouvelle Première ministre du Sénégal, ancienne garde des Sceaux, s’est aussi vu affublée du malheureux surnom de « Dame de Fer », comme « toutes les femmes qui s’élèvent à un certain niveau de pouvoir », commente Dan Moshenberg1 dans un article du journal britannique The Guardian.

Justicière

En effet, selon le journal sénégalais Sud Quotidien : « il [lui] est prêté un certain nombre de valeurs, comme la rigueur, l’opiniâtreté et la transparence ».

La transparence, nul n’en doute, car elle s’est appliquée à lutter contre la corruption et à assainir le système judiciaire sénégalais en tant que ministre de la Justice.

Ainsi, au cours de ses 17 mois au ministère, elle a engagé la « traque des biens mal acquis », c’est à dire l’enquête sur l’enrichissement illicite présumé de responsables de l’ancien régime, où ont été auditionnés d’anciens dirigeants, dont son ex-mari et ancien ministre Oumar Sarr, sans peur de se mettre à dos une partie de la haute société de Dakar. Karim Wade, fils de l’ancien président, a été inculpé par le tribunal et emprisonné. Cette campagne a permis le versement de 30 milliards de francs CFA au Trésor public.

En outre, c’est sous son mandat qu’Hissène Habré, ancien dictateur de la République du Tchad réfugié au Sénégal depuis 1990, a finalement été arrêté.

Du football aux droits des femmes

Avant d’être propulsée cheffe du gouvernement par le président sénégalais Macky Sall, dont elle a secondé la campagne électorale en 2012, Aminata Touré s’était ainsi forgé en un an une belle popularité : en témoignent les clameurs de la foule lorsqu’en juin dernier, à l’occasion du concert du chanteur Youssou N’Dour, elle est appelée à monter sur scène.

Née en 1962 à Dakar, son adolescence est marquée par un engagement politique précoce…et un amour pour le ballon rond, récemment révélé par le site d’information Jeune Afrique: elle a joué chez les Gazelles de Dakar, club emblématique de la capitale. Pas si étonnant, puisqu’il est démontré que la compétition sportive favorise le leadership des femmes.

Lauréate au Concours général, elle part vivre en France après son bac pour faire des études d’économie. A l’Université de Dijon puis d’Aix-en-Provence, elle milite au sein de la Ligue communiste des travailleurs. Depuis, elle n’a cessé de lutter pour les droits de l’Homme qui sont, selon ses propres mots, d’abord et avant tout les droits des femmes.

Passage à l’ONU

Après ses études, elle débute ainsi une brillante carrière dans l’humanitaire : plus particulièrement, elle a à cœur de faire progresser le bien-être et la santé des populations, ce qui va pour elle, de pair avec l’amélioration de la situation des femmes, des droits reproductifs et de la planification familiale.

Elle travaille au Sénégal, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire au sein du Fonds des Nations Unis pour les Populations (FNUAP). En 2003, elle est nommée directrice du département Genre, culture et droit humain du FNUAP au siège de l’ONU, à New York.

Elle ne reviendra au pays qu’en 2012, pour intégrer l’équipe de Macky Sall, et l’aider à établir son programme « Yoony Yokkuké », c’est-à-dire « le chemin du changement ».

Elle est aujourd’hui la deuxième femme Première Ministre au Sénégal après Mame Madior Boye (entre mars 2001 et novembre 2002), et semble la mieux à même d’affronter la crise économique et sociale de son pays, qui a prévalu à sa nomination.

Une seule ombre au tableau, qui symbolise bien l’étendue du chemin à parcourir : la composition de son gouvernement, qui compte 4 femmes pour 28 hommes.

 


1 Directeur du Programme « Études de genre » à l’Université George Washington.

 

Photo © Jean-Marc Ferré / UN Photo Geneva. Aminata Touré, le 27 février 2013 devant le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies

 

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