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Arts martiaux : de l’art de la guerre à l’art de vivre

par auteur

Joëlle Le Gall, professeure de Qi CongHier, Bruce Lee, roi du kung fu, crevait l’écran à coups de pieds et de poings. Aujourd’hui, les grands maîtres volent d’arbres en arbres, à l’image du film Tigres et dragons. Une évolution cinématographique qui traduit une nouvelle approche des arts martiaux. Au-delà des traditionnels judo ou karaté, des disciplines basées sur la relaxation ou la quête de l’énergie font de plus en plus d’adeptes dans une belle mixité qui mêle hommes, femmes, jeunes et moins jeunes.


 

Il se tient debout face aux monts du Lubéron. Ses bras se tendent doucement devant lui avant de revenir vers son corps. Ses mains s’ouvrent comme pour recevoir un don. Les gestes sont lents, mais comme concentrés d’énergie. L’impression de calme est totale, la concentration absolue. Tous les matins, pendant une heure, Christophe, médecin de 44 ans, s’adonne à la pratique du qi gong.

Sur le tatami d’un club parisien, Lili, professeur d’anglais de 28 ans et ceinture noire de karaté, enchaîne techniques de poings et de jambes avant de porter un coup de pied fulgurant en libérant son énergie dans un cri puissant, le « kiai » pour les initiés.

De la grâce lente et maîtrisée du taï chi à la combativité agressive du tae kwondo, des mouvements fluides de l’aïkido aux coups de sabre du kendo, des sauts spectaculaires du viet vo dao à la précision chorégraphique des katas de karaté, l’éventail des disciplines des arts martiaux permet à chacun de trouver kimono à sa mesure. On est loin aujourd’hui de l’image du combattant homme, jeune et animé par la rage de combattre qui fut longtemps associée aux arts martiaux. Certes, la sortie d’un film comme « Le dernier samouraï », génère une subite augmentation des inscriptions dans les clubs. Mais au-delà de ces effets de mode, de plus en plus de femmes fréquentent les tatamis et toutes les tranches d’âge sont représentées.

Une évolution liée tant à l’histoire de ces disciplines qu’aux nouvelles attentes des pratiquants. Les arts martiaux sont nés de la nécessité de survivre. Mais l’art de la guerre pratiquée par les samouraïs s’est subtilement transformé en traversant les océans. On est passé de l’homme fort à l’homme technique, de l’homme qui tue à l’homme qui neutralise et met hors de combat sans entacher son intégrité physique et mentale. Des règles, des valeurs, un code moral apparaissaient et à la fin du XIXème siècle, les coups jugés dangereux sont interdits, permettant à M. Tout le Monde de pratiquer. En France, le judo s’impose et se structure au début de la Seconde Guerre mondiale en devenant discipline olympique. Le karaté et le kung fu connaissent leurs heures de gloire et de flamboyance avec les films des années 70. Et des dizaines de disciplines, dérivées des arts martiaux originaux, fleurissent en l’espace de cinquante ans, au point que le profane est souvent perdu.

Les principes fondateurs restent cependant identiques. « Dans l’opposition à l’autre, on développe une compréhension qui amène à une meilleure perception et aboutit à la négociation, explique Jacques Fonfrède, qui pratique différents arts martiaux comme le karaté, l’aïkido, ou le chambara (sabre) depuis cinquante ans. Au-delà de la discipline sportive, l’art du combat devient une harmonie par le conflit. Ce qui commence par l’opposition aboutit à la dimension supérieure, celle de trouver le compromis. C’est une école de vie, encadrée par des règles de respect mutuel. »

Maîtrise de soi, connaissance de l’autre, sont les expressions les plus courantes qui reviennent chez les pratiquants. Sans oublier bien sûr la dimension sportive. « Je n’ai jamais pratiqué aucun sport qui soit aussi complet en terme de tonicité musculaire, de souplesse, d’équilibre et de maîtrise. Tout le corps travaille, de haut en bas, dans une parfaite latéralité », affirme Lili, la karatéta, qui a commencé à pratiquer pour suivre son compagnon, et qui s’est tellement approprié cette discipline qu’elle se frotte régulièrement à la compétition.

Aujourd’hui, si les arts martiaux de combat, judo en tête, affichent les plus hauts taux de fréquentation, la quête de développement personnelle pousse nos contemporains à se tourner vers d’autres types de disciplines. Le qi gong en est un parfait exemple. Cet art, pratiqué en Chine depuis des siècles, n’a fait son apparition en France que vers le début des années 90 et connaît un réél succès aujourd’hui. « Les tensions générées par notre sociétés incitent les gens à rechercher un mieux-être au sens large, et non uniquement dans une discipline sportive, explique Joëlle Legall, qui a pratiqué le qi gong pendant des années avant de sauter le pas et devenir enseignante. J’ai découvert cette discipline à un moment de ma vie ou je ne me sentais pas forte mentalement et où je ressentais le besoin de faire un travail tant sur le plan physique que mental. Très vite, cette pratique basée sur la respiration, le travail de l’énergie au moyen de mouvements lents mais parfaitements aboutis sur le plan musculaire, m’a procuré un bien-être immense. L’effet immédiat a été la détente ; l’effet secondaire m’a permis de mieux gérer mes émotions, mieux canaliser mon énergie, savoir prendre du recul pour analyser une situation, faire tomber une colère. Quand j’ai constaté à quel point cela m’avait transformée, j’ai souhaité le transmettre. » Ses élèves : des trentenaires plutôt sportifs, mais également des seniors et une majorité de femmes.

Plus connu, le tai chi fait également beaucoup d’émules féminines, meême si, aujourd’hui, presque autant d’hommes le pratiquent que de femmes. Il partage les mêmes fondamentaux que le kung fu mais pratique les mouvements au ralenti, gommant l’effet martial pour privilégier la justesse des gestes, sans pour autant nuire à l’efficacité. « Le tai chi permet de rééquilibrer son corps, mais aussi ses émotions. Il allie détente physique et positionnement dans l’espace, explique Liliane Lapomme, venue chercher une gymnastique douce pour finalement trouver une dimension beaucoup plus complète. Le fait de travailler sur l’ancrage physique se traduit par un ancrage dans la vie. »

Si ces deux disciplines séduisent plutot les femmes, il serait faux de croire qu’elles se cantonnent aux arts martiaux « doux ». Les chiffres l’attestent : la fédération de judo, qui rassemble d’autres sports tel le ju-jitsu, mais aussi les techniques de sabre comme le kendo ou le chanbara, compte environ 360 000 licenciés hommes et 144 000 femmes. Pour le seul ju-jitsu, appelé parfois self-défense, elles représentent 35% des licenciés contre 26% au début des années 2000. En karaté, ces chiffres s’élèvent à 133 000 hommes et 58 000 femmes. Cette dimension martiale, Isabelle Sorente, écrivaine de 36 ans, la revendique totalement. « Je pratique depuis douze ans la méditaion bouddhique et je suis souvent amenée à voyager seule sur les routes, ce qui m’a conduit il y a un an à commencer une discipline qui s’apparente au ju-jitsu. A ma grande surprise, je me suis rendue compte à quel point la symbiose corps-esprit que je vivais dans la méditation était présente dans un art martial. Avec une nuance : le corps va plus vite que l’esprit, et savoir se défendre passe vraiment par le corps. Cela m’a rendue différente, m’a donné une autre perception du monde qui nous entoure. J’assume totalement le fait d’éprouver un véritable plaisir au combat, lorsque je sens mon corps en action. Après l’entraînement, le premier sentiment que j’éprouve est une grande joie. »

Une joie partagé par toutes les classes sociales et tous les âges qui se retrouvent sur un tatami. « On peut pratiquer les arts martiaux depuis l’âge de 7 ans et jusqu’à sa mort, car ils proposent beaucoup de voies différente pour s’exprimer : la technique, les katas, les combats…, explique Serge, vétéran de judo de 72 ans. Je ne connais pas beaucoup de sports où l’on puisse autant exceller tout en prenant autant de plaisir à 70 ans. »

Les différentes familles

On distingue trois grandes familles d’arts martiaux :

Les arts martiaux externes (judo, karaté) dont le combat est l’expression la plus aboutie cumulent vitesse et force. Les deux grandes fédérations concernées sont la Fédération française de judo et disciplines associées et la Fédération française de karaté.

Les arts martiaux internes (tai chi) pourraient être définis comme des arts externes pratiqués avec plus de lenteur. Les mouvements du tai chi s’apparentent aux katas du karaté, mais sont exécutés beaucoup plus lentement.

Les arts énergétiques et de bien-être (qi gong), ansi que le tai chi, sont rassemblés au sein de la fédération française de Wushu, qui compte 40 000 licenciés, dont 60% de femmes. Le kung fu (13000 adhérents) dépend également de cette fédération.

L’avis du médecin

Dr Franco Roman, médecin fédéral de la Fédération française de karaté

« Les arts martiaux peuvent se pratiquer dès l’âge de 4 ans. Ils permettent de travailler l’assouplissement, l’équilibre et le renforcement musculaire. Ce sont des sports très complets du fait du travail debout et au sol, et de la variété des positions. Des disciplines douces comme le tai chi sont souvent conseillées pour un entretien gymnique, ou même dans le cadre d’une rééducation.  Les gestes et les coups devant être maîtrisés, on observe très peu de pathologies lourdes. Les accidents graves sont très rares et se produisent le plus souvent en compétition. La pathologie la plus fréquente concerne la hanche, comme les danseurs. Mais dans des proportions très modestes. »

Témoignage : Charles, 42 ans, 26 ans de ju-jitsu

« j’ai commencé à 16 ans, l’âge ou beaucoup d’ados arrêtent, parce que je me sentais attiré par tout ce qui venait d’Asie et que j’avais envie de savoir me battre. Dans un premier temps, j’ai apprécié la dimension complète de ce sport qui allie les techniques du judo, du karaté et de l’aïkido : les coups de pieds et de poings, les clés, les projections… Je ne voyais que l’aspect utilitaire de la discipline. Puis, au fil du temps et des stages, j’ai mieux pris conscience de la dimension individuelle et collective de cet art martial. Individuelle car en combat, on est seul. Collective car pour progresser, on a besoin de son partenaire. Ce n’est pas un homme à tuer, mais celui qui vous fait avancer. D’où la nécessité du respect mutuel et de la confiance en l’autre. C’est un dialogie physique et psychologique qui modifie le rapport à l’autre, et qui s’affine avec le temps. On pressent le doute, l’agressivité, on apprend à les gérer et ces perceptions peuvent se transposer aisément à d’autres situations de la vie. Cette communication non verbale m’a aidé à mieux écouter et comprendre mes interlocuteurs. L’habitude du combat, paradoxalement, ne rend pas plus agressif, mais cultive la capacité d’écoute envers autrui. On sent à qui on a affaire, dans quel état d’esprit se trouve l’interlocuteur. Cela permet de rester maître du jeu, d’éviter le combat en maîtrisant son stress et en opposant à l’autre sa force de concentration. Cela devient un réflexe. Plusieurs fois, face à un supérieur hiérarchique prêt à me « rentrer dans le lard », j’ai fait descendre la pression simplement en restant zen, en ne montrant aucune peur. Cet était d’esprit devient un socle.

La dimension physique est également essentielle. A l’entraînement, j’ai parfois l’impression que mes problèmes sortent par tous les pores de ma peau. Le bain de sueur se transpose en bain de réflexion et d’humilité. J’ai le sentiment de me régénérer et de repartir avec une volonté neuve, d’être encore capable de fierté, d’avancer. C’est devenu totalement fondateur dans mon équilibre de vie. »

Les liens

www.ffjudo.com (Fédération française de judo et disciplines associées)
www.ffkama.fr (Fédération française de karaté)
www.ffwushu.fr (Fédération française de Wusu)
www.lesartsmartiaux.com
www.budoo.net
www.webmartial.com

Le Wing Chun est un style de Wushu de Chine du sud, orienté vers le combat rapproché à mains nues mais incluant aussi des techniques d’armes. Il est à la fois un style Interne (Nei Jia) et Externe (Wai Jia). …

D’après la légende sa fondatrice est une femme Ng Mui. Elle réfléchit longuement sur une forme d’art martial accessible aux plus faibles physiquement et qui leur permettrait de battre des experts d’Arts martiaux externes, mais surtout elle voulait construire un art accessible et rapide dans l’apprentissage pour combattre l’envahisseur Mandchous. …

 

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Patricia 19 juillet 2009 - 17:30

Enfin un article parlant d’arts martiaux, et plus particulièrement du kung fu! Je pratique le wushu depuis l’âge de 7 ans, je suis ceinture noire et, après de nombreuses années vouées à la compétition, je me lance depuis peu dans l’arbitrage. Un sport vraiment complet qui mériterait plus d’attention!

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