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« Annette » rate son entrée

par Valérie Ganne

Ce mardi 6 juillet, Annette, nouveau film de Leos Carax, est lancé en grande pompe en ouverture du festival de Cannes. Malgré la force de sa mise en scène, cette comédie musicale déçoit, surtout à cause de son personnage féminin de victime éplorée, incarné par Marion Cotillard.

Chouette Leos Carax revient ! Chouette, il a réalisé une comédie musicale, après Mauvais sang, Les amants du pont neuf, Holly motors, ces films qu’on a tant aimés. Mieux encore, le scénario et les chansons sont composés par les Sparks : on a tous dansé au moins une fois sur  When I’m with you  non ? Ecrit par les frères Mael pour devenir un opéra-rock à Broadway, le projet Annette a été adopté par ce réalisateur culte, Léos Carax, tourné aux Etats-Unis avec des stars internationales : Marion Cotillard et Adam Driver. Le film a ouvert le festival de Cannes en grande pompe : la première chanson So may we start ?  convoque un choeur de héros réveillant la nuit de Los Angeles, chantant avec une énergie contagieuse un hymne au déconfinement, au public et au cinéma. On retrouve avec tant de plaisir la joie du cinéma comme spectacle collectif , et ce cinéaste risque-tout au talent inventif qui va nous parler d’amour.

Une image rebattue de mère sacrificielle…

Annette, c’est la fille d’un couple sexy et trendy : Ann (Marion Cotillard) est chanteuse lyrique. Adulée, cette cantatrice est abonnée aux rôles de femmes délaissées, trahies, fragiles, et s’applique à mourir dignement tous les soirs sur scène. Lui, Henry (Adam Driver), fait du stand-up. Il s’aiment à la folie. Et le soufflé du film retombe alors que sa carrière à elle s’envole, que celle de son compagnon s’étiole. Ann, devenue mère, découvre, avec la vie de famille, la violence d’Henry, ses caprices, ses trahisons, sa fuite devant l’amour …. On pouvait espérer découvrir dans Annette  une nouvelle combattante dénonçant des féminicides, toujours aussi répandus. Mais Marion Cotillard est comme prisonnière de son rôle, ne se nourrissant que de pommes (symbole tout en finesse) et suppliante comme un personnage de film muet des années 20. Même si cette désagréable impression est un peu adoucie par les récentes confidences de la comédienne, qui a raconté que sa mère avait été une enfant battue, le film de Carax ne fait que nourrir une image rebattue (oui, mauvais jeu de mots) de la femme fragile et la mère sacrificielle victime de la violence masculine. D’autant qu’Adam Driver, dans le rôle de Henry, est un méchant tout à fait fascinant.

… et mauvais hommes pardonnés

Le réalisateur ne s’en défend même pas dans le dossier de presse du film, expliquant que son personnage, Henry, « devient comme un de ces types qui voit une strip-teaseuse dans un club, tombe amoureux d’elle, l’épouse, puis la bat parce qu’elle est une strip-teaseuse. » Il s’enfonce davantage en avouant être fasciné par « les mauvais hommes, mauvais pères, et ces créateurs qui ont été parfois des hommes repoussants mais qui m’ont tant inspiré. À commencer, quand j’étais jeune, par l’écrivain Céline. » Léos Carax prépare une exposition à Beaubourg pour 2022 sur les personnages d’hommes dans les films réalisés par des hommes, intitulée « Homme, le cinéma te pardonne tout ». C’est dans un an,  on espère que le temps lui donnera matière à réflexion sur le sujet, en tant qu’homme et en tant que père. En effet dans la première séquence d’Annette, Leos Carax a choisi d’apparaitre comme démiurge dans un studio d’enregistrement, sa fille à ses côtés, face aux Sparks qui ouvrent le bal en chanson. « Regarde, ça va commencer » annonce le père à sa fille. Oui, ça commence, et c’est toujours la même histoire de la jeune femme séduite et victime. On espère que mademoiselle « Carax junior » comprendra que l’héroïne du film n’est pas Ann, mère fantôme éplorée, mais Annette petite fille, seule personne qui ose dire non à son père.

Annette de Leos Carax avec Marion Cotillard, Adam Driver, Simon Helberg, scénario et musique des Sparks (Ron et Russel Mael), 2h20 , produit par CG Cinéma et UGC, distribué par UGC. En salles le 7 juillet 2021.

 

 

So may we start ? La bande annonce d’Annette

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