L’année où le mur d’indifférence est tombé

Cette année 2017 restera celle de “la parole des femmes libérée”, selon la formule consacrée. Mais l’événement est surtout qu’elle est devenue audible. Retour sur une année pas comme les autres.


 

Voilà un an, le climat était autrement plus pesant. L’arrivée au pouvoir de Donald Trump, le « harceleur en chef » selon le mot de la féministe Gloria Steinem, laissait présager des jours sombres.
Pourtant, dès janvier, des centaines de milliers de personnes manifestaient face au danger Trump. Moralement, les femmes reprenaient le pouvoir.

Neuf mois plus tard l’affaire Weinstein éclatait et produisait, par le biais des mots-clé #MeToo ou #BalanceTonPorc, une vague de témoignages sans précédent sur les violences sexuelles. Pas étonnant que le magazine Time ait fait de « celles qui ont brisé le silence » ses personnalités de l’année.

Comme jamais auparavant la parole s’est libérée, selon la formule consacrée. Mais l’événement est surtout qu’elle est devenue audible. Les voix sont désormais si fortes qu’elles ne peuvent plus être ignorées. Ce n’est pas seulement le silence qui a été brisé. C’est un mur d’indifférence qui est tombé.

Des femmes enfin audibles, cela avait commencé avant même cet automne. Rappelons-nous qu’en France, les témoignages sur le sexisme et le harcèlement, dans toutes sortes de professions, avaient afflué sur les réseaux sociaux en 2016.

Dès le début de l’année, une ex-ingénieure de Uber accusait la compagnie états-unienne de fermer les yeux sur le sexisme, ce qui poussait son PDG vers la sortie. En avril, la chaîne Fox News décidait de se séparer de sa star Bill O’Reilly, accusé de harcèlement sexuel. Bien d’autres allaient suivre.

En France, l’affaire Baupin avait éclaté l’année précédente. Mais si la prescription mettait un terme aux poursuites judiciaires en avril dernier, les femmes qui l’accusent n’en restaient pas moins optimistes : « La honte change de camp ». Elles se félicitaient d’avoir pu « mettre en lumière et sur la place publique des agissements que l’on voudrait croire d’un autre temps. »

Un monde en mouvement

Dans cette affaire, comme dans l’affaire Weinstein, il y a le courage de ces femmes qui ont témoigné, il y a aussi le travail de journalistes, qui a permis de donner de la force à leurs voix. Il est d’ailleurs à noter que le New York Times, qui donnait le premier la parole aux victimes du producteur hollywoodien, se dotait peu après d’une « directrice genre ».

Des femmes enfin audibles, et pas seulement pour dénoncer les violences sexuelles. Les hockeyeuses et footballeuses aux États-Unis, les footballeuses irlandaises et norvégiennes : autant de sportives qui ont remporté cette année des bras de fer pour être mieux considérées… et mieux payées.

Un peu partout dans le monde, aussi, des mobilisations féministes ont fait bouger les lois. Cet été la Tunisie, la Jordanie puis le Liban abrogeaient enfin des dispositions permettant aux violeurs d’échapper à la justice en épousant leur victime.

En Inde, la Cour Suprême mettait fin au « triple talaq », pratique de répudiation d’un autre temps, puis jugeait qu’un acte sexuel avec une épouse mineure constitue bien un viol. En Arabie Saoudite, après des années de défi au pouvoir, les femmes obtenaient enfin le droit de conduire.

Clitoris, « charge mentale » et écriture inclusive

Des femmes enfin audibles, et plus visibles aussi. C’est ainsi qu’en France, tandis que la parité s’ancrait au gouvernement, les élections législatives ont fait entrer près de 40% de femmes à l’Assemblée nationale : elles y sont deux fois plus nombreuses que 10 ans auparavant. Pour la première fois une autrice, Madame de Lafayette en l’occurrence, a fait son entrée au programme officiel du bac littéraire, tandis que le clitoris trouvait enfin une juste place dans un manuel scolaire. Outre-Manche, c’est la fin d’un autre entre-soi masculin : celui des statues de Parliament Square.

Visibilité encore, avec la mise en lumière de la “charge mentale”, grâce à une BD devenue virale. Et bien sûr avec le débat d’une ampleur incroyable autour de l’écriture inclusive. Jusque dans le langage, la question de l’invisibilisation des femmes était ainsi mise en lumière.

Un débat qui a, bien sûr, déchaîné les tenants de l’ordre établi. Tout comme, face à la vague de témoignages sur les violences sexuelles, des hommes (et des femmes) s’échinent encore à minimiser, voire décrédibiliser, la parole des victimes. C’est le revers de la médaille, et le signe qu’un retour de bâton est toujours possible.

Mais, s’il s’agit de rester vigilant·e·s, pas question de bouder notre plaisir. Cette semaine encore, des lycéennes de Pontoise montraient, en bloquant leur établissement pour dénoncer le harcèlement sexuel qu’elles subissent, que les voix sont loin de s’éteindre. Toutes générations confondues. 2018, année de la suite !

 

 

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3 thoughts on “L’année où le mur d’indifférence est tombé”

  1. Et l’égalité dans la vie quotidienne c’est pour quand ? C’est bien que ce mot soit gravé au fronton des mairies ou écoles mais j’attends toujours qu’on m’explique pourquoi je dois payer 32 € une coupe au salon de coiffure sous prétexte que je suis une femme quand le client masculin à côté ne paye que 17 €. Le cheveu féminin est-il plus rebelle ?
    Pourquoi devons-nous aller chez la gynécologue pour un frottis par ex, payer 40 ou 50 € la consultation de 10 min + le laboratoire alors qu’à ma connaissance les MST ne sont pas uniquement venues des femmes.
    Etc., etc.

  2. Merci pour cette rétrospective. Oui, 2017 est l’annee où la parole des femmes est devenue audible. Oui, souhaitons que 2018 poursuive dans cet élan.

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